La région de Roche-Bois, et plus particulièrement le tronçon de l’autoroute entre les ronds-points menant à Mer-Rouge et à Baie-du-Tombeau, a été transformée hier après-midi en une zone sous haute tension suite à de graves incidents mettant aux prises des ressortissants du Bangladesh et des habitants de la région, excédés par le comportement des premiers nommés. Ces échauffourées, qui se sont déroulées jusqu’à fort tard hier soir, avec des attaques sporadiques touchant la région de Saint-Malo, ont nécessité des interventions musclées des membres de la Special Supporting Unit (SSU) avec usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule hostile. Par mesure de précaution pour les automobilistes en raison des jets de pierres sur les voitures traversant Roche-Bois, la police a pris la décision de fermer une partie de l’autoroute du Nord à la sortie de la capitale tout l’après-midi. Les 90 ouvriers bangladeshis, qui étaient la cible des violents incidents, ont dû être évacués d’urgence et sous forte protection policière dans une tentative de rétablir l’ordre et la paix dans cette agglomération de la capitale.
Ce matin, les Police Headquarters des Casernes centrales assuraient en collaboration avec les responsables de Port-Louis Nord la coordination de l’opération « coup de filet » contre ceux qui ont participé activement aux désordres et au début d’émeute d’hier à Roche-Bois. Une première opération policière avant la mi-journée a débouché sur l’arrestation de sept suspects, dont un mineur, tous des habitants de Roche-Bois, pour des délits provisoires de « taking part in a riot ». D’autres arrestations sont à prévoir en cours de journée.
Ainsi, Louis Jonathan Marcelin, 20 ans, Louis Denis Clarel Joseph, 19 ans, Patrick Gateau, 38 ans, Daniel Bruno None, 25 ans, Ludovic Stephen, 24 ans, Jonathan Joseph Harvey, 25 ans et K.C., âgé de 16 ans, ont été appréhendés par l’escouade de la police de Port-Louis Nord sous la responsabilité du surintendant Reshad Delawarallly. Ils ont été identifiés positivement par les enquêteurs de la police comme ayant pris une part active ou encore pour avoir incité d’autres personnes à participer aux émeutes. Ils devaient comparaître devant le magistrat siégeant au tribunal de Port-Louis pour leur reconduction en cellule policière jusqu’à la fin de l’enquête.
Des hier soir, une cellule a été instituée sous la supervision des Deputy Commissioners of Police Nobin et Beekun pour le démarrage de cette enquête compte tenu du nombre important d’arrestations prévues. À ce matin, une première liste de suspects potentiels avait été dressée sur la base des photos prises par les membres des forces de l’ordre sur le terrain au plus fort des incidents.
Agression
Des mesures de précaution sont envisagées pour les opérations d’arrestation à venir en vue de ne pas envenimer des tensions sociales notées dans ces régions. Depuis la nuit d’hier à ce matin, un semblant de calme est revenu sur la partie Nord de la capitale, où les patrouilles policières ont été renforcées dans les points chauds.
La chronologie des événements menant à ces graves incidents, faisant de Roche-Bois un véritable flashpoint pendant tout l’après-midi d’hier, indique que l’origine remonte à l’agression de deux habitants de la région par des ouvriers du Bangladesh dans la nuit de samedi à dimanche.
22 h 36 (samedi) : le poste de police de Roche-Bois est informé d’un cas d’agression contre Roni Jeannot, âgé de 22 ans, et Ravel Spéville, 39 ans, deux habitants de Roche-Bois. Ils affirment avoir été agressés à coups de gourdins et autres barres de fer par des ouvriers étrangers travaillant pour le compte de la compagnie PAD & Co. Ils soutiennent que pour des raisons qu’ils ignorent, ils ont été agressés par ces Bangladeshis
Saignant abondamment, les deux victimes sont transportées d’urgence dans la nuit de samedi à dimanche à l’hôpital Jeetoo. Après les premiers soins, Ravel Spéville peut rentrer chez lui alors que le plus jeune est transféré dans une clinique privée en raison de la gravité de ses blessures à la tête et aux pieds.
Du côté des Bangladeshis, la raison avancée pour justifier ces échanges de coups violents est que vers les 22 h, un cambriolage avait été commis à leur préjudice dans leur dortoir à la rue Desbouchers, Roche-Bois. Ils soupçonnaient les deux victimes agressées d’être les auteurs de ce vol.
Ronni Jeannot et Ravel Spéville rejettent catégoriquement les accusations portées contre eux par les ouvriers étrangers. Ronni Jeannot soutient qu’il rentrait chez lui après avoir rendu une visite à sa fiancée dans la soirée de samedi.
Les habitués de cette région affirment que depuis quelque temps, la présence des ouvriers bangladeshis dans des dortoirs loués par leur employeur constitue un élément déstabilisateur. Les ouvriers étrangers sont accusés d’importuner les enfants et les femmes sur la voie publique alors que les Bangladeshis déclarent être souvent victimes de cambriolages. Le cas d’agression de samedi soir n’est venu nullement arranger les choses entre ces deux groupes, sujets à des tensions.
12 heures (dimanche) : des premiers incidents sont notés avec un groupe d’habitants de la région massés dans le dortoir occupé par les Bangladeshis à la rue Desbouchers. La tension est montée d’un cran car après les premières invectives à l’encontre des ouvriers étrangers, des pierres ont été lancées sur l’immeuble. Pas moins d’une douzaine de panneaux de vitre ont volé en éclats avec les occupants du dortoir craignant pour leur sécurité.
Incendies
Presque au même moment, des incidents plus violents éclataient dans un autre dortoir à la rue Abattoir, toujours occupé des ouvriers bangladeshis. Constatant qu’il allait être extrêmement difficile pour eux de continuer à vivre dans cette région, des ouvriers du Bangladesh avaient réclamé la présence d’un camion pour embarquer leurs biens, plus particulièrement des vêtements en vue de déménager.
Ce groupe de travailleurs étrangers a été pris à partie par une centaine de jeunes de la région visiblement excités par la tournure de la situation avec l’agression de samedi soir. Les jeunes devaient mettre le feu aux vêtements et autres biens se trouvant sur le camion. Le véhicule a été sinistré. Des scènes de pillage devaient s’ensuivre alors que les Bangladeshis cherchaient refuge pour éviter d’être malmenés.
Des sapeurs-pompiers de la capitale ont été dépêchés sur les lieux en vue de maîtriser le feu sur le caisson du camion. Dès lors, d’importants renforts policiers ont été mandés sur les lieux pour assurer la sécurité des ressortissants étrangers et pour rétablir l’ordre et la paix dans cette partie de Port-Louis.
La décision fut prise d’évacuer les Bangladeshis sous forte escorte policière aux Casernes centrales en attendant de trouver un autre local pour les accueillir. L’adresse des nouveaux dortoirs loués par l’employeur est gardée secrète en vue d’éviter de nouvelles scènes de violence contre eux. En début d’après-midi, des émeutiers devaient revenir à la charge en incendiant le rez-de-chaussée du dortoir de la rue Abattoir. Les sapeurs-pompiers de la capitale ont pu circonscrire ce sinistre rapidement.
Entre-temps, les foyers des incidents n’ont fait que se déplacer des rues Abattoir et Desbouchers pour s’installer sur le tronçon de l’autoroute entre les ronds-points menant à Mer-Rouge et à Baie-du-Tombeau. La passerelle piétonnière au-dessus de l’autoroute a été utilisée par des émeutiers pour lancer des projectiles sur des véhicules circulant dans les deux sens. D’autres ont commencé à mettre le feu sur la route dans une tentative de bloquer la circulation à ce point névralgique de la capitale.
Des membres de la SSU, armés jusqu’aux dents, ont dû faire usage de cartouches de gaz lacrymogène en vue de disperser la foule avec des effets incommodants pour les habitants de la région nullement concernés par ces incidents. La circulation sur cette partie de l’autoroute a été interdite à la circulation pendant une bonne partie de l’après-midi alors que les membres des forces de l’ordre et des fauteurs de troubles étaient engagés dans une véritable partie de cache-cache.
Même si en début de soirée, le calme était revenu dans la région de Roche-Bois, d’autres foyers de tension étaient signalés. Ainsi, vers les 21 h 40, un autre dortoir accueillant des ouvriers du Bangladesh, situé à Saint-Malo, a été lapidé avec des panneaux de vitre endommagés. Une dizaine de personnes ont voulu saccager cette maison mais l’intervention rapide de la police les a dissuadés.
En termes de bilan, les graves incidents ont fait deux blessés dans les rangs de la SSU, avec une fracture à la jambe et des blessures à l’oeil, trois véhicules de la police endommagés par lapidation de même qu’un véhicule circulant sur l’autoroute dans la soirée d’hier.