KPMG a saisi l’occasion de la visite de Manoj Kumar Vijai, Managing Partner de KPMG Mumbai, pour organiser un débat avec la participation d’opérateurs des services financiers de premier plan, sur le thème GIFT City, threats and opportunities for Mauritius IFC. L’objectif était de mieux situer les menaces qui nous guettent après l’émergence de la Gujarat International Finance Tec-City (GIFT City) comme concurrente de taille pour l’investissement direct en Inde.
John Chung, Managing Partner de KPMG Mauritius, a souligné que malgré la diversification du secteur du global business en termes de destinations ces dernières années, « the Mauritius-India corridor remains key for the jurisdiction as well as for KPMG in Mauritius ». Et de souligner : « Indeed, India still represents about half of our funds business by number, and substantially more by value. » L’Inde demeure la destination par excellence des opérateurs du Global Business. « Malgré toutes nos tentatives de diversification, l’Inde représente toujours plus de 50% de nos fonds d’investissement. » Maurice a donc tout à perdre si une mouvance des sociétés offshore vers GIFT City se précise.
La GIFT City se présente comme le nouvel épicentre du global finance et de la technologie, a-t-il poursuivi, s’établissant déjà à la 67e place du Global Financial Centre Index 2023, alors que Maurice est en 81e position. « Clearly there are big threats and hopefully opportunities too, for the Mauritius International Financial Centre », a affirmé John Chung. Les débats se sont poursuivis avec la participation de Manoj Kumar Vijai, Samade Jhummun, Chief Executive Officer (CEO) de Mauritius Finance, Wasoudeo Balloo, Tax Partner chez KPMG Mauritius et KG Subramanian, Managing Director et Chief Finance Officer (CFO) chez Nexus Venture Partners à Mumbai.
Lancée en 2015 par le gouvernement indien, la GIFT City offre de nombreuses incitations fiscales et autres, et commence à attirer les géants de la finance internationale. D’ailleurs, les multinationales comme HSBC, JP Morgan, Standard Chartered et KPMG y ont déjà installé leurs quartiers. Comment éviter que les sociétés offshore basées dans notre juridiction ne se tournent vers GIFT City ?
Le Managing Director de Nexus Venture Partners, KG Subramanian, qui a choisi d’opérer dans le Global Business à Maurice depuis deux décennies, a exprimé sa confiance dans la juridiction mauricienne, citant les coûts d’opération et le niveau de service offert par les professionnels mauriciens. « Des atouts qui ont pris des années à être mis en place et qui permettent aujourd’hui à Maurice à avoir un certain avantage sur ces centres financiers émergents », a-t-il déclaré.
KG Subramanian est d’avis que Maurice continuera à tirer son épingle du jeu, du moins pour l’instant. Mais iI a fait cependant ressortir « qu’il est important que nos réglementations soient fixes sur le long terme afin d’éviter des changements inattendus et défavorables, ce que détestent les investisseurs internationaux ».
Samade Jhummun a précisé, de son côté, que les récents chiffres disponibles en termes de flux d’investissements vers l’Inde à partir de Maurice montrent une courbe inquiétante, puisque Maurice a perdu sa première place et se trouve en troisième position : « Nous sommes plus que jamais appelés à travailler de concert avec les autorités dont la FSC et la MRA afin de trouver les bonnes pistes dans le but de remédier à cette situation. »
Pour sa part, Wasoudeo Balloo a dit qu’il persiste à croire Maurice pourra toujours se sortir d’affaire « si nous agissons rapidement eu égard aux changements à venir, tel que l’impôt minimum mondial, qui rendrait les avantages fiscaux moins attrayants qu’ils ne le sont actuellement ». Pour lui, Maurice continuera « à présenter des avantages par rapport à GIFT City sur quelques produits, dont les obligations ».
Brossant un tableau de la situation actuelle dans le secteur, le CEO de Mauritius Finance a affirmé que la compétition s’intensifie et que « Maurice n’a plus d’avantages uniques avec l’Inde ». Il ajoute que le nombre de fonds structurés dans notre juridiction a baissé ces dernières années. « La juridiction est en compétition directe avec des concurrents comme Singapour et Dubaï. Là où nous pouvons – et où nous devons – faire la différence, c’est sur le plan du Cost of Doing Business, du Ease of Doing Business et du Tax Certainty. » Cela d’autant que c’est désormais plus compliqué d’attirer de nouveaux clients.
Maurice doit également miser pleinement sur la promotion de son image de centre financier, a poursuivi Samade Jhummun. Et « changer la perception » selon laquelle la juridiction serait un paradis fiscal. « Il y a eu une série d’articles sur Maurice récemment où le pays est toujours qualifié de “tax haven”. Mais nous n’avons jamais été un paradis fiscal. Donc, nous pensons qu’il faut promouvoir le centre financier toute l’année au lieu de rectifier le tir uniquement lorsque des articles négatifs paraissent dans la presse. »
À l’heure des questions, Rama Sithanen, Chairman du groupe Apex, l’un des leaders dans le secteur du Global Business, a exprimé ses inquiétudes sur le manque criant de personnel, alors que la population est vieillissante et que la migration des jeunes se poursuit. Ces éléments ne feront qu’exacerber une situation qui, selon lui, « ne pourra se résoudre de sitôt et qui risque de peser lourd dans la balance ».

