Il s’y attendait, le chef des sapeurs-pompiers de l’Emergency Section du port, Heymant Beekee, celui qui a pris courageusement l’initiative d’alerter l’opinion publique contre la destruction imminente du Fort George à Port-Louis à travers sa transformation en centrale électrique, a été suspendu de ses fonctions mardi dernier.
Il faut rappeler qu’Heymant Beekee, un officier public, avait choisi avec un rare courage de se tourner vers notre journal, dimanche dernier, pour dénoncer un projet concocté par le Central Electricity Board et le gouvernement qui, selon lui, va irrémédiablement détruire le Fort George, un vestige colonial architectural vieux de plus de 150 ans.
Déterminé, plus que jamais combatif, aussitôt qu’il a reçu sa lettre de suspension signée de la direction générale du port, Heymant Beekee a répliqué par une missive qu’il accueillait la mesure à son encontre “comme une bénédiction”. “Il n’y a pas de cour de justice plus supérieure que celle de ma conscience à laquelle je dois allégeance et fidélité. En attendant que mon cas soit tranché de manière définitive, je vais dorénavant me sentir beaucoup plus libre d’entreprendre la bataille pour sauver l’héritage national qu’est le Fort George. Je compte dès mardi prochain débuter une campagne à travers le pays, particulièrement auprès des jeunes, pour leur faire prendre conscience de ce qu’est réellement que la préservation d’un patrimoine commun. Dans ce contexte, je chéris aussi l’idée d’intéresser la nouvelle présidente de la République, Mme Gurib-Fakim, et le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à effectuer une visite dans le vieux fort parce que j’ai la conviction que ces deux hauts dirigeants du pays n’y ont jamais mis les pieds et que, sans doute, ils n’ont pas véritablement conscience du désastre qui y est programmé”, a-t-il souligné. Dans sa réplique, le chef pompier en a profité pour se plaindre de n’avoir pas toujours été reconnu selon ses mérites et ses compétences dans son travail.
Du côté du CEB, Week-End a obtenu confirmation auprès d’un préposé délégué par le directeur général, Gérard Hébrard, “qu’il y a définitivement eu une demande formulée par l’institution pour installer une unité de production d’électricité dans l’enceinte du Fort George parce qu’on en aura bien besoin pour augmenter la capacité énergétique du pays”. Toutefois, bien que le Development Port Director, Shakeel Goburdhone, ait précisé dans des correspondances officielles que “land inside Fort George has been earmarked for redevelopmement/extension of Fort George Power Station” et qu’il fallait permettre que des techniciens du CE B visitent le fort dans ce but, le CEB soutient “n’avoir eu encore aucune réponse à sa demande”.
 D’autre part, le CEB aurait toujours fait état de l’installation d’une centrale thermique, mais dans une explication donnée à un quotidien, M. Hébrard laisse entendre que “le CEB ne s’est pas encore décidé sur la technologie qu’il compte adopter dans Fort George et que ce pourrait peut-être être celle du solaire”.
Heymant Beekee, qui connaît le Fort George comme sa poche et toute la richesse historique qu’il recèle, se dit, lui, convaincu “qu’au pire, un usage culturel, touristique et éducatif beaucoup plus judicieux pourrait en être fait tout en gardant le cachet pour l’édification des générations futures”. Il exhibe d’ailleurs un plan du fort qui montre que “la garnison britannique qui y était affectée y entretenait un terrain de cricket, qu’il y avait, entre autres, une vaste salle pour les bals et les mariages, sans compter plus d’une centaine de magasins et des couloirs en souterrain. Tout cela pourrait être réhabilité à moindre coût avec garantie de retour sur l’investissement”.
Une chose est sûre, Heymant Beekee ne sera pas le seul dans son combat vu le nombre de réactions que la nouvelle lancée autour du Fort George dans notre édition de dimanche dernier a suscitées. Des associations pour la défense du patrimoine se proposent de prendre position dans les jours à venir.