Warning. C’est le mot qui domine en cette fin de semaine. Il y a les cyclones qui rôdent dans les parages avec, chaque année, des noms de plus en plus originaux. Nous sommes toujours sous la menace de Cilida et de Kananga. Cela fait longtemps que nous n’avions pas eu de cyclone et autant dire que cela risque peut-être de gâcher les fêtes de Noël de beaucoup d’entre nous.

Warning, c’est ce qui désigne une invitation à la précaution et à la prudence. Mais faut-il s’arrêter à l’annonce de tempêtes tropicales pour être sur ses gardes ? On vient d’annoncer que 2018 aura été une des années les plus chaudes enregistrées.

Une averse hors cyclone, une simple et courte pluie intense d’été a, il y a quelques jours, causé de gros dégâts dans certains villages du Nord, des familles qui ont vu leurs demeures envahies par l’eau, leur mobilier abîmé et leurs provisions détruites. La solidarité a joué et elles ont pu se nourrir. Mais quand allons-nous prendre la mesure des conséquences du changement climatique ?

Lorsque nous aurons exploité tous les bouts de plage qu’il nous reste, éliminé tous les cours d’eau naturels, en comblant tout ce qu’il y a pour toujours plus de béton, en colonisant tous les “weltands” disponibles ? Jusqu’à ce qu’une vraie catastrophe nous tombe sur la tête. Les derniers audits de zones inondables ou à risques datent de quelques années déjà, et il faut les actualiser et imposer la démolition là où cela est nécessaire.

Vendredi, alors que le pays n’était encore qu’en classe 2, certaines artères étaient complètement bouchonnées. Ceux qui, en début de soirée et en pleine averse, quittaient Rose-Hill pour rallier les hautes Plaines Wilhems ou l’aéroport sont restés sur la voie menant au rond-point d’Ebène pendant une heure sans pouvoir avancer. Ce n’est que près de 45 minutes plus tard qu’une équipe de la police est venue régler le trafic à la hauteur de ce rond-point névralgique.

Nous avons divers protocoles à respecter lors d’un passage cyclonique. N’est-il pas temps pour les autorités d’établir aussi un protocole pour la circulation. Qu’on se le dise, tout le monde n’est pas précédé de motards dans ce pays. Ceux qui renversent pratiquement tout sur leur passage pour ouvrir une voie royale à certains princes qui nous gouvernent.

Ne pourrait-on pas avoir un système pour guider les automobilistes, leur conseiller des trajets plutôt que d’autres et ceux à éviter pour ne pas se retrouver coincé dans un véhicule pendant de longues minutes. Radios, alertes, messages sur le portable feraient tout à fait l’affaire. Cela nous conforterait dans notre ambition d’être une Smart Mauritius.

Un autre type de warning, celui-là. Il se situe au niveau de la police et de la justice. Le meneur en chef de la manifestation illégale anti-LGBT du 2 juin 2018 s’en est sorti avec un simple “avertissement”. Fort d’avoir reçu comme une prime à l’intolérance et à l’illégalité, Javed Meetoo, dès sa sortie des Casernes centrales, où le warning lui a été signifié par la police, a semblé dire qu’il n’hésiterait pas à recommencer en se posant en plus comme garant de la moralité publique. Mais pour qui se prend-il donc ?

Il peut avoir ses convictions, mais il doit les garder pour lui, les pratiquer dans sa sphère privée et respecter ceux des autres. Cet individu, qui s’était égaré à la frontière entre la Turquie et la Syrie, en voulant rejoindre un de ses beaux parents enrôlés chez Daech qui y a trouvé la mort en 2013, ne peut prétendre imposer sur la voie publique ses croyances à lui.

Les grands titres des journaux régionaux et internationaux, français notamment, dont BFMTV, Têtu ou Marianne, qui s’étaient offusqués de constater que dans un pays qui se dit démocratique une manifestation illégale puisse supplanter celle qui a été dûment autorisée seront ravis de découvrir comment cette scandaleuse affaire s’est terminée. Eux qui avaient parlé de “samedi noir pour la défense des droits” seront très étonnés de constater que l’interdit a eu droit de cité sur l’autorisé.

Pas étonnant qu’ici même, tout cela soit pris comme l’illustration même de la pratique de la politique de deux poids, deux mesures. Est-ce qu’on pourrait empêcher le couple Ruhomally de penser que, pour moins que ce qu’a fait Javed Meetoo, il est harcelé par les forces de l’ordre ?

Pourquoi les rastas qui avaient manifesté au Jardin de la compagnie le 4 mai 2016 pour vulgariser leur mode de vie et réclamer la légalisation du cannabis, une préoccupation mondiale qui enregistre des avancées, ne devraient-ils pas se plaindre de discrimination et de mauvais traitement lorsqu’ils avaient été gazés et embarqués de force par la police ? Et le bilan de cette opération musclée ? Onze arrestations. Là aussi, les images de la violente charge de la police avaient fait le tour de la région.

Huit des accusés, dont des femmes, avaient été arrêtés et traduits en cour sous une accusation de trouble à l’ordre public et ils avaient même dû s’acquitter d’importantes cautions pour retrouver la liberté, qui était assortie d’autres conditions contraignantes: interdiction de quitter le pays et visite hebdomadaire et obligatoire au poste de police le plus proche.

Et, eux, lorsque les frères et soeurs de la communauté rasta étaient venus les soutenir en cour et qu’ils tardaient à vider les lieux comme intimé par la police, un des leurs a eu ces paroles : “Allé ban frères, nu dispersé dans la paix ek dans l’amour.” Ce sont ceux qui sont accusés d’avoir troublé l’ordre public ? Et le manifestant illégal, il a fait quoi, lui ? Il a apaisé l’ordre public ?

Ils auraient pu eux aussi finir comme le voleur de litchis chez le commissaire de police, Mario Nobin, lequel voleur a écopé de six mois de prison le jour même de son forfait. Comment voulez-vous, en juxtaposant tout cela, qu’on n’en vienne pas à rire de nous ?