Nasruddin Mohamud a été condamné à une peine de 11 années de servitude pénale pour avoir infligé des coups mortels à sa femme, Bibi Shabneez Mohamud, mais sans intention de la tuer. La sentence, prononcée par le juge Lutchmyparsad Aujayeb, est tombée hier en Cour d’assises.
Initialement poursuivi pour homicide involontaire, Nasruddin Mohamud avait choisi de plaider coupable de coups et blessures sans intention de tuer, en infraction avec la section 228 du Code pénal, délit passible d’une peine maximale de 20 années d’emprisonnement. Ce décès tragique, survenu le 10 septembre 2019 à Bel-Air-Rivière-Sèche, avait provoqué un vif émoi auprès des ONG luttant contre la violence domestique, car s’inscrivant dans un contexte de recrudescence d’affaires d’épouses battues à mort par leurs conjoints.
Une indignation exacerbée par l’inaction des policiers du poste de Bel-Air-Rivière-Sèche, malgré l’appel à l’aide des deux jeunes fils du couple Mohamud. Une enquête interne avait même été ouverte sur les policiers impliqués pour savoir s’il y avait eu non-assistance à personne en danger. Enquête qui apparemment n’a toujours pas abouti.
Nasruddin Mohamud, dans sa version en Cour, explique qu’il aurait essayé d’emmener sa femme dans la chambre à coucher pour l’empêcher de quitter le toit conjugal, tout en lui couvrant la bouche pour éviter d’ameuter le voisinage. Mais après un moment, il aurait constaté que celle-ci avait cessé de crier et était inconsciente. C’est alors qu’il aurait tenté de la ranimer en mettant une serviette humide sur son visage. Sans résultat. L’irréparable avait déjà été commis. En voyant les policiers arrivés, Nasruddin Mohamud avait quitté son domicile par la porte à l’arrière. Les policiers devaient alors découvrir le corps inanimé de Bibi Shabneez Mohamud sur un lit.
Le Dr Maxwell Monvoisin, Principal Police Medical Officer, avait attribué le décès à une asphyxie par étouffement (smothering asphyxia), du fait de l’obstruction des narines et de la bouche.
Nasruddin Mohamud devait exprimer ses remords en Cour, expliquant qu’il n’avait pas l’intention de tuer sa femme, mais que la dispute avait dégénéré. En appliquant sa main sur la bouche de la victime, il voulait simplement l’empêcher de crier, dit-il. Son avocat, Me Sanjeev Teeluckdharry, avait fait ressortir que son client travaillait dur pour envoyer ses enfants à l’école, et qu’il n’aurait pas apprécié que ceux-ci sèchent les cours. Il a aussi mis en avant que la victime aurait aussi, à un moment donné, insulté son client.
Le juge Aujayeb a pris en compte toutes les circonstances de l’affaire, notamment la nature implacable de l’agression, comme en attestent les ecchymoses retrouvées sur les lèvres, le cou et les orbites des yeux de la victime. Ce qui indique que le prévenu a continuellement obstrué les narines et la bouche de sa femme, et que celle-ci avait lutté de toutes ses forces pour se dégager de son étreinte.
Le juge a également retenu que l’accusé avait un devoir de protection envers sa femme, mais avait exploité sa vulnérabilité. Qui plus est, ce crime a privé ses deux fils de l’amour de leur mère, et les a traumatisés à vie. Pour le juge Aujayeb, il était également important d’envoyer un signal fort pour dissuader les actes de violence à l’encontre des femmes.
Nasruddin Mohamud a, par conséquent, été condamné à 11 années de servitude pénale. Le temps qu’il a passé en détention provisoire sera déduit de sa peine.

