L’enquête sur le meurtre de Barthélemy Azie, âgé de 17 ans, commis le 1er août 1999, à Montagne-Cabris, pourrait prendre une nouvelle tournure avec le troisième jour d’interrogatoire d’affilée de Jean-Marc Augustin, alias Ti-Antoine. Le Chief Investigating Officer, l’inspecteur Rajen Moorghen, pourrait prendre la décision de procéder à l’interrogatoire des limiers de la CID de Rodrigues, ayant à un certain moment au cours de ces 14 dernières années été appelés à enquêter dans ce cas d’agression mortelle. Le suspect Ti-Antoine pourrait être amené à faire des révélations sur les responsabilités de ces officiers de police dans le fait que ce cas n’avait pas été élucidé jusqu’au jour de Noël dernier. Entre-temps, le dénommé Jean-Noël Augustin, initialement présenté comme le principal suspect, a adopté la même ligne de défense que son complice Merge Jolicoeur.
La stratégie de défense adoptée par les principaux protagonistes est que « le mort a bon dos pour endosser toute la responsabilité de ce crime ». Jean-Marc Augustin n’a pas hésité à rejoindre Merge Jolicoeur accusant son père, Dada Misie, d’être le principal instigateur du meurtre de Barthélemy Azie, qui traversait le village de Montagne-Cabris après avoir assisté à des régates à Mourouck ce dimanche 1er août 1999.
Interrogé Under Camera depuis mardi dernier, Jean-Marc Augustin est allé plus loin au sujet de la participation de son père dans ce crime. Avec la conclusion de cette étape de l’enquête cet après-midi, il faudra s’attendre à un nouvel exercice de reconstitution des faits demain matin sous la supervision de l’inspecteur Moorghen. Jusqu’ici, il a relaté dans les moindres détails la séquence des événements se déroulant devant la boutique de Dada Misie au moment des faits.
D’emblée, le suspect Ti-Antoine a confirmé que les directives pour agresser la victime en ordonnant « touy sa g… la ». Il affirme avoir vu Dada Misie assommer Barthélemy Azie d’un coup de poing. « Li ti gagn ankor kout pwin. Me mo pa kapav dir ar ki… », devait-il faire comprendre quand il a été interrogé au sujet de l’agression.
« Kan ti fini bat li, sis dimounn ti sarye lekor avek Dada Misie ti pe mars divan avek enn tors pou ekler sime. Dada Misie ti montre kot bizin zet lekor-la », a poursuivi Jean-Marc Augustin, qui dit regretter d’avoir été un des complices présumés pour se débarrasser de la dépouille de Barthlemy Azie, qui ne fut retrouvé que 14 ans après, soit à la fin du mois d’août de l’année dernière. À ce stade, il sera difficile de confirmer cette version des faits avec Dada Misie car celui-ci, propriétaire de la boutique du village et présenté comme un dur de la région, est décédé il y a environ deux ans de cela.
Par contre, le témoignage de Jean-Marc Augustin pourrait être encore plus accablants pour les officiers de police, qui ont mené l’enquête en vue d’abord de retrouver les traces de Barthélemy Azie, qui était porté manquant juste après les régates de Mourouck du 1er août 1999. « Dada Misie ti bien ar tou CID Rodrigues. Souvent zot abitie vinn kot li », a ajouté Ti-Antoine.
Lors de son interrogatoire du jour, Jean-Marc Augustin devra révéler à l’escouade de l’inspecteur Moorghen le nom de ces officiers de police entretenant des liens étroits avec ce suspect décédé. Après une analyse des faits dans le dossier, le Chief Investigating Officer compte assigner ses collègues de la force policière de Rodrigues, dont certains sont déjà à la retraite pour des explications au sujet du long délai accumulé pour résoudre l’énigme de la disparition physique de la victime et élucider les circonstances de ce meurtre. Il n’est pas à écarter que des inculpations provisoires d’obstruction à une enquête policière, voire même le délit d’Aiding and Abetting in the Commissioning of a Crime, soient logées contre certains policiers en attendant la décision finale du Directeur des poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, au sujet de la marche à suivre.
En marge de la conclusion de l’interrogatoire de Jean-Marc Augustin, les enquêteurs du poste de police de Grande-Montagne procéderont aujourd’hui à la confrontation de ce même suspect avec un dénommé Jean-Daniel Gaspard, alias Bobotte. Dans ses dépositions, le dénommé Ti-Antoine avait également accusé Bobotte et Joseph Mario Ravina, aussi connu sous le nom de Baby, d’avoir participé activement à l’agression mortelle de Barthélemy Azie.
La réouverture de l’enquête de Barthélemy Azie 14 ans après, suscitant des passions à Rodrigues depuis ces trois dernières semaines, est suivie de près par les Police Headquarters des Casernes centrales. Dans la journée d’hier, l’inspecteur Moorghen avait été reçu au bureau Chief Officer of Police, le surintendant Nazeer, à Port-Mathurin, pour recevoir les encouragements du commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, pour le travail accompli jusqu’ici concernant ce dossier.
L’enquête se poursuit avec une dizaine d’autres suspects à être interrogés et une nouvelle arrestation à prévoir, portant le nombre à 14…