APRÈS LA COUPE DU MONDE DE FOOTBALL AU QATAR : La politique revient au-devant de la scène

« A politician thinks of the next election; a statesman, of the next generation » James Freeman Clarke

Après la coupe du monde de football qui a vu la consécration de l’Argentine à l’issue d’une finale à rebondissements multiples face à la France, la politique, l’autre « sport » préféré des Mauriciens, reprend ses droits, ce même si une trêve est actuellement observée avant la reprise de grandes manœuvres après les fêtes. Que l’opposition tente, par tous les moyens possibles, de maintenir la marmite en ébullition – depuis les dernières législatives, en effet, notre pays se trouve pratiquement en état de campagne électorale permanente – est compréhensible d’autant qu’elle n’a pu jusqu’ici digérer sa débâcle de novembre 2019, mais la réclamation à cor et à cri de nouvelles élections pour retrouver le confort et les privilèges du pouvoir irait, manifestement, à l’encontre de l’aspiration légitime du peuple qui, entre deux consultations populaires, ne souhaite que la quiétude et la sérénité pour pouvoir enfin vaquer à ses occupations quotidiennes.

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Ainsi, après avoir attendu, une bougie rouge à la main, les municipales en 2022, l’opposition se dit maintenant « confiante » de la tenue des législatives en 2023, anticipant, semble-t-il, la démarche gouvernementale par rapport à une pétition électorale d’un candidat battu au No.8 en 2019 devant le Conseil privé du roi. Cependant, il convient de constater qu’avant cette affaire, il y avait celle de Medpoint impliquant également le Premier ministre. Or, le verdict des Law Lords rendu en février 2019 prônant, manifestement, la stabilité politique dans un pays membre du Commonwealth ne peut, toutefois, être balayé d’un revers de la main.

Néanmoins, certaines mesures annoncées par l’opposition visant à consolider la transparence et la notion de « free and fair elections » notamment, le dépouillement des bulletins le jour même du vote, le comptage sur place, la suppression des salles d’ordinateurs, la liste électorale au complet, etc, méritent toute la considération voulue. Par ailleurs, il est urgent de procéder à un redécoupage électoral afin que les circonscriptions soient compatibles avec le concept de « population quota » comme l’exige la section 39(5) de la Constitution ; de revoir le mode de financement des partis, une des sources principales de la corruption à Maurice ; d’introduire un dispositif visant à assurer une meilleure représentation féminine au Parlement et une loi anti-transfuge. Cependant, alors que nos dirigeants actuels pataugent dans un immobilisme institutionnel intolérable, l’on se demande s’il existe vraiment une volonté politique de sortir des sentiers battus afin d’apporter les réformes qui s’imposent.

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Sur la réforme du système électoral justement, de nombreuses études ont été effectuées, des rapports soumis et des heures et des heures de débats jusqu’au petit matin ont eu lieu à l’Assemblée nationale, mais, aujourd’hui, nous nous trouvons toujours au point zéro. Les adeptes de la représentativité et ceux de la stabilité doivent pouvoir d’abord accorder leurs violons et c’est là effectivement où le bât blesse. Car les avis divergent diamétralement sur le sujet. Le MSM, par exemple, est en faveur de l’introduction d’une dose de proportionnelle (PR), mais qui ne modifierait pas la majorité obtenue des urnes alors que le MMM, lui, conçoit que la PR est justement destinée à corriger les incohérences suscitées par les résultats du FPTP ; le PTr, paraît-il, adoptant une tendance plus ou moins nuancée sur ce dossier. Mais, prenant en ligne de compte qu’il n’existe aucun système électoral parfait au monde, il convient tout de même d’admettre que depuis l’indépendance à ce jour, la base de notre système actuel a pu, tant bien que mal, maintenir une certaine stabilité au sein du pouvoir – condition sine qua non du progrès et du développement – tout en ne négligeant pas la représentativité eu égard aux différentes composantes de notre société pluriethnique à travers le Best Loser System (BLS).

D’ailleurs, en 2012, même l’UNHRC ne s’était pas prononcé contre le BLS comme tel, mais contre l’utilisation des données du recensement différentiel datant de 1972 pour désigner les députés correctifs. Or, il est évident que si l’UNHRC était mis en présence de toutes les informations ayant trait aux réalités sociales du pays, qui ont d’ailleurs motivé l’abandon du recensement communal à partir de 1982, tout ce remue-ménage concernant le BLS n’aurait probablement jamais eu lieu. Car l’histoire politique même de notre pays est intimement liée à la division ethnique de notre société – une pratique favorisée par les activités politiques de différentes formations, bien avant même l’avènement de notre indépendance, ce à des fins purement électoralistes. Dans les années 50 et 60 donc, la philosophie qui prévalait, mais qui, vraisemblablement, a toujours la vie dure aujourd’hui, était que nul autre qu’un député d’une communauté, quelle qu’elle soit, serait à même de mieux sauvegarder les intérêts de cette communauté au niveau national. Par conséquent, avec l’accession éventuelle de Maurice à l’indépendance, les minorités exigèrent des Britanniques des garanties que leurs droits seraient respectés par la communauté majoritaire.

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Certes, beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts et même si notre société a connu une transformation significative durant ces 5 dernières décennies, le motif électoraliste constitue toujours un obstacle majeur à l’atténuation des pratiques sectaires comme, par exemple, la méthode inavouable de la répartition des candidats dans les circonscriptions, la composition sociale des circonscriptions, la désignation du candidat au poste de PM, etc.  Si au Royaume-Uni, l’accession de Rishi Sunak au 10, Downing Street le jour même de Divali met en lumière les droits légitimes des minorités d’aspirer aux plus hautes fonctions du gouvernement, à Maurice, en revanche, ce n’est certainement pas demain la veille que seront reléguées aux oubliettes nos vieilles traditions électorales.

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