Entre fierté, promesses de développement et défis d’avenir, les discours du chef commissaire de l’Assemblée Régionale de Rodrigues, Franceau Aubrey Grandcourt, et du Chief Guest improvisé, le vice-président de la république, Robert Hungley, ont marqué la célébration au stade Jean-Daniel-André, à Camp-du-Roi. Une foule nombreuse s’y est rassemblée pour célébrer cet événement, dans une ambiance festive marquée par les prestations des chanteurs et danseuses locaux. Mais au-delà des animations, ce sont les discours du Chef commissaire, Franceau Aubrey Grandcourt, et de l’invité d’honneur, le vice-président de la République, Robert Hungley, qui ont donné le ton à cette célébration.
Le chef commissaire affirme que l’autonomie ne se résume pas à une simple structure administrative ni à un transfert de pouvoirs de Maurice vers Rodrigues. Elle représente avant tout une responsabilité collective. Il a salué la contribution de différentes générations qui ont participé à l’évolution de l’île : les officiers de l’administration, les élus de l’Assemblée régionale, les travailleurs, les agriculteurs, les pêcheurs, les enseignants et les autres acteurs de la société rodriguaise.
Pour lui, Rodrigues a démontré sa capacité à progresser au cours de ces 24 années, malgré les difficultés. Il a également souligné le rôle du gouvernement central et des partenaires internationaux dans la réalisation de plusieurs projets de développement.
Tout en reconnaissant la dépendance de Rodrigues envers Maurice dans de nombreux domaines, il s’est appesanti sur le fait que cette réalité ne doit pas constituer un frein au développement de l’île. Il a salué le renforcement de la collaboration entre les institutions mauriciennes et rodriguaises. « Bizin ena tou pou fer enn sel », ajoute-t-il. Et ce, avant de passer en revue les principales réalisations, dont le Schéma directeur d’aménagement du territoire, SIDPR, élaboré avec le soutien de l’Union européenne.
La transition énergétique a occupé une place importante dans le discours du chef commissaire. Il a évoqué un financement de plus de Rs 24 millions dans le cadre du programme Small Development Project Grant, ainsi que le développement d’une nouvelle ferme solaire à Montagne-Plate, dans la région de Baie-Topaze. L’objectif annoncé est ambitieux : atteindre 100 % d’énergie verte à Rodrigues d’ici à 2050.
Le secteur de l’eau demeure l’une des préoccupations majeures de la population rodriguaise. Sur ce point, Franceau Aubrey Grandcourt a évoqué les investissements réalisés sous le mandat de l’Alliance du Changement et a présenté l’unité de dessalement de Pointe-Coton comme une nouvelle étape dans la recherche de solutions durables.

Visibilité accrue
Il a également annoncé qu’une deuxième phase d’investissements dans le secteur de l’eau devrait contribuer à améliorer la situation. Pour les familles, les agriculteurs et les opérateurs économiques, l’enjeu est considérable : disposer d’un approvisionnement plus régulier et plus fiable en eau reste essentiel au quotidien comme au développement de l’île.
Le chef commissaire a commenté l’importance de l’agriculture et de la pêche, deux secteurs essentiels à l’économie locale et à la sécurité alimentaire. Il s’est réjoui de la reconnaissance du limon de Rodrigues, estimant que cette valorisation pourrait donner une visibilité accrue au produit rodriguais sur les marchés extérieurs.
Il a appelé à poursuivre les efforts pour renforcer la production locale et mieux exploiter les ressources disponibles, tout en préservant l’environnement.
En matière de santé, il a évoqué la modernisation des équipements et indiqué que les discussions concernant la construction d’un hôpital moderne à Rodrigues avaient progressé.
Le projet d’extension de l’aéroport régional de Plaine-Corail est également revenu au premier plan. Il est d’avis que cette infrastructure devait s’accompagner d’un programme de développement durable. Plus de 20 millions de dollars auraient été prévus pour soutenir des initiatives dans la pêche, l’agriculture et les petites et moyennes entreprises.
Le développement du port de Port-Mathurin, à travers un nouveau Port Master Plan, a également été mentionné.
Mais ces ambitions économiques s’accompagnent de défis sociaux persistants. L’alcool, la violence et la drogue continuent de préoccuper les autorités.
De son côté, Robert Hungley, est revenu sur les circonstances historiques ayant conduit à l’avènement de l’autonomie en 2003. Il a salué la contribution de Serge Clair à sa mise en place et souligné l’importance d’un dialogue permanent entre le gouvernement central et l’Assemblée régionale de Rodrigues dans le respect des spécificités de Rodrigues.
Pour lui, l’autonomie doit permettre aux Rodriguais de poser les bonnes questions sur des sujets essentiels : les services de santé, l’éducation, l’emploi des jeunes, les difficultés des planteurs et des pêcheurs, ainsi que l’approvisionnement en eau.
Il a encouragé les Rodriguais à transformer davantage les ressources de leur île, à innover, à créer de nouvelles entreprises et à explorer de nouveaux créneaux économiques. Les entrepreneurs locaux ont notamment été invités à développer leurs activités tout en protégeant l’environnement.
Le vice-président a également attiré l’attention sur la richesse du patrimoine naturel et marin de Rodrigues. Il a évoqué le potentiel de certains sites, dont Caverne Patate, ainsi que l’importance du patrimoine marin et du plateau continental élargi. Il indique que Rodrigues possède une histoire, une identité et un patrimoine qui doivent être transmis aux générations futures. Les jeunes doivent disposer des moyens nécessaires pour participer à la préservation et au développement de l’île.
Cette célébration du 24e anniversaire de l’autonomie aura été l’occasion de rappeler les progrès accomplis et de présenter de nouvelles ambitions dans des domaines aussi essentiels que l’eau, l’énergie, la santé, l’éducation, l’agriculture, la pêche et les infrastructures.
Mais au-delà des discours et des festivités, les attentes de la population restent concrètes : un accès régulier à l’eau, des soins de qualité, des emplois pour les jeunes, de meilleures perspectives pour les entrepreneurs et une économie locale plus solide.
L’autonomie ne se mesure pas uniquement au nombre de projets annoncés, mais aussi à leur réalisation, à leur impact et à la capacité des institutions à répondre aux besoins quotidiens des Rodriguais.
Dans la conjoncture, une question demeure : comment transformer les ambitions affichées en résultats durables et visibles pour chaque famille de Rodrigues ?

