La Platform Komin Sindikal maintient la pression avant les débats de cet après-midi et la veillée Candle Night
Une Division of Votes réclamée à la fin des débats sur le Finance Bill
À la veille du Jour J de la réforme du système de pension avec les débats parlementaires sur le Finance Bill, confirmant le remplacement de la Basic Retirement Pension (BRP) par la State Age Pension (SAP) la Platform Komin Sindikal a poursuivi, hier, sa campagne de mobilisation devant l’Hôtel du Gouvernement. Malgré la chaleur accablante, des dizaines de manifestants se sont ainsi relayés pour dénoncer la réforme du système de pension, brandissant des pancartes aux slogans de « Retourn pansion iniversel a 60 an », « Pansion a 60 an pa negosiab », « Aret bwar disan lepep » ou encore « Pansion nou drwa ».
Dans la soirée d’hier, les dirigeants de la Platform Komin Sindikal se sont de nouveau rassemblés devant l’hôtel du Gouvernement afin de poursuivre leur sit-in, à la veille du vote du Finance Bill. Ils ont lancé un appel aux députés de la majorité pour qu’ils ne suivent pas aveuglément la ligne de leur parti et ont réclamé une Division of Votes afin que chacun assume publiquement sa position.
L’Assemblée nationale doit se réunir cet après-midi en vue de poursuivre les débats sur le Finance Bill et l’Economic and Financial Measures (Miscellaneous) Bill en vue de leur adoption. Le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, donnera le ton dès le début de la séance avec son intervention. Toutefois, l’exercice pourrait se révéler une opération sur le fil du rasoir dans la mesure où la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a déjà balayé les paramètres des débats sur le Finance Bill, réduisant la marge de manœuvre de revenir sur le fond de la réforme du système de pension. C’était mardi dernier après la présentation de ces deux projets de loi en deuxième lecture par le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam.
« During the ensuing debate, Honourable Members will be expected to refer to matters which are directly connected to the measures already announced and those which are consequential or incidental thereto only. Standing Order 42 (1) clearly stipulates that debate must be relevant to the Bill and the amendments brought. Honourable Members will not be allowed to debate on policy matters which have already been the subject of full-fledged debates of the Appropriation 2026/27 Bill. Honourable Members have to restrict their observations to the amendment of the legislation proposed in the two Bills being debated and not to the main legislation been amended », avait affirmé Shirin Aumeeruddy-Cziffra avant l’ajournement des débats à cet après-midi exceptionnellement par le leader de l’opposition.
Par contre, dans la rue, la contestation de la réforme de la pension se poursuit avec des syndicalistes déterminés à assurer la mobilisation contre les intentions déclarées du gouvernement à ce chapitre en dépit de la volte-face sur le Means Testing. Depuis cette semaine, la protestation a pris racine devant l’enceinte de l’Hôtel du Gouvernement et cela malgré le règlement qu’aucune manifestation n’y est autorisée le jour où se déroulent les travaux de l’Assemblée nationale.
De son côté, la secrétaire générale de la Confédération des Syndicats des Secteurs Public et Privé (CTSP), Jane Ragoo, dénonce le gouvernement, qui utilise le Finance Bill en vue de remettre en cause les acquis sociaux. « Le véritable problème reste la réforme des pensions. Je bénéficie déjà de la pension de Rs 15 555, mais de nombreux travailleurs n’y auront pas droit. Leur pension sera réduite. C’est une injustice et une discrimination », a-t-elle lancé.
La syndicaliste maintient que la pension universelle constitue « un des piliers de l’État-Providence » instauré par sir Seewoosagur Ramgoolam. « Le Premier ministre doit retirer les dispositions relatives à la réforme des pensions du Finance Bill. Nous ne demandons rien d’autre. Nous sommes prêts à poursuivre notre mobilisation aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-elle averti.
Jane Ragoo a également lancé un appel au chef du gouvernement : « Chacun est appelé, à un moment de sa vie, à poser des gestes qui marquent son passage. Le Premier ministre a aujourd’hui l’occasion de faire preuve de justice envers les personnes âgées. »
La présidente de l’Union des Travailleurs du ministère de la Santé, Rajshree Thylamay, a, pour sa part, expliqué avoir bravé la chaleur « pour défendre les intérêts de la population ». Et de poursuivre : « Nous nous battons pour les générations actuelles et futures. À la veille du vote du Finance Bill, nous demandons aux députés de penser à leurs enfants et aux générations à venir avant de soutenir cette réforme. »
Le président de la Plantation Workers Union (PWU), Pregassen Moonien, estime, lui, que le gouvernement « tourne le dos » à ceux qui l’ont porté au pouvoir. « C’est la population qui lui a donné sa confiance. Aujourd’hui, il fait la sourde oreille. Nous appelons les députés, les ministres, les jeunes et l’ensemble de la population à rester mobilisés. Si le Finance Bill est adopté dans sa forme actuelle, nous n’excluons pas de durcir notre mouvement », a-t-il affirmé.
Même son de cloche du côté du président de la National Trade Union Confederation (NTUC), Narendranath Gopee, pour qui le gouvernement « entretient un climat de confrontation ». Il soutient : « Un pays ne peut être gouverné dans un conflit permanent. Le gouvernement affirme être à l’écoute de la population, mais il n’agit que sous la pression populaire. La pension de vieillesse est un droit acquis et non négociable. Nous demandons le rétablissement de la Basic Retirement Pension dans sa forme initiale et l’abandon de toute réduction des prestations. »
La Platform Komin Sindikal a d’ores et déjà annoncé que la mobilisation se poursuivra tant que le gouvernement ne reviendra pas sur sa position concernant la réforme des pensions.
Clency Bibi (GWF) : « Nous appelons les députés de la majorité à écouter la voix du peuple »
« Nous sommes réunis en veillée devant le Parlement depuis mardi, jour de la première lecture du Finance Bill, parce que nous refusons de rester silencieux face à une décision qui menace l’un des fondements de notre contrat social : la Basic Retirement Pension (BRP) et l’État providence mauricien.
« Notre présence est un message clair adressé au gouvernement et, en particulier, aux députés de la majorité. Vous avez été élus pour protéger la population, pas pour remettre en cause des droits acquis au prix de décennies de luttes sociales.
« La BRP n’est pas une faveur accordée par un gouvernement. C’est un droit social, un pilier de la solidarité nationale et une garantie de dignité pour nos aînés. La remplacer ou la réduire, sous quelque forme que ce soit, constitue une remise en cause profonde de l’État-Providence qui a permis à notre pays de progresser et de protéger les plus vulnérables.
« Nous appelons les députés de la majorité à écouter la voix du peuple avant de lever la main au Parlement. L’histoire retiendra ceux qui auront choisi de défendre les retraités, les travailleurs et les générations futures, et ceux qui auront choisi de démanteler un modèle social construit grâce aux sacrifices de tout un peuple.
« Notre mobilisation est pacifique, mais elle est déterminée. Nous resterons vigilants, unis et solidaires jusqu’au retrait de toute mesure portant atteinte à la BRP et à l’État providence.
« La dignité des retraités n’est pas négociable. L’État-Providence n’est pas à vendre. J’espère que les députés du gouvernement auront le courage d’aller à l’encontre de la ligne directrice de leur parti. »
Radhakrishna Sadien (CITU) : « L’esprit du Right to Recall a déjà sonné »
« Nous sommes pleinement mobilisés contre la réforme du système des pensions, car elle concerne directement les travailleurs et les femmes au foyer qui, indirectement, ont contribué au développement du pays. C’est pourquoi personne n’a osé toucher à la pension de vieillesse, même dans les périodes économiques les plus difficiles, notamment durant la pandémie de Covid-19 ou encore dans les années 1980.
« Il est vrai que le vieillissement de la population pose un défi, mais cette question mérite un véritable débat. Les députés doivent comprendre qu’ils sont allés frapper aux portes des citoyens pour solliciter leurs votes. S’ils sont aujourd’hui honorables députés ou ministres, c’est grâce au peuple.
« Je suis attristé de constater qu’au moment où les députés sont confortablement installés chez eux, nous sommes encore sur le terrain à une heure tardive pour défendre les intérêts de la population. L’esprit du Right to Recall est déjà lancé à travers notre campagne de mobilisation. Les élus devront rendre des comptes à leurs mandants s’ils votent cette réforme. »
Rajen Valayden : « Une veillée mortuaire pour l’État-Providence »
« Nous assistons aujourd’hui à une véritable veillée mortuaire, car nous nous apprêtons à enterrer l’État providence ce vendredi. Il faut savoir que le miracle économique mauricien n’est pas tombé du ciel. Il est le fruit de la sueur des travailleurs.
« Je dis à Navin Ramgoolam que s’il est réellement convaincu de disposer du soutien de tous ses ministres, qu’il organise un vote par division afin que chacun assume publiquement ses responsabilités. La population saura alors qui a voté quoi.
Nous veillerons que l’histoire retienne les visages et les noms de ceux qui auront voté contre les intérêts de la population. »
Sharvin Sunnassee, négociateur : « Il ne faut pas oublier que la roue tourne »
« Nous pensions avoir affaire à un gouvernement à l’écoute de la population. Nous avons été déçus. Avec cette réforme du système des pensions, la situation est même pire que ce que nous redoutions.
« Les parlementaires doivent comprendre que certains sobriquets attribués par la population peuvent les poursuivre toute leur vie. S’ils votent cette réforme, ils risquent d’être étiquetés comme les voleurs de pension.
« S’ils ont un minimum d’amour-propre, ils ne devraient pas soutenir ce projet de loi. Comment leur conscience peut-elle rester silencieuse ? Il ne faut pas oublier que la roue tourne et que le karma existe. Les parlementaires qui voteront cette réforme continueront à porter ce fardeau, d’autant qu’il n’est pas certain qu’ils soient réélus. »
KREOL MORISIEN AU PARLEMENT : Le PM propose un Select Committee
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a donné avis d’une motion en vue de mettre sur pied un Select Committee de l’Assemblée nationale sur l’introduction officielle du Kreol Morisien lors des travaux parlementaires. La motion est en date du 29 et fait suite au rapport soumis par la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra en date du 12 mars dernier.
Pour la tranche du Prime Minister’s Question Time de mardi prochain, Joanna Bérenger du Fron Militan Progresis (FMP) se propose d’interpeller le Leader of the House sur cette question spécifique de la reconnaissance et de l’entrée formelles du Kreol Morisien au sein de l’hémicycle.


