Thierry Long a été dès le départ associé aux succès et à la qualification de Natacha Rigobert et d’Élodie Li Yuk Lo. Le Français, époux de Natacha Rigobert, maître de conférences en psychologie du sport à l’Université de Nice, est aussi l’entraîneur des Mauriciennes. C’est loin des effervescences qu’il a savouré la qualification de ses protégées.
Thierry Long, avec du recul, comment avez-vous accueilli cette qualification ?
À la fois avec un grand bonheur et aussi un soulagement parce qu’on était partis pour l’aventure depuis trois ans et maintenant que le billet pour Londres est acquis, je suis super heureux pour Natacha et Élodie.
Étiez-vous confiant en la qualification pour les Jeux Olympiques ?
On y allait que pour la qualification et cela depuis le départ. Pendant la compétition, il y a eu beaucoup de pression à gérer. De mon côté, j’ai fait ce qu’il y avait à faire. Il y avait aussi le chef de délégation et le président de la Fédération mauricienne de volley-ball, Kaysee Teeroovengadum, qui est arrivé deux jours plus tard. Moi, je devais gérer leur état émotionnel, gérer leur excitation quand cela montait trop et les calmer quand il fallait le faire. On savait qu’il y aurait beaucoup de pression du fait qu’elles étaient les favorites en tant que championnes d’Afrique et que Maurice était l’équipe à battre. Les filles se sont bien comportées et étaient très attentives. Cela a aidé à créer une bonne osmose entre les deux équipes.
Est-ce que vous avez douté un moment, par exemple lors du second match contre Kenya B, quand cette dernière menait 12 à 10 au tie-break ?
Oui et non. Car j’avais aussi confiance en elles. De loin, je leur ai envoyé de l’énergie positive et je me disais que c’était écrit dans leur destin qu’elles soient à Londres. Et cela s’est révélé positif.
Comme il n’y a pas de coaching lors des compétitions de beach-volley et que l’entraîneur doit être dans les gradins, comment avez-vous vécu cela ?
Des fois c’est très dur de se voir dans les gradins sans pouvoir passer un message ou un encouragement. Mais c’est le règlement et on s’y adapte. À 12-10, je me suis dit que le rêve pouvait se transformer en cauchemar. Il fallait chasser ce cauchemar. Natacha et Élodie se sont parlé et elles ont été plus sereines et ont retrouvé leur jeu pour faire la différence.
Et le golden-set, le premier à être disputé lors de ce tournoi ?
Déjà, Natacha et Élodie avaient économisé de l’énergie depuis le premier jour en évitant de disputer le golden-set grâce à Prisca et Heidy qui avaient fait le nécessaire en remportant leur match contre Congo B et Afrique du Sud B. Mais on s’était préparés à le jouer dans n’importe quelle situation. Il fallait trouver les mots justes et les filles savaient ce qu’elles avaient à faire car elles étaient à 15 points du Graal, donc à 15 minutes du bonheur. À l’échauffement, elles étaient super motivées, comme un boxeur qui est prêt à monter sur le ring, alors que de l’autre côté l’adversaire paraissait timide, pas très bien dans sa peau et hésitait à s’échauffer. Le chef de délégation est venu nous dire que les Kenyanes ne savaient pas trop qui allait disputer ce set et que le doute s’installait dans leurs rangs. Est-ce la peur de perdre ou de gagner ? Nous, on ne s’est pas posé de questions car on y allait pour la qualification. Natacha et Élodie ont imposé leur jeu avec agressivité et ont su gérer leur avance tout en dominant l’adversaire. Je n’ai jamais douté, mais il fallait attendre jusqu’au sifflet final de l’arbitre.
Justement, comment avez-vous accueilli la fin de la rencontre ?
Le dernier point était un peu bizarre et je ne savais pas trop ce qui se passait. Et quand j’ai vu Prisca, Heidy et les dirigeants courir vers Natacha et Élodie, j’ai réalisé que c’était fini. J’ai craqué, ce fut plus un grand bonheur interne que j’ai ensuite partagé aux joueuses. C’était aussi une libération de tout ce stress qu’on a enduré depuis le début de l’aventure. Maintenant, il faut le savourer et tout ce qui arrive n’est que du bonus. Il n’y aura plus de contre-performance mais que des performances.
Comment avez-vous trouvé le niveau africain ?
J’ai vu des joueuses très physiques qui nous ont donné du fil à retordre par moment. Mais il faut davantage travailler la technique car ce sont des joueuses de volley-ball en salle. J’avoue que j’étais impressionné par la deuxième main du Congo (ndlr : attaquer le ballon sur la deuxième touche) et pour s’organiser c’était difficile, alors que la jeune équipe du Rwanda a de l’avenir devant elle.
Les JO sont dans moins de deux mois. Comment va se passer la préparation dorénavant ?
C’est loin mais tout aussi derrière la porte. La préparation physique et technique va se dérouler normalement, mais c’est sur le plan tactique qu’il va falloir s’améliorer, voire innover. En Afrique où à un niveau loin du Top 16, on pratique le beach-volley traditionnel. Là, il faudra travailler les fondamentaux. On devra être créatifs pour brouiller les cartes des équipes fortes. On aura les étapes du World Tour de Rome, Gstaad, Berlin et Klagenfurt pour s’y habituer en attendant d’être à Londres.
Le mot de la fin ?
On a beaucoup donné et maintenant on est heureux et soulagés que l’objectif a été atteint. On ouvre le chapitre des JO fièrement.