Recommandée par le ministère de la Sécurité sociale, au vu d’une tendance ascendante notée dans le phénomène du suicide, une étude auprès d’adolescents à Maurice a été confiée au Mauritius Research Council. Outre des chiffres sur les suicides et les tentatives de suicide, l’étude révèle que sur 131 adolescents sondés, 4,6 % consomment de la drogue alors que pas moins de 6 élèves sur 131 ont dit avoir été victimes d’abus sexuel.
Pour rappel, cette étude a montré que les adolescentes étaient presque deux fois plus nombreuses que les adolescents à avoir déjà pensé à mettre fin à leur vie. Et, 4 des 131 jeunes sondés ont déjà franchi le pas sans que toutefois l’acte n’ait abouti.
Lors de l’étude, 29 % des élèves ont rapporté avoir déjà été victimes d’abus physique ; 48 % ont essuyé des agressions verbales ; 29 % se sont dit victimes de bullying social (exclus d’un groupe, ridiculisés, objets de rumeur) et 19 % ont été harcelés via e-mail ou via réseaux sociaux.
Quelques différences ont été notées dans la manière de procéder pour se donner la mort chez les garçons et les filles. Les garçons avaient tendance à recourir à la pendaison alors que les filles optaient pour la consommation de produits chimiques.
D’autre part, suivant une tentative de suicide, il a été noté chez les jeunes concernés un traumatisme et il a été rapporté que leur santé mentale s’en est trouvée d’autant plus affectée après, ce qui peut, selon l’étude, mener à une rechute. Le besoin d’un soutien émotionnel et psychologique est alors de mise. Mais, de l’autre côté, certains ont vécu la tentative de suicide comme un sursaut et n’avaient plus l’intention de mourir ou de récidiver. « They also report that their relationships with their kins have improved significantly after their attempt ». Dans les cas où les suicides ont abouti, les principales conséquences sur les familles sont le désespoir et la culpabilité, ce qui dans certains cas, ont mené à un éclatement de la famille.
L’idée de se donner du mal de manière intentionnelle est un autre précurseur de l’idée de suicide. Selon l’étude, 55 % des garçons contre 45 % des filles ont déjà songé à se faire du mal de manière intentionnelle. Même dans les plus petites classes, soit en Form III et Form IV, 6 élèves sur 20 avaient déjà eu une telle idée.
L’étude a aussi tenté de sonder les comportements à risques chez les adolescents. Ainsi, 20 % des sondés ont indiqué consommer de l’alcool, 17.1 % fument et 4.6 % consomment de la drogue et la majorité concernaient des garçons.
Autre fait important : pas moins de 6 élèves sur 131 ont dit avoir été victimes d’abus sexuel. L’étude souligne que « there is strong suspicion that this phenomenon of teenage suicidal behavior can be much more prevalent among school population than this study reveals. However, from our findings, it is clear that the picture which emerges is one which invites concerted action. The next step would be to expand the study into a comprehensive nation-wide survey ».
Le rapport recommande une approche multisectorielle ciblant l’éducation, la famille, la santé, le bien-être social, la jeunesse entre autres en vue d’une collaboration. Les auteurs préconisent une plateforme nationale et soulignent la nécessité de pourvoir aux jeunes davantage d’outils de communication et de gestion face à des situations stressantes. Les auteurs soulignent par ailleurs le besoin de renforcer les soutiens institutionnels autour du suicide étant donné que selon eux, l’unité Life Plus du ministère de la Sécurité sociale et les ONG oeuvrant dans ce domaine manquent de ressources.
Par ailleurs, au vu du poids que constituent les problèmes avec les parents dans les causes du suicide chez les adolescents, l’étude souligne le besoin « for wider educational and communication campaigns about parenting skills, as well as to sensitise and empower parents about the handling of teenagers coping with difficulties ».