PILS l’a « adoptée ». « Ils sont ma famille, depuis que toute cette calamité m’est tombée dessus. Eux, au moins, m’ont rappelé que je suis un être humain. Car après la façon dont j’ai été rudoyée par les officiers du Bureau du Passeport et de l’Immigration, quand ils m’ont appris que j’avais le sida, en février dernier, je n’avais qu’une chose en tête : quitter ce monde ». Prénommée Cynthia par PILS, cette étudiante camerounaise, qui s’est inscrite en septembre dernier pour une formation en Hospitality management, risque une expulsion « si les autorités mauriciennes ne se ressaisissent pas et la renvoient parce qu’elle est séropositive », explique Nicolas Ritter, directeur de PILS et premier Mauricien à avoir déclaré publiquement vivre avec le virus du sida.
« Découvrir que j’ai le sida a été un choc immense pour moi. Mais le pire, c’est de gérer le stress depuis que les autorités mauriciennes comptent m’expulser parce que je suis séropositive. Je trouve cela très injuste ». Cynthia (prénommée ainsi par PILS pour protéger l’identité véritable de l’étudiante camerounaise) ne peut que laisser exploser sa colère : « Pour un pays qui pratique l’ouverture et se vante d’avoir une politique internationale qui souhaite que des investisseurs étrangers viennent ici, c’est un peu illogique… Quand on sait aussi que les touristes sont accueillis à bras ouverts et qu’on ferme les yeux sur leur statut sérologique. Je n’ai aucunement l’intention de propager le virus du sida, même si je le porte dans mon sang. Tout ce que je veux, c’est faire mes études ici, pour les trois prochaines années puis repartir auprès des miens, dans mon pays ». Elle renchérit : « Je suis une adulte, je sais comment me protéger et protéger ceux qui vivent autour de moi, par rapport à ma maladie. L’État mauricien devrait penser à cela avant de brutalement renvoyer des personnes trouvées séropositives dans leurs pays… »
« Elle fait déjà la moitié de son poids. En quelques semaines, elle a perdu énormément de poids, car elle refuse de s’alimenter et est toujours triste, perdue dans ses pensées », s’inquiète Lovena Luchooman, social worker de PILS (Prévention, information et lutte contre le sida), qui s’occupe depuis plusieurs semaines de la jeune Camerounaise. Nicolas Ritter abonde dans le même sens : « Il est clair que tout ce stress n’aide nullement Cynthia. Cela affecte déjà considérablement sa constitution et son CD4 (qui définit le statut sérologique du patient) commence à accuser le coup. Elle va tomber malade si on ne l’aide pas rapidement, psychologiquement et physiquement. » PILS a d’ailleurs déjà pris en charge la jeune étudiante d’origine camerounaise « depuis que l’on a appris son calvaire. On lui donne tout le soutien nécessaire et on a frappé aux portes de toutes les autorités concernées », soutient Nicolas Ritter. Cependant, « nos décideurs semblent peu enclins à avoir de la compassion pour cette jeune femme. Jusqu’ici, nos démarches sont restées vaines… »
Cynthia se livre d’une voix à peine audible, noyée par ses larmes qu’elle arrive difficilement à contenir, même quand elle ne parle pas. C’est dire toute la souffrance vécue par ce bout de femme venue étudier à Maurice : « Je n’ai jamais été aussi malheureuse de toute ma vie. Je n’aurais jamais pensé que, parce que j’ai le sida, des êtres humains, comme moi, m’auraient traité de la sorte, comme si je n’étais rien. Une telle rudesse, tant de brutalité… À croire que je ne suis pas un être de sang et de chair comme tout le monde. » Cynthia se reprend, essuie courageusement ses larmes : « C’est difficile d’expliquer à quel point j’ai été blessée, meurtrie par autant la nouvelle de ma séropositivité, que la façon dont on m’a traitée au Bureau du Passeport et de l’Immigration quand je suis allée récupérer les résultats des tests sanguins auxquels chaque aspirant étudiant doit se soumettre en arrivant à Maurice. »
Elle raconte comment « les officiers m’attendaient. Après avoir vérifié qui j’étais, ils m’ont tendu la lettre. Je ne savais pas que j’étais séropositive ». Apprendre cette nouvelle a été « un véritable choc. Je n’y comprenais plus rien… Tout a basculé autour de moi, je ne savais même plus où je me trouvais… Je ne m’attendais pas du tout à une nouvelle aussi désastreuse ». Ceux qui lui ont appris la nouvelle l’ont « à peine ménagée », relate Cynthia. « On m’a juste dit : “Voilà, vous avez le sida. On ne peut accepter votre demande de visa d’étudiant. Vous ne pouvez pas rester à Maurice. On ne veut pas de vous ici. Il vous faut rentrer chez vous” ». La jeune femme était « seule. Je me suis sentie perdue… Je n’avais personne qui appeler, à qui parler… »