Le Message du Pape François, disponible depuis le 16 décembre, pour la Journée Mondiale de la Paix qui sera célébrée 1er janvier 2023, est intitulé « Personne ne peut se sauver tout seul. Repartir après la Covid-19 pour tracer ensemble des sentiers de paix ». Après trois ans, le Pape François nous dit qu’il est bon qu’on se demande : « qu’avons-nous appris de cette situation de pandémie ? Quels chemins nouveaux devons-nous emprunter pour nous défaire des chaînes de nos vieilles habitudes, pour être mieux préparés, pour oser la nouveauté ? Quels signes de vie et d’espérance pouvons-nous saisir pour aller de l’avant et essayer de rendre notre monde meilleur ? »
Brève Historique
La Journée mondiale de la Paix a été établie à l’initiative de l’Église catholique romaine. Ce fut le 1er septembre 1964 que Raoul Follereau, fondateur de l’œuvre qui lutte contre la lèpre et la pauvreté et promeut l’accès à l’éducation, écrivait une lettre à Monsieur U Thant alors Secrétaire Général de l’ONU pour lui demander : « Que toutes les nations présentes à l’ONU décident que chaque année, à l’occasion d’une Journée mondiale de la Paix, elles prélèveront sur leur budget respectif ce que leur coûte un jour d’armement, et le mettront en commun pour lutter contre les famines, les taudis et les grandes endémies qui déciment l’humanité. Un jour de guerre pour la paix… » (www.ritimo.org). Pour donner de l’envergure à cette requête, Follereau lance son premier appel à la jeunesse. Il fait imprimer une carte postale pour les jeunes de 14-20 ans en leur demandant de faire parvenir cette pétition aux Nations unies. Au total, c’est entre deux et trois millions de signatures qui sont reçues au siège de l’organisation en provenance de 120 pays. La première Journée mondiale de la paix fut alors instituée par le Pape le 1er janvier 1968. À l’approche d’une nouvelle année, quels ont été les faits marquants de la COVID 19 qui met en péril la paix durable?
La société du risque
La COVID-19 est venue cependant nous rappeler qu’un virus est un minuscule agent infectieux. Il a besoin d’un hôte, souvent une cellule de notre corps. Cette même cellule avec ses constituants et le métabolisme déclenchent la réplication. Le paradoxe est que nous sommes tous indistinctement de notre rang social, indépendamment des multiples classifications sociétales de potentiels porteurs de tout virus. En plus, COVID-19 a la particularité d’être un virus qui se propage en une pandémie (qui touche une partie importante de la population mondiale). Donc, ni la technologie, ni la maitrise de l’humain sur la nature et ni le contrôle aux frontières ne peuvent prévoir son apparition. Il nous prend tous au dépourvu. Les risques des épidémies à l’échelle planétaire font partie de la société du risque qui est la nôtre, qu’on soit pays riche ou pays pauvre. La célèbre pandémie de grippe de 1918-1919 (« l’espagnole » qui, avec ses plus de 50 millions de morts, a dépassé le nombre de victimes de la Première Guerre mondiale), a été également causée par le passage d’un virus de l’animal à l’homme. Dès lors, des dispositifs sont pris pour contrecarrer la pandémie. Mais les risques épidémiologiques font partie de notre société de risques. Ces risques quand ils se produisent donnent naissance à de folles rumeurs.
L’Infodémie
Au temps fort de la pandémie, cette solidarité a été d’une certaine manière mise à rude épreuve par le phénomène du fake news ou de l’infodémie. L’expression « infodémie » est un néologisme forgé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) au début de 2020 pour désigner la diffusion rapide de rumeurs et de fausses informations qui a accompagné la propagation du virus à l’origine de la pandémie. C’est la crise de l’information qui est en une quantité excessive avec des éléments vrais ou faux. Cette crise s’exacerbe quand la fausse information est relayée par les réseaux sociaux. Le plus alarmant c’est que ce type d’information se présente comme un fait scientifique et exclut toute possibilité de discussion commune. Le dégât est immense face aux inégalités de vie.
Les inégalités de vie
Pourquoi la vie n’a-t-elle pas la même valeur partout et pour tous ? L’accès aux facilités n’est pas le même pour tous. Il faudrait se pencher dans quelques années afin d’avoir plus de recul sur l’octroi des Work Access Permits (WAP) pendant le temps de confinement et les obstacles auxquels ont été confrontées certaines personnes plus que d’autres. Qui sont ceux qui ont été verbalisés ? Quand ? Où ? Comment ? Les mesures entourant le nombre de personnes dans des lieux de culte ont été aussi pomme de discorde. Cela dit, la COVID a pu être maîtrisée grâce à la solidarité et la discipline des Mauriciens.
Ensemble ou la solidarité organique
Pour le Pape François, la COVID-19 a finalement amené « une conscience plus forte qui invite chacun, peuples et nations, à remettre au centre le mot « ensemble » ». C’est au moment que nous étions tous confinés, isolés que nous avons réalisé l’importance et le besoin de l’Autre. Boulangers, éboueurs, infirmiers, policiers ont été nos « front liners » pour se compléter avec d’autres métiers et professions. Cette situation nous rappelle l’explication du sociologue Emile Durkheim sur la solidarité qui est le ciment de toute société humaine. Pour lui, la solidarité se retrouve dans la similitude des comportements des individus et des valeurs (solidarité mécanique) et la complémentarité des activités et des fonctions (solidarité organique). Tant bien que mal, notre pays a pu bien s’en tirer. Mais le rappel de cette solidarité « ensemble » est essentiel pour faire face à tout autre risque.
Références
Fiorenza Gamba, Marco Nardone, Toni Ricciardi & Sandro Cattacin, COVID 19, Le regard des sciences sociales, Ed. Seismo, Genève, 2020.
Message du Pape Francois. Pour la célébration de la LVe Journée Mondiale de la Paix, 1e janvier 2023.
