Pour son premier événement de l’année, le Caudan Arts Centre propose le spectacle La ravanne de Daniella le dimanche 26 janvier à partir de 15h30. A ne pas s’y méprendre : il ne s’agit pas d’un concert. Ce, même si la musique sera bien présente et que nous retrouverons à l’affiche Daniella Bastien, Mélanie Pérès et Norbert Planel, des habitués de la scène musicale. Il sera question d’une nouvelle expérience invitant le public, surtout les petits, à venir vivre l’art de raconter les histoires. A travers ce projet, mêlant narration, théâtre et musique, Ashish Beesoondial souhaite mettre en avant le storytelling, un genre peu connu.

Ravanne en mains, yeux fixés sur son texte et prenant un ton calme et puissant, Daniella Bastien raconte l’histoire d’une jeune fille vivant seule avec son père très autoritaire, et qui malgré son jeune âge, s’occupe de lui et de la maison. Cette jeune fille qui se prénomme Daniella rêve d’apprendre à jouer de la ravanne. Mais son père le lui interdit, considérant que cet instrument n’est pas pour les filles. Un jour, en rentrant de l’école, elle tombe sur une affiche annonçant un concert de ravannes… Des idées folles lui viennent en tête. Cette histoire sera racontée le dimanche 26 janvier sur la scène du Caudan Arts Centre. L’histoire abordera entre autres la détermination, l’envie d’apprendre et d’arriver quelque part.

En attendant, les répétitions sont en cours pour peaufiner la mise en scène. Norbert Planel, Mélanie Pérès et Daniella Bastien jouent sous la supervision d’Ashish Beesoondial. Ils se concertent pour caler au mieux les morceaux de séga qui serviront à faire la transition entre les différentes étapes de l’histoire. Avant d’entrer dans le vif du sujet, Daniella Bastien tient à rectifier certaines incompréhensions liées au titre du spectacle. “Ce n’est pas un concert de séga, ni mon concert et encore moins mon histoire ou mon livre. C’est une pure coïncidence si le personnage de ce livre écrit par Amarnath Hosany porte le même prénom que moi. Même si je joue effectivement de la ravanne dans ce projet du Caudan Arts Centre, mon rôle consiste uniquement à être la narratrice.”

Du storytelling pour jeune public

Ce projet mené par Ashish Beesoondial consiste avant tout à faire découvrir l’art du storytelling. “Cette tradition a bien été présente à Maurice, mais elle a malheureusement disparu au fi l des années. Il était important pour nous de la ramener sur la scène d’un théâtre. Mais, au lieu de venir raconter uniquement une histoire, nous avons voulu mélanger le storytelling à la musique et au théâtre.” Sans compter qu’à la base, le storytelling et le théâtre étaient étroitement liés.

Comme le but du Caudan Arts Centre est aussi de ramener le jeune public vers le théâtre, le choix s’est naturellement porté sur La ravanne de Daniella, un livre pour enfants écrit par Amarnath Hosany et publié en 2019 par l’Atelier des Nomades. D’autant plus, rajoute le metteur en scène et theatre manager : “Dès que j’ai lu ce livre, je me suis dit que c’était une histoire à partager. A mon avis, la ravanne a été trop stéréotypée à Maurice. Pour moi, c’était l’occasion de réunir cette littérature mauricienne et cet instrument local sur une scène et en faire un spectacle.” Ce sera aussi une manière de rendre hommage : “Cette histoire tourne autour d’une figure phare du séga mauricien, Michel Legris, de la ravanne et de Maurice” rajoute-il.

Tifi deziem lot.

Mélanie Pérès, qui interprète le rôle de la jeune Daniella, confie se retrouver dans le personnage du livre “à bien des reprises.” Habituée de la scène, la chanteuse et comédienne s’apprête à vivre sa première expérience dans un projet de storytelling. “Je me suis aussi rendu compte que c’était l’histoire des filles de mon âge. Car dans le cercle où nous avons grandi, il était hors de question de jouer de la ravanne. Le fait de jouer ce rôle c’est comme rejouer mon enfance, car même si mon papa (ndlr : Patrick Pérès) jouait de la ravanne ça ne lui a jamais traversé l’esprit de m’apprendre à jouer de cet instrument. Même à l’école, on nous apprenait à jouer de la fl ute alors qu’on aurait bien pu nous enseigner la ravanne. Donc, ce sera un peu comme une émancipation où je serai en mesure d’exorciser tout ça.”

De son côté Norbert Planel apportera une présence masculine, et pas des moindres, lors de l’unique représentation de La ravanne de Danielle. Il campera le rôle du papa autoritaire, du jeune ravannier, de Michel Legris et aussi celui de musicien. L’univers du storytelling ne lui est pas inconnu puisqu’il a déjà collaboré et suivi une formation avec la Réunionnaise Léone Louis qui avait tenté de rétablir le conte à Maurice. “Commencer l’année avec ce projet est très intéressant sachant qu’ici les gens ont tendance à toujours tout catégoriser. Sauf que nous allons prouver que le théâtre permet d’explorer plusieurs choses.” En effet, le principe du storytelling, surtout en se référant à un enfant qui joue, “c’est d’être capable de garder un esprit simple, imaginatif et créatif et de savoir interpréter plusieurs rôles à la fois.”

Redécouvrir l’écoute d’une histoire.

C’est seule, avec sa ravanne, que Daniella Bastien avait l’habitude de se retrouver sur scène. Pour sa toute première expérience en tant que narratrice, elle découvre le plaisir de travailler en équipe et “de m’approprier le texte d’une autre personne.” De surcroit, elle s’est chargée de la traduction de ce texte en kreol. Aussi, lorsque Ashish Beesoondial l’a abordée pour ce projet, l’anthropologue de formation n’a pas hésité un instant. “J’ai grandi dans un milieu où l’on racontait des histoires. J’aime moi-même en raconter. Et puis, il y a le fait que nos conteurs, comme Fanfan, ont disparu et nous n’avons plus l’occasion de raconter des histoires. En venant sur une scène de théâtre, nous aiderons à faire renaître cette tradition. Il ne faut pas oublier que l’image du conteur collé à toute cette culture créole. Les contes, les comptines et les devinettes sont le soubassement de l’écriture créole de l’Océan Indien.” Aucun doute pour la Happiness Manager que cette version en storytelling de La ravanne de Daniella sera l’occasion pour les parents de sortir leurs enfants devant les écrans. Elle les invite donc à venir “avec les oreilles aiguisées pour écouter une belle histoire avec de vrais personnages. Un projet construit à partir du monde de l’enfance et pour les enfants.”

En espérant pouvoir prochainement prévoir des séances scolaires, ces retrouvailles avec storytelling en “français mauricien” précise Mélanie Perès, permet à l’histoire de La ravanne de Daniella d’entamer un voyage de 45 minutes entre la narration et le théâtre aux rythmes de la ravanne et du séga. Les billets sont en vente à Rs 300 (enfants) et Rs 500 (adultes).