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L’enquête menée par les autorités, suivant la plainte pour maltraitance déposée par un groupe de Bangladais mardi dernier, a permis de lever un autre pan du voile sur la main-d’œuvre étrangère à Maurice. Selon ces ouvriers, ils sont souvent appelés « à travailler pour d’autres personnes » et leur employeur « touche une somme d’argent pour cela ». De plus, ce dernier avait obtenu un permis pour 56 travailleurs étrangers, mais il n’y en a que 35 au dortoir de Fond-du-Sac. Un autre travailleur étranger a été déporté lundi, tandis qu’il n’y a aucune trace des 20 autres. Une plainte pour trafic humain pourrait être logée la semaine prochaine.

L’ouvrier bangladais Yunuss, dont les amis soutiennent qu’il a été enlevé lundi dernier par des gros bras, a été renvoyé chez lui. C’est ce qu’avance le syndicaliste Feyzal Ally Beegum, après avoir obtenu la confirmation des autorités. Il se demande ainsi comment cette opération a pu se faire, surtout sans informer la Migrant Worker Unit du ministère du Travail, ni le bureau du passeport. « L’employeur a dit que le dénommé Yunuss a soumis une lettre de démission, donc, on l’a renvoyé chez lui. Or, ses collègues affirment qu’il a été enlevé par des bandits. Donc, cela démontre qu’il a été mené de force », dit le syndicaliste.

Pour l’heure, les 35 ouvriers bangladais d’Akhilesh International sont retournés dans leur dortoir, à Fond-du-Sac. Celui-ci a été aménagé dans une ancienne écurie au milieu d’un champ de cannes. Les Bangladais, qui doivent utiliser l’eau des tuyaux d’irrigation pour prendre leur bain, ne travaillent plus pour la compagnie. C’est l’agent recruteur, qui les avait fait venir à Maurice, qui leur donne à manger et qui se charge de leur trouver un autre employeur. Ce qui amène Feyzal Ally Beegun à se demander « si les agents recruteurs font le travail des officiers du ministère ». Il ajoute : « Cela démontre quels pouvoirs les agents recruteurs ont à Maurice. »

Par ailleurs, au fur et à mesure que l’enquête progresse, des éléments troublants font surface dans cette affaire. Selon le syndicaliste, il y a « de fortes possibilités » qu’une plainte pour trafic humain soit déposée la semaine prochaine. « Il y a des choses inquiétantes à confirmer. Les ouvriers ont dit que leur service était vendu à d’autres personnes et que leur patron touchait une somme d’argent pour cela. De plus, selon les informations recueillies, cette compagnie avait fait venir 56 personnes. Or, il n’y en a que 35 ici, et un autre a été déporté lundi. Où sont les 20 autres ? Les autorités doivent faire la lumière sur ce sujet au plus vite », dit-il, ajoutant que la police enquête en ce moment sur un autre cas de trafic humain et que la CCID l’a convoqué comme témoin dans cette affaire.

Par ailleurs, de gros manquements ont également été notés au niveau de la contribution au National Pension Fund. « En général, c’est après deux ans que les travailleurs étrangers commencent à contribuer au fonds. Mais leur employeur avait déjà commencé à déduire une somme de leur salaire dès leur arrivée. Nous avons vérifié auprès de la Sécurité sociale et rien n’a été versé pour certains. Pour ceux qui étaient là avant, les sommes ne correspondent pas. Nous porterons aussi plainte pour cela », explique-t-il.
Au niveau du ministère du Travail, on confirme que les 35 ouvriers d’Akhilesh International seront redéployés ailleurs et que c’est l’agent recruteur qui s’en occupe, puisqu’il connaît les demandes sur le marché. « Le ministère continue son enquête et prendra les décisions qui s’imposent concernant l’employeur, et ce à la lumière des conclusions de l’enquête. L’annulation de son permis d’importer de la main-d’œuvre étrangère est aussi envisagée », souligne le syndicaliste.

Rappelons que ces ouvriers bangladais avaient porté plainte pour maltraitance au ministère du Travail mardi dernier. Ils ont affirmé avoir été malmenés par des gros bras après avoir réclamé leurs dus, notamment, une partie de leur boni de fin d’année. Ils ont aussi affirmé qu’un de leurs camarades avait été enlevé. Par ailleurs, le ministère a enregistré un autre cas concernant les travailleurs étrangers en fin de semaine. Une centaine d’ouvriers de la compagnie de construction Beijing Zhuzong ont fait la grève, déplorant ne pas avoir obtenu de salaire en décembre. La compagnie a expliqué qu’il y a un manque de liquidité et qu’une demande a été faite à la maison mère pour leur envoyer de l’argent.