La présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim, observe que « Maurice se trouve aujourd’hui à une phase critique de transition et de transformation économique » et que l’entrepreneuriat est « un instrument clé qui favorise la croissance économique et la création d’emplois », mais que « les hésitations persistent entre le confort lié à une sécurité d’emploi dans l’administration publique et la prise de risque, rattachée à l’entrepreneuriat ». C’était mardi dernier lors de son intervention au lancement du concours Total Start-up, à Ébène.
La présidente de la République s’est longuement appesantie sur l’importance de l’entrepreneuriat, des Petites et moyennes entreprises (PME) et affirme soutenir l’initiative de Total, lancé dans 34 pays africains simultanément. Elle note que la création et le développement d’entreprises sont une source d’emploi et de richesses, mais aussi d’amélioration de la compétitivité des économies des pays, leur permettant ainsi de mieux s’adapter aux changements économiques et aux mutations structurelles. S’appuyant sur une étude de l’OCDE en date de 2010, la présidente affirme que l’Afrique dispose « d’un fort potentiel de croissance dans le domaine de la création d’entreprise à un moment ou le continent connaît un dynamisme économique sans précédent ». Et cela ajouté à l’apport des Technologies de l’Information et de la Communication qui redéfinissent de nouveaux secteurs de l’économie et permettent l’élimination de nombreuses contraintes, « tout en proposant des solutions adaptées aux réalités africaines », poursuit l’intervenante. Ameenah Gurib-Fakim a également cité un extrait du discours du président américain Barack Obama qui, lors de sa visite au Kenya, a encouragé les jeunes à s’engager dans la création d’entreprise. Elle devait alors transmettre que, pour soutenir le développement durable des pays africains, beaucoup ont devancé son appel, dont Bartholomew Naji, qui a quitté son poste de professeur d’université à l’Université de Pittsburgh, aux États-Unis, pour diriger le Geometric Power, au Nigeria, première entreprise d’électricité privée en Afrique subsaharienne.
Ameenah Gurib-Fakim estime que Maurice doit chercher « de nouvelles opportunités et des perspectives professionnelles novatrices pour que les jeunes qui sont à la recherche d’un emploi ». Elle poursuit : « Le gouvernement peut sans aucun doute aider le pays à relever ce nouveau défi en s’ouvrant davantage aux technologies, aux nouveaux produits et marchés. » Elle note que, dans le dernier Budget, l’État a institué des organismes chargés d’encadrer la création et le développement de nouvelles entreprises et a offert des mesures incitatives et un meilleur accès au financement. La présidente avance que le secteur privé aussi s’est engagé dans ce sens en introduisant des incubateurs pour encourager les jeunes entrepreneurs à concrétiser leurs projets. Cependant, poursuit-elle, les résultats escomptés tardent à venir parce qu’il y a encore beaucoup d’hésitations chez les jeunes. Elle attribue « ce déficit en matière entrepreneuriale en partie à un manque de formation et de sensibilisation, à un système éducatif qui privilégie la performance individuelle, à un écosystème encore défaillant et, probablement, à un inconscient collectif largement influencé par notre insularité ». Selon elle, le secteur entrepreneurial est encore trop associé aux secteurs traditionnels. La présidente est d’avis qu’il faut, dès le primaire, créer un lien entre l’éducation et le monde de l’entreprise afin que les jeunes y prennent goût. De plus, Ameenah Gurib-Fakim affirme qu’il est important d’établir une meilleure coordination entre les institutions et les initiatives en faveur de l’entrepreneuriat. « Cette coordination, dit-elle, doit fixer des objectifs, des indicateurs clairement définis ainsi qu’un système de gestion des performances. »
La présidente de la République est d’avis que l’insularité ne doit pas constituer un obstacle au développement du secteur, à plus forte raison que des Mauriciens établis à l’étranger « sont souvent à l’origine ou ont contribué à des projets innovants ». Selon elle, une idée doit être testée pour savoir si elle est bonne et sa réussite dépend de « l’écoute, du travail, de la force de persuasion et de la ténacité ! ».