Ah, ce fameux théâtre de boulevard comme on l’aime avec ses intrigues, ses surprises et son décor. Denis-Claude Koenig a décidé de régaler les spectateurs avec sa nouvelle mise en scène Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Pattelière. Il a finement ciselé le scénario tout en donnant une âme à ses acteurs qui sur scène, on le sent, vivent une véritable aventure humaine.
Denis-Claude Koenigse la joue modeste, se contentant uniquement de distiller sa passion du théâtre à ses comédiens. Il aime la scène, il la vit et sa passion est contagieuse. « C’est une grande aventure artistique. Un grand défi à relever et dans le théâtre, il faut juste aller au bout de ses capacités. » Le Prénom, c’est la pièce sur laquelle il s’attelle, du contemporain qui vient rompre avec les pièces traditionnelles à la Molière. Sur scène, en régie, Denis-Claude Koenig donne le ton de la pièce à ses comédiens, des acteurs chevronnés. Ils sont cinq : David Pion, Nathalie Ahnee, Deepa Bhookun, Fabien de Commarmond et Robert Furlong. Denis-Claude les dépeint tel un artiste devant une toile. Il est satisfait de leur performance et en a même une petite étincelle de joie dans le regard. De Robert Furlong, il dit apprécier la manière dont il se présente sur scène. Quant à Deepa Bhookun, « elle a des capacités de jeu extraordinaire et arrive à composer avec ses personnages. Nathalie, c’est à la lecture des textes, son personnage, elle le vit. Fabien, il est authentique, il reste dans le vif et David est un pro qui s’approprie la scène. »
En des termes élogieux, Denis-Claude Koenig décrit sa troupe et de cette histoire qui se passe entre des bourgeois parisiens qui vont tisser une trame autour d’un prénom. Et, il y en aura de ses prénoms dont celui qui rappelle le fameux Hitler, Adolf. Sauf qu’ici, le père décide qu’il sera écrit « Adolphe » à la manière de Benjamin Constant. Pourtant, cela avait bien démarré — dîner sympathique, un dîner marocain entre Parisiens — mais à la seule demande du prénom de l’enfant qui va naître, c’est le coup de théâtre et des non-dit enfouis qui refont surface. Tout est balancé à la figure, règlements de comptes faisant place à une ambiance survoltée.
On y était hier au Théâtre Serge Constantin à voir ses acteurs déambuler sur scène, se donnant la réplique. Deepa Bhookun est celle qui dégage une aisance, des mimiques dans le ton juste de son personnage. Robert Furlong, lui, flirte avec les mots. L’intonation est parfaite et rend son personnage encore plus crédible. Nathalie Ahnee dans le rôle de la mère affublant son petit ventre est un peu l’héroïne de la pièce. Son fils n’est pas encore né qu’il fait déjà l’objet de toutes les attentions, on lui cherche un prénom et quel prénom ! On entendra des « Il faut être un attardé mental pour appeler son fils Adolphe », ou encore : « Tu nous a pris l’Alsace et la Lorraine, tu ne nous prendras pas nos prénoms. »
Fabien de Commarmond et David Pion se donneront tour à tour la réplique, le tout dans un débit parfait. On ne fait pas dans de la guimauve, la pièce est parfaitement ciselée et fait intéressant on reste dans le vif du sujet. On virevolte d’un personnage à un autre, on s’émeut, on rit, on attend l’effet surprise et à mesure que les personnages se composent sur scène, on s’en régale.
Le théâtre de boulevard s’apprécie pour peu qu’on reste attentif à la trame, au jeu des acteurs. Pendant plus de trois mois, la petite équipe de Denis-Claude Koenig s’est construite. « On a travaillé avec notre coeur, on s’est investi dans notre mission et on espère que le public sera satisfait de la performance des acteurs mauriciens. Le Prénom a reçu six nominations aux Molières 2011. Une version cinématographique a aussi été réalisée et le film a obtenu deux Césars à la dernière Cérémonie des Césars 2013, il y a un mois. Nous, on la rejoue à notre manière. »
Une forte belle leçon du talent mauricien et on vous le dit Denis-Claude, c’est un Prénom avec lequel il faudra composer car il a cette faculté d’amener son public à renouer avec le théâtre de boulevard.