Après 38 mois d’enquête et de tractations dans ce qui avait été présenté initialement comme étant le « scandale du siècle » du rachat de la clinique MedPoint au coût de Rs 144,7 millions, une nouvelle étape a été franchie hier après-midi. Le Directeur des poursuites publiques (DPP), Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, a donné son feu vert pour que le procès au pénal soit instruit contre l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances et leader du MSM, Pravind Jugnauth, devant la Cour intermédiaire. Le délit retenu formellement est celui de conflit d’intérêts sous l’article 13 (2) de la Prevention of Corruption Act de 2002. Dans les prochains jours, Pravind Jugnauth sera assigné devant le Bench de la Cour intermédiaire, qui sera appelé à entendre ce procès pour la séance Pro Forma. Cette séance a été fixée au lundi 15 avril prochain.
L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui avait été interpellé par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) le 22 septembre 2011, a systématiquement rejeté l’accusation portée contre lui dans les procédures d’acquisition de la clinique MedPoint par le ministère de la Santé en vue de réaliser un projet d’hôpital gériatrique. Avec les derniers développements intervenus hier après-midi en greffe de la New Court House, Pravind Jugnauth a eu moins de chance que sa collègue du MSM, Maya Hanoomanjee, ancienne ministre de la Santé. Il y a onze moins de cela, le DPP avait décidé d’un No Case to Answer dans cette affaire, qui avait éclaté au grand jour en janvier 2011.
Confirmant la décision de loger un procès au criminel contre le leader du MSM, l’Office of the Director of Public Prosecutions souligne que sur la base du dossier d’enquête compilé au fil de ces trois dernières années par l’ICAC, « there is sufficient evidence to initiate criminal proceedings against Mr Pravind Kumar Jugnauth for conflict of interest contrary to section 13 (2) of the Prevention of Corruption Act ». Plus loin, il s’appesantit sur le fait que « such prosecution is in the public interest and the ICAC has been advised accordingly ». Le DPP rappelle également que l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances a droit à un « fair hearing before a Court of Law » et ajoute que « caution should be exercised in commenting the matter in any way that may jeopardise the conduct of the case ».
Force est de constater que le dénouement de l’enquête de l’ICAC dans le scandale MedPoint, avec l’inculpation formelle de Pravind Jugnauth, sera abordé lors des points de presse hebdomadaires des deux principaux partis d’opposition, soit le MMM et le MSM, aujourd’hui. Dans un premier commentaire lors de son intervention dans l’émission politique d’hier après-midi, diffusée sur les ondes de Radio One, le, leader de l’opposition, Paul Bérenger, n’a pas manqué de faire état de « enn mari coïncidence que cette décision du DPP intervienne à la veille du vote par bulletins secrets du comité central sur le Remake 2000 ».
Le libellé de l’acte d’accusation logé contre Pravind Jugnauth devrait être sensiblement le même que celui de l’ICAC en date du 23 septembre 2011, lors de sa comparution devant le tribunal de Port-Louis pour son inculpation provisoire, soit « on or about the 23rd December 2010, the said Pravind Kumar Jugnauth whilst being Vice Prime Minister and Minister of Finance and Economic Development, approved the reallocation of funds to the tune of rs 144 701 300 to pay MedPoint in which company a relative of the said Pravind Kumar Jugnauth, one Mrs Shalini Devi Malhotra, born Jugnauth, held 86 983 (23,59%) shares ».
Le procès se jouera en partie sur les Minutes of Proceedings des délibérations du conseil des ministres du 18 juin 2010 quand le dossier du rachat de la clinique MedPoint fut abordé. Pravind Jugnauth assumait à l’époque le portefeuille de vice-Premier ministre et ministre des Finances. Celui-ci maintient qu’au cours de cette réunion du Cabinet, il avait déclaré ses intérêts personnels lors de cette transaction alors que du côté de l’ICAC, l’on rétorque que les procédures formelles imposées pour toute déclaration d’intérêts sous les dispositions de la POCA n’ont pas été suivies par Pravind Jugnauth.
Sur les six autres suspects inculpés provisoirement par l’ICAC depuis le début de cette enquête, dont l’ancienne ministre de la Santé, Maya Hanoomanjee, seuls deux, soit le Chief Valuation Officer, Yodhun Bissessur et un de ses plus proches collaborateurs, Anerood Jeebodhun, ont été traduits en justice avec le procès se déroulant actuellement devant la Cour intermédiaire alors que trois autres hauts fonctionnaires, affectés à cette époque au ministère de la Santé, ont dû faire face à des mesures disciplinaires au niveau de la Public Service Commission (PSC).
Toutefois, la question, qui reste encore sans réponse malgré l’enquête exhaustive de l’ICAC, porte sur l’identité de l’auteur derrière la décision demandant au Valuation Office de revoir à la hausse l’évaluation de MedPoint après le premier exercice de cette même instance, soit de Rs 75 millions à Rs 125 millions allant du mois d’août 2010 au début de novembre de la même année…