Alors que l’on croyait que le ministère de l’Éducation avait frappé un grand coup concernant le mauvais comportement des collégiens en venant avec sa “Student Behaviour Policy”, les chefs d’établissements expriment une certaine déception au sujet de cette stratégie nationale. En général, la “Student Behaviour Policy” n’a pas provoqué de grand enthousiasme dans les collèges. Non parce qu’on relativise le problème de l’indiscipline scolaire, mais parce que les mesures qui y sont préconisées pour combattre le problème, affirment les recteurs des collèges d’État, « figurent déjà dans le “School management manual for Rectors” ». À noter que ni les School Rules & Regulations ni ce nouveau document n’ont force de loi et, de ce fait, les recteurs ne prendraient pas de risque d’appliquer des sanctions prévues en cas de « gross misconduct ».
« Le document “Student Behaviour Policy” est une jolie “assignment” pour les étudiants au MIE », ironise un recteur de collège d’État. « Il n’y a rien de nouveau dans ce document de ce que nous connaissons déjà et qui figure dans le manuel des procédures qu’on nous a donné pour gérer l’école », ajoute un de ses collègues. « Rien ne va changer… Le ministère a fait l’impasse complètement sur les questions fondamentales », disent nos interlocuteurs. D’autre part, le syndicat des recteurs des collèges d’État n’a pas tardé à envoyer ses commentaires au ministère sur cette “Student Behaviour Policy” et a demandé par la même occasion des clarifications sur plusieurs points.
Recteurs et enseignants de carrière seront toujours aussi peu convaincus des mesures dissuasives contenues dans cette “student Policy” tant que le ministère n’aura pas statué sur la légalité du document. En effet, dans les “staff rooms”, les débats autour de la “student Behaviour Policy” portent particulièrement sur cet aspect légal. « C’est une farce lorsque le ministère dit que les recteurs ont le pouvoir de sanctionner un élève pour “gross misconduct” en nous demandant de nous référer aux recommandations de cet “student Policy”. Est-ce que c’est un document légal ? », questionnent des enseignants et des recteurs.
Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers Union, met lui aussi son grain de sel à ce sujet. « Il semblerait que certains règlements de la Student Behaviour Policy ne sont pas en conformité avec les provisions légales de l’Education Act de 1957. Plus particulièrement celles faisant mention de la suspension temporaire d’un enfant ou de son expulsion permanente de l’école. Cette loi-cadre du secteur éducatif ne fait pas mention de suspension ou d’expulsion (…) La Student Behaviour Policy est illégale », soutient-il dans une lettre envoyée aux parlementaires à ce sujet.
Les renvois temporaires ou définitifs pour des délits graves figurent déjà dans les School Rules & Regulations. Mais cette mesure est rarement appliquée. Les recteurs expliquent qu’ils doivent en informer d’abord le ministère et justifier leur décision. Il est fréquent que le ministère ne soit pas satisfait avec les explications données et exige d’autres arguments « Vous n’allez pas passer votre temps à envoyer des rapports quand, au final, c’est le ministère qui aura le dernier mot et qu’il peut renverser votre décision », témoignent avec une pointe d’agacement des recteurs. Certains se souviennent même des cas d’annulation de renvoi temporaires sous pressions des politiciens…
Les “afternoon detentions” et les “saturday detentions” préconisées dans ce document pour sanctionner les « serious offences » ne sont pas non plus de nouvelles mesures. D’après les procédures administratives, l’école doit informer les parents d’élèves concernés en avance. Or, les parents refusent souvent ce type de sanctions, invoquant un problème de transport et un manque de sécurité aux alentours de l’école après les heures normales de classe. Le recteur préfère alors abandonner l’idée par mesure de précaution. « Cela fait 20 ans que nous n’avons pas entendu un recteur parler d’un cas de retenue l’après-midi », disent des enseignants de carrière.
Au ministère, on estime que la balle est désormais dans le camp des responsables d’écoles pour faire respecter cette “Student Behaviour Policy”. Dans une circulaire envoyée aux chefs d’établissements du secondaire d’État il y a quelques jours, le ministère de l’Éducation leur demande de vulgariser la “Student Behaviour Policy” auprès des élèves, de leurs parents et du personnel. Le ministère leur recommande d’élaborer à leur tour, avec la collaboration des partenaires de l’école, une « specific Behaviour Policy based on the provision contained in the national Policy document and the values upheld by their schools ».
Ainsi, afin de gérer tout incident relatif à l’indiscipline scolaire, il revient à chaque école d’identifier les différents types de « Behaviour » et pratiques qui ne seraient pas compatibles avec la vie estudiantine. L’école devra par la suite définir les différentes sanctions en fonction de la gravité des délits. Dans certains collèges, des recteurs ont déjà nommé un comité composé de différentes parties pour accomplir cette tâche. « L’entrave à la discipline scolaire couvre une variété d’actes, dont certains sont choquants. Le ministère aurait dû avoir identifié la liste des “offenses” dans sa Student Behaviour Policy. »
Dans les milieux concernés, on estime que le ministère « n’a pas voulu se mouiller et a délégué cette responsabilité à l’administration » de chaque école. « De ce fait, il n’y aura pas d’uniformité par rapport aux délits et aux sanctions », déplorent des chefs d’établissement. Ces derniers racontent ainsi le geste choquant d’un élève dans un établissement pour garçons il y a quelques jours : sous le regard amusé de ses camarades, l’élève en question a pris le feutre d’un enseignant pendant que celui-ci avait le dos tourné et l’a frotté sur ses parties intimes avant de le reposer à sa place… « Dans quelle catégorie de délits placer ce geste inadmissible et quel type de sanction lui infliger ?? » demandent des recteurs.
Selon nos informations, le port de l’uniforme et autres pratiques – tels piercings, coiffures extravagantes, tatouages, bijoux et baskets de couleur inappropriée – sont aussi des sujets de vives discussions ces jours-ci au sein des comités préparant la “Specific Behaviour Policy”. Hier, dans une école pour filles située dans les basses Plaines-Wilhems, des enseignants eux-mêmes étaient en désaccord total sur la longueur de l’uniforme que devraient porter leurs élèves !