Ce qui vient de se passer en Russie illustre encore une fois de façon dramatique le terrible détournement de la liberté au profit d’actes soi-disant démocratiques mais en réalité profondément pourrissantes de la société…
Sous prétexte de protester contre l’autocratie de Vlladimir Poutine, le président russe, un groupe de jeunes filles de ce pays a investi une église bien évidemment orthodoxe de Moscou pour y faire une manifestation anti-régime assortie de gestes religieux (signes de croix et prosternations) de caractère effrontément irrespectueux et profane. Elles ont été condamnées à trois ans de prison…
Dans cette affaire, on a le choix entre deux réactions. Premièrement la plus facile : emboucher les trompettes de « la liberté bafouée et de la démocratie attaquée » et hurler au scandale contre cette condamnation. On sera là avec le plus grand nombre et on aura satisfait au devoir de « solidarité avec la justice » que nous impose la société déliquescente d’aujourd’hui. On pourra ensuite manger ses croissants et boire son café la conscience tranquille en ayant le sentiment euphorisant d’avoir participé à cette entreprise mondiale et cosmopolite de la protection du droit des individus à exercer leurs droits et leur liberté chérie. On aura alors bien mérité du politiquement correct…
La deuxième posture est plus difficile car moins simple et plus compliquée. C’est celle d’essayer d’aller un peu plus loin que la protection des droits de l’homme et de se pencher sur ses devoirs vis-à-vis de la société dans laquelle il vit car on le sait bien, mais on l’oublie trop souvent, il ne peut y avoir de droits si on n’a pas installé, comme préalable, les devoirs qui les encadrent. Edoardo de Pedys, économiste italien, disait fort justement à Jean-Claude Antoine dans le dernier Week-End que « les lois et les principes qui viennent de l’ancienne Rome et dont l’Europe s’était inspirée pour son fonctionnement n’existent plus, chacun faisant ce qu’il veut et utilisant tous les moyens possibles pour satisfaire ses désirs…  » Et c’est exactement l’exemple qu’il fallait donner pour illustrer cette dangereuse et triste mise au rancart des devoirs par les droits. Que valent en effet les principes et les vertus venant de l’ancienne Rome pour ceux qui n’ont jamais lu l’histoire de cette période-là ? Dans ce souci de modernité qui caractérise notre société sur le plan politique, social, religieux et économique, on s’est joyeusement débarrassé de « toutes ces choses poussiéreuses » comme me l’a déclaré doctement un de mes amis récemment, au profit de la « religion » de l’homme à qui tout devient permis et auquel ON autorise tout sous prétexte, depuis mai 68 qu’il est interdit d’interdire. Le résultat est là, sous nos yeux aujourd’hui, palpable et dramatiquement présent dans notre vie de tous les jours pour qui sait et veut ouvrir les yeux sur la décadence globale et individuelle vers laquelle nous courrons allègrement…
L’Europe, à part quelques exceptions, à depuis longtemps abandonné sur les bas-côtés de la route de la société marchande et de la consommation à outrance beaucoup de ses principes de gouvernement qui avait fait jadis son succès pour conduire ses habitants vers le paradis matérialiste dans lequel les gourous nous expliquent, comme le dit si bien Edoardo de Pedys, qu’on doit tout faire pour avoir tout, tout de suite… La Russie d’aujourd’hui a eu la chance et la malchance d’avoir pu toucher le fond (1917-1989) du matérialisme athée qui lui a permis de comprendre à quel point la destruction d’une société traditionnelle et de ses vertus ancestrales et de son remplacement par la « religion de l’homme » pouvait compromettre l’avenir à ce point. La Russie a aussi la chance d’avoir derrière elle un vécu traditionnel qui donne à l’âme russe cette capacité de puiser dans le passé suffisamment de forces pour essayer de rétablir ce qui doit l’être. Le drame pour la Russie d’aujourd’hui qui, à travers ses tristes Pussy Riots deviennent un cas d’école, c’est que une fois le Mur de la honte détruit en 1989 la seule alternative qui s’offrait au peuple russe libéré, c’était la non moins triste société de consommation à outrance proposée par un Occident déjà décadent dans son fonctionnement. Cette frénésie de consommation (avoir tout, tout de suite) a installé au coeur de la société russe des pulsions telles que la moindre contradiction devenait rapidement intolérable. Aujourd’hui la « contradiction » russe s’appelle Vladimir Poutine, l’empêcheur de tourner en rond, celui qui pense que l’avènement du Coca Cola et du MacDonald à Moscou risquent de tuer à jamais l’âme de Pouchkine. Après la chute du mur en 1989, une clique de conseillers à la solde du dieu dollar avaient investi les couloirs du Kremlin pour y installer les prémices de ce « gouvernement mondial » voulu par les gourous de l’ultra libéralisme. Poutine a eu le mérite d’ouvrir les yeux sur ce danger et s’est débarrassé de tous ces conseillers pour se replier sur une équipe de nationalistes de Saint-Petersbourg, ville phare de la vieille Russie. C’est ce combat qu’il mène aujourd’hui sur le front intérieur comme sur le plan international et cela ne plaît pas à tout le monde…
L’affaire des Pussy Riots n’est qu’un épisode de cette lutte pour la restauration d’une certaine autorité dans la société russe. Ces trois jeunes filles probablement adoratrices de la société occidentale « libre » se sont attaquées à ce que la Russie a de plus important dans son combat aujourd’hui : La religion orthodoxe, pilier du fonctionnement ancestral de ce pays et Vladimir Poutine président du pays, deux symboles vitaux dans le combat pour la restauration de la grandeur de ce pays. C’est la vraie signification de la peine exemplaire infligée à ces filles qui doit interpeller ceux qui veulent lire entre les lignes et non pas la durée de la peine elle-même qui fait jaser ceux qui réagissent au premier degré en hurlant au scandale et aux droits de l’homme soi-disant bafoués. La restauration d’une certaine autorité morale est à ce prix et elle passe par un « recadrage « de l’homme pour essayer de l’éloigner de ce qu’on a jeté en pâture devant sa porte pour en faire un citoyen consommateur avant tout : des droits, encore des droits, toujours des droits…