Clency Bibi (GWF-CSG-Solidarité): « Réformer n’est pas synonyme de démanteler »

 « La classe syndicale, la population en général, et plus particulièrement les personnes âgées, ont été prises de court par les annonces faites dans le budget concernant l’introduction de la State Age Pension (SAP) à partir de janvier prochain, en remplacement du Basic Retirement Pension (BRP), ainsi que par la nouvelle formule de calcul de la pension de vieillesse.

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 « Ces mesures, annoncées sans consultations nationales, suscitent de vives inquiétudes et un profond sentiment d’injustice. Elles remettent en question le caractère universel et individuel d’un droit social considéré jusqu’ici comme l’un des piliers de notre modèle de solidarité nationale (Welfare State).

« La réforme annoncée concernant la pension de vieillesse marque un tournant préoccupant dans notre modèle de protection sociale. Pour la première fois, des critères de revenus combinés du couple sont introduits pour déterminer le droit à une pension qui, jusqu’ici, était considérée comme un droit individuel et universel.

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« Cette décision a été prise sans consultations nationales. Pourtant, elle touche directement à la vie de milliers de Mauriciens et remet en question un acquis social profondément ancré dans notre société. Une réforme d’une telle importance exige transparence, dialogue et recherche de consensus.

« Le principe retenu est difficilement défendable. Pourquoi une personne âgée devrait-elle perdre son droit à une pension parce que son conjoint perçoit un revenu plus élevé ? Deux citoyens ayant eu des parcours de vie différents se retrouveront traités différemment uniquement en raison de leur situation matrimoniale. En d’autres termes, le mariage devient un facteur de pénalisation.

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« La pension de vieillesse n’est pas une aumône accordée par l’État. Elle représente la reconnaissance de la contribution de toute une génération au développement économique et social du pays. Ceux qui ont bâti nos institutions, travaillé dans les champs, les usines, les bureaux, les écoles et les hôpitaux ont droit à une retraite digne et sécurisée.

« Certes, personne ne conteste la nécessité d’assurer la soutenabilité des finances publiques. Mais les efforts demandés doivent être répartis avec justice. Nous ne pouvons demander aux personnes âgées de supporter, seules, le poids des ajustements budgétaires, alors qu’elles sont déjà confrontées à l’augmentation du coût de la vie, aux dépenses de santé et à l’incertitude économique.

« Plus grave encore, la mise en application de ces nouvelles dispositions aux bénéficiaires actuels de la BRP constitue une rupture de confiance. Des personnes qui avaient organisé leur avenir sur la base d’engagements clairs de l’État découvrent aujourd’hui que les règles changent en cours de route. Une telle approche crée un dangereux précédent et fragilise le contrat moral entre l’État et les citoyens.

« Une société se mesure à la manière dont elle traite ses aînés. Réformer n’est pas synonyme de démanteler. Moderniser ne signifie pas renier les principes de solidarité qui ont façonné notre République, d’autant plus que ce gouvernement a été élu sur la promesse d’augmenter progressivement la pension de vieillesse pour atteindre un minimum de Rs 21 500 pendant le mandat.

« Il est encore temps de corriger le tir. Le gouvernement doit suspendre l’application de ces mesures, engager une large consultation nationale et explorer des solutions alternatives qui garantissent à la fois la viabilité des finances publiques et la protection des personnes âgées.

 « Nos aînés ont tenu leurs promesses en travaillant durement pour faire progresser le pays, maintenant que c’est à l’État d’être reconnaissant envers eux.

Une pension de vieillesse est un droit fondé sur la dignité, et non une faveur accordée au gré des contraintes budgétaires d’autant plus que l’Alliance du Changement lors de la campagne des dernières élections générales n’avait pas annoncé son intention de remplacer le Basic Retirement Pension (BRP) par un système ciblé fondé sur les revenus du couple, ni de repousser l’âge d’éligibilité de la pension universelle à 65 ans.

« D’ailleurs, un des partenaires de l’Alliance du Changement était toujours farouchement contre le ciblage. Qu’en est-il aujourd’hui de ses convictions et principes ?

« Au contraire, ses principales promesses envers les personnes âgées étaient les suivantes :

« Augmenter progressivement la pension de vieillesse pour atteindre un minimum de Rs 21 500 pendant le mandat.

« Pour résumer, la promesse faite aux personnes âgées était celle d’un renforcement du soutien aux retraités et d’une amélioration de leurs prestations, et non d’une remise en cause du caractère. »

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