Une cinquantaine d’enfants de détenues ont pu retrouver leur mère en dehors des murs de la prison, le temps d’une journée familiale dans la cour du collège St-Andrews, à Rose-Hill. Le projet était initié par la branche locale de la Mothers’ Union, qui a pour objectif d’apporter un soutien psychologique aux prisonnières en servant de passerelle entre elles et leur famille.
Les retrouvailles auront été émouvantes dimanche dernier. Une cinquantaine d’enfants de détenues ont en effet pu voir leur mère en dehors du milieu carcéral, en l’occurrence dans la cour du collège St-Andrews, à Rose-Hill. L’initiative, connue sous le nom de « Outgate Project », revient à la branche locale de la Mothers’ Union, une instance du Diocèse anglican. Lancé l’année dernière, le projet se veut un pont entre les détenues et leur famille. Outre les enfants, cette 2e édition s’est renforcée par la présence d’une centaine de proches, dont beaucoup de grands-parents ayant à charge leurs petits-enfants durant l’incarcération de leur mère. Un moment fort de la journée a été le témoignage d’une ancienne détenue, en bonne voie de réintégration dans la société.
Outgate est un projet qui a démarré en 2010 avec la présentation d’un dossier par la Mothers’ Union (MU) au comité du Special Collaborative Programme for Women and Children in Distress du Bureau du Premier ministre. En novembre de la même année, le projet a été approuvé et un Memorandum of Understanding a été signé avec le ministère de l’Égalité des genres. Une dizaine de membres de la Mothers’ Union ont alors bénéficié d’une formation par le Phillipi Trust d’Afrique du Sud dans la manière d’apporter un soutien psychologique aux femmes détenues, en agissant comme passerelle entre elles et leur famille, et surtout en étant pour leurs enfants des « mères » de substitution.
Les premières visites ont débuté en mars 2011, à raison de deux par mois. Chaque volontaire s’occupe de deux détenues et de leur famille, avec des visites d’une moyenne de 45 minutes. Toutefois, indique Kamla Ernest, responsable du projet, l’engouement est tel que le nombre de prisonnières aux séances d’écoute individuelles est passé de 20 à 26. Durant ces rencontres, les membres du projet donnent aux détenues des nouvelles de leurs enfants et de leurs proches, tout en leur servant aussi d’émissaires en ce qui concerne leurs demandes et autres recommandations dans leur milieu familial. « Souvent, les mères nous demandent de dire à leurs enfants qu’elles les aiment », explique Mme Ernest. Les visites dans les familles ont lieu individuellement une fois par mois. Le programme comprend également un volet de soutien matériel, tel que la distribution de vivres et de matériel scolaire, mais aussi un encadrement médical lorsque, par exemple, un enfant est souffrant, entre autres choses. Un soutien psychologique, élément essentiel à la réussite du projet, est en outre apporté par trois psychologues engagés auprès d’Outgate : Nicolas Soopramanien, Anna-Caryn Castagnette et Misrak Menoutah. Par ailleurs, des travailleurs sociaux rendent visitent aux familles, alors que des membres de la Mothers’ Union agissent comme mentors et accompagnent les volontaires du projet durant leurs visites.
Resserrer les liens
Lors de la journée familiale, l’Évêque de Maurice Mgr Ian Ernest a remercié le commissaire des Prisons Jean Bruneau, présent pour l’occasion, pour avoir accepté d’ouvrir les portes du pénitencier aux bénévoles d’Outgate. L’occasion aussi pour lui de saluer le personnel pour sa collaboration, qui facilite leur intégration dans l’univers carcéral. Ian Ernest s’est félicité du grand nombre de familles présentes, soulignant que « c’est dans l’unité », mais surtout « dans leur adhésion au projet », que résident les solutions à une réintégration familiale et sociale harmonieuse des femmes à leur sortie de prison. À ce propos, il a remercié les grands-parents présents pour leur dévouement à continuer d’élever leurs petits-enfants en l’absence de leur mère. Entretemps, Outgate s’est donné pour mission d’agir comme un pont entre celles-ci et leurs proches. L’Évêque de Maurice a rappelé l’effort et l’engagement de ses membres à faire du projet un succès, les remerciant pour leur travail d’équipe et le temps consacré à aider des familles à retisser des liens que l’éloignement pourrait distendre.
La responsable du projet a réitéré la volonté d’Outgate à mener à bien son programme. Depuis que celui-ci a commencé, l’année dernière, des liens de solidarité se sont en effet tissés, dit-elle, entre les bénévoles du groupe et les détenues, ainsi qu’avec les gardiens de prison. Kamla Ernest a remercié toute l’équipe qui se dévoue pour faire du projet une réussite, notamment le ministère de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille, les trois psychologues d’Outgate, les travailleurs sociaux et les mentors de la Mothers’ Union.
Le commissaire des Prisons s’est rappelé des débuts du projet, qui ont coïncidé avec son arrivée à la prison il y a un an. Jean Bruneau a exprimé sa satisfaction du travail accompli par l’équipe d’Outgate et a dit constater que la vie à la prison des femmes a changé de manière positive. Il a également félicité l’officier Guthoo, responsable de la Women Wing, pour son intervention. Beaucoup est fait, dit-il, pour apporter des améliorations aux conditions des détenus en général, comme récemment l’introduction de la fabrication du pain, qui permet à certains prisonniers de travailler et de gagner un peu d’argent. Évoquant son objectif d’oeuvrer à la réhabilitation des femmes, il a souhaité que la Mothers’ Union puisse venir célébrer la prochaine Fête des mères à la prison et, si possible, en présence des familles des détenues. Des démarches seront finalisées dans ce sens avec l’équipe d’Outgate.
Lumière
La cérémonie s’est poursuivie par l’allumage de bougies. Une première par deux jeunes garçons, Vikash and Jamy, qui célébraient par ailleurs leur anniversaire ce jour-là. Un symbole qui se veut un rappel de la lumière présente en chaque être humain. Une deuxième bougie a été allumée par Alice, Desirella, Marie Ange et Françoise, d’anciennes détenues, pour symboliser leur passage de l’obscurité à la lumière, alors que Hilda Yerriah, membre d’Outgate, a allumé une bougie en solidarité avec les autres détenues restées à la prison. Un gâteau a ensuite été coupé, suivi de remerciements de Roselyn Sauleck, la coordinatrice du projet.
Après le déjeuner, l’équipe de psychologues et de membres d’Outgate a eu une session de travail avec une quarantaine d’enfants ainsi qu’avec des parents autour du thème « Nou fami mari important pour nou ». La journée s’est terminée par une bénédiction de l’assemblée et une prière dite par Mgr Ernest.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
TÉMOIGNAGE: Une réintégration réussie
C’est d’une voie emplie d’émotion que A.N, une ancienne détenue, a témoigné de son passage de l’univers carcéral à la vie hors des murs de la prison. Elle a remercié les officiers de prison, les membres d’Outgate et de la Mothers’ Union, qui l’ont soutenue durant son incarcération, et a eu une pensée particulière pour Melinda Oosman qui, par ses appels téléphoniques et ses encouragements, l’a aidé à tenir le coup. À sa sortie, la présence constante et l’encadrement de la Mothers’ Union se sont poursuivis, l’aidant à réintégrer sa famille et à retrouver une vie normale, notamment par le travail. Aujourd’hui, A.N, qui a commencé des travaux de peinture sur tissus, est heureuse d’être une femme professionnellement et financièrement autonome, tout en s’occupant de sa famille. Elle s’est dit particulièrement fière d’une commande obtenue des Seychelles sur laquelle elle travaille avec détermination. Elle a eu un mot d’encouragement pour les familles présentes, leur conseillant de placer leur foi en Dieu.
––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
MOTHERS’ UNION: Histoire d’une institution internationale
La Mothers’ Union est une organisation internationale de l’Église anglicane fondée en 1896. Présente dans 83 pays, elle compte environ 4 millions de membres, qui ne sont pas forcément tous des mères ou des femmes.
À Maurice, la Mothers’ Union recense 212 membres. Ses activités s’articulent autour des valeurs et du bien-être de la famille. Elle organise une panoplie de programmes au niveau des communautés locales et internationales, allant de la formation en entreprise à l’éducation parentale,mais aussi en matière de santé, de relations familiales et sociales, ou encore l’encadrement d’enfants ayant subi des traumatismes psychologiques. La Mothers’ Union se positionne comme un groupe de lobbying auprès des gouvernements concernant des enjeux touchant à la vie familiale. Elle est représentée à la United Nations Commission on the Status of Women et oeuvre, entre autres, pour des programmes de Literacy en Afrique et l’End Child Poverty Coalition.