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Budget : ouf ! pour maintenant, mais coincés demain

Le « budget le plus difficile de l’histoire du pays », comme l’a catalogué Pravind Jugnauth, se révèle davantage une série de mesures populistes destinées à l’ensemble des citoyens, plutôt qu’à soulager ceux particulièrement impactés par la cherté de la vie. Définitivement, un ciblage aurait été plus pertinent, serti d’un projet comme le “Cost of Living Allowance” (COLA), tel que l’a suggéré Lalit. Cette approche résulterait, à notre sens, en une réverbération plus équitable.
Renganaden Padayachy fait bien, en effet, de désamorcer la crise sociale latente, en soulageant les plus démunis. Mais en élargissant son “target frame”, ne cède-t-il pas aux sirènes électorales plutôt que d’inscrire le pays et son avenir dans un futur moins vague ? On attendait, en effet, vu la conjoncture socio-économique inédite, surtout un budget avec un réel projet de relance, destiné à nous mettre à l’abri face aux prochains « cyclones » qui nous menacent.
Comme le prédisent les observateurs aguerris de l’économie, ce n’est pas demain la veille que les prix cesseront de grimper. Ce qui réduira, ostensiblement encore plus, notre pouvoir d’achat. Nos “basic needs” vont se muer en “luxuries”. Ces petits plaisirs, que l’on se permettait sans rougir au temps où tout allait bien, donc pré-Covid-19, pré-guerre géostratégique et pré-récession mondiale, nombre d’entre nous faisons déjà l’impasse dessus, et depuis plusieurs mois !
La crise est mondiale. Post-Covid-19, le conflit russo-ukrainien… À ce stade, nos décideurs ne semblent pas préoccupés par les sanctions internationales contre la Russie et ses implications dans un futur pas trop lointain. Quant aux quotas déjà pratiqués par nombre de pays stockant des produits pour leur consommation domestique, cela non plus ne semble inquiéter Pravind Jugnauth et ses ministres. Le changement climatique se résume à la construction (encore, oui !) des drains… déjà annoncés depuis 2019. Sans plus. Pourtant, des pistes d’intervention concrètes, comme l’énergie solaire et éolienne, une bonne politique d’économie bleue, entre autres, ne semblent pas quantité négligeable.
Et que Renganaden Padayachy et Pravind Jugnauth nous pardonnent de ne pas partager leur optimisme. Ce “feel good factor” qui a semé l’euphorie au lendemain du Budget Day, et qui a contaminé même l’opposition, dans un premier temps, ne va pas durer éternellement. Ces mesures s’estomperont à mesure que la crise renfermera rapidement ses tenailles sur notre petite île trop dépendante des importations et qui ne compte que sur le tourisme pour remplir ses caisses.
Nous attendions un budget marqué par l’instinct de survie, empreint d’un fort désir de réinvention. Maurice, compte tenu de ses spécificités, dotée d’une richesse importante en termes de ressources humaines et d’expertise, est le “hub” génial pour des projets novateurs et modernes, sans tomber dans le futuriste SF, utopique et donc irréalisable. Mais nous avons probablement été trop ambitieux dans nos attentes… Cela nous apprendra !
Le budget monopolise l’attention, certes, mais il ne faut pas pour autant occulter l’autre brûlante actualité : soit, les violences et tortures infligées par une section de la police. Cette affaire sordide donne la nausée et continue à faire des remous. Souhaitons surtout que des décisions et des mesures concrètes soient prises pour en finir une bonne fois pour toutes. La séance parlementaire qui reprend ce mardi devrait permettre de disséquer le sujet.
D’aucuns espèrent, par exemple, une révision de plusieurs organismes. Celle de la Commission des droits humains, pourquoi pas ? On n’oubliera jamais le passage de feu Me Hervé Lassémillante au NPMD (National Preventive Mechanism Division), qui a pour mandat d’inspecter les cellules de détention dans les prisons et postes de police. Lui ne pratiquait pas la langue de bois. Et ce sont probablement justement sa franchise et son intégrité qui lui ont coûté sa place quand son mandat a expiré. Pour lui succéder, le GM a opté pour des candidats qui, jusqu’à ce moment précis, étaient très volubiles dans les médias. Ils sont subitement devenus… invisibles et avares de propos !

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