Cet arrêt de la pêche d’ourite à Rodrigues en est à sa troisième année. Cette coupure de deux mois, qui vise à augmenter la population de l’invertébré afin de pérenniser l’activité, doit être accompagnée d’autres mesures pour ne pas pénaliser les pêcheurs. C’est ainsi que la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), la Commission de l’agriculture et le Community Ressource Observers avec l’ONG Shoals Rodrigues collaborent dans un projet qui encourage les pêcheurs des villages proches de Grenade à trouver en la conservation une alternative à leur activité. Alfred Begue de la MWF nous en parle.
« Le but premier du projet est de diminuer le temps que les pêcheurs d’ourites passent en mer et, de ce fait, diminuer la pression exercée sur la population d’ourite, du moins en théorie », avance d’emblée Jean Alfred Begue, Project Support Officer à la MWF. L’objectif, à long terme, sera de retirer les pêcheurs de la pêche d’ourite. Depuis novembre 2013, avec le financement du Global Environment Facility-Small Grants Programme de la United Nations Developpement Programme, dix pêcheurs ont ainsi commencé à planter des espèces endémiques dans la région de Grenade. « Ces pêcheurs d’ourites viennent des villages voisins comme Roche Bon Dieu ou Banane. Pendant que la pêche de l’ourite est ouverte, ils s’occupent de la forêt en parallèle. Quand la pêche est suspendue, comme c’est le cas actuellement, ils sont à Grenade à plein-temps. »
La région choisie pour ce projet pilote se nomme Grenade et est caractérisée par ses terres arides. Drôle d’endroit pour essayer de planter une forêt communautaire direz-vous, mais détrompez-vous, ça pousse dans le désert. « Nous avons construit une clôture autour d’un hectare de terre et nous avons montré à dix pêcheurs comment planter des plants endémiques et indigènes et comment les aider à se propager. Cela a pour but de leur offrir le moyen d’avoir des revenus quand ils ne pêchent pas. Avec le Vacoas, il leur est possible de vendre les feuilles comme matière première pour la confection des tentes. De plus, nous y avons planté des espèces endémiques à vertus médicinales comme le bois sureau, utile contre la grippe et la toux, le bois cabri qui est utilisé pour faire baisser la fièvre ou encore le bois castique qui guérit la dysenterie », explique Jean Alfred Begue.
Ceci dit, les responsables du projet ont vite fait de réaliser que cette faune endémique ne générera pas suffisamment de revenus. Il est donc née l’idée de planter des arbres fruitiers et des légumes dans cette forêt communautaire. « Nous nous sommes tournés vers la commission de l’agriculture et ils nous ont conseillé de planter des pitayas et des grenades pour qui la terre est très favorable à cet endroit et qui n’interfèrent pas avec la propagation des espèces endémiques quand il y a un contrôle », explique le Project Manager. « Le pitaya et un fruit très populaire à Rodrigues. Il se vend de Rs 75 à Rs 100 sur le marché. Par contre la grenade n’a pas un véritable marché à Rodrigues pour le moment mais elle se vend à Maurice. Je dois ajouter qu’il va falloir laisser les plantes arriver à maturité. En attendant, nous avons planté des légumes comme le giraumon, les concombres, calebasses, pipengailles, ainsi que des épices pour générer des revenus. » Notons que, pour toute la durée du projet, ces pêcheurs perçoivent un salaire. Aussitôt le projet arrivé à terme en mars 2015, ce sera aux pêcheurs de générer leurs propres revenus à travers la vente.