Une première pour Maurice, et pas des moindres. Les 26 et 27 octobre, l’hôtel The Ravenala Attitude, à Balaclava, a accueilli l’Africa Kaizen Annual Conference (AKAC) 2026. Placée sous le thème Sustainable Kaizen for a Competitive and Prosperous Africa , la rencontre a rassemblé des décideurs, des experts et des représentants d’entreprises venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine autour d’un enjeu majeur : améliorer durablement la productivité et accroître la compétitivité des économies africaines.
L’événement a été organisé conjointement par le gouvernement mauricien, à travers le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC), l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), l’Agence de développement de l’Union africaine – NEPAD (AUDA-NEPAD) et la Pan-African Productivity Association (PAPA).
Le choix de Maurice pour accueillir cette conférence continentale ne relève pas d’un hasard. Le pays compte parmi les quatre Centres d’excellence de l’Africa Kaizen Initiative (AKI) en Afrique, aux côtés de l’Éthiopie, de l’Afrique du Sud et de la Tunisie. Ayant adopté la méthodologie Kaizen dès 2001, Maurice a progressivement développé, sous l’impulsion du NPCC, un écosystème national axé sur l’amélioration de la productivité et de la qualité.
Cette édition coïncidait avec le dixième anniversaire de l’Africa Kaizen Initiative (AKI), lancée en 2016 dans le cadre d’un partenariat entre la Japan International Cooperation Agency (JICA) et l’African Union Development Agency-NEPAD (AUDA-NEPAD). En une décennie, l’initiative a contribué à renforcer les organisations nationales de productivité à travers le continent et à former des milliers de praticiens aux outils de l’amélioration continue. La conférence a également été l’occasion d’annoncer la prochaine génération de Centres d’excellence de l’AKI et de lancer une consultation approfondie des parties prenantes sur l’avenir de l’initiative, dont la phase actuelle prend fin en 2027.
La cérémonie officielle d’ouverture a réuni des personnalités de premier plan. Parmi elles figuraient l’ambassadeur du Japon à Maurice, Kan Masahiro ; Amine Idriss Adoum, directeur de l’Économie, des Infrastructures, du Commerce et de l’Industrialisation à l’AUDA-NEPAD ; Takeichi Jiro, directeur général du Département du développement économique de la JICA ; Cyprian Mayamba, président de la Pan-African Productivity Association (PAPA) ; Veemal Gungadin, Chief Executive Officer (CEO) de Mauritius Telecom ; ainsi que Bhaye Mohamud Dilzad Kurreemun, secrétaire permanent au ministère de l’Industrie, des PME et des Coopératives.
« Mentalité continentale »
Le président du NPCC, Arshad Duymun, a appelé les nations africaines à embrasser le Kaizen « non pas seulement comme un outil de gestion, mais comme une mentalité continentale de transformation ». « Ce n’est pas une conférence ordinaire. C’est un rassemblement de personnes qui croient que l’avenir de l’Afrique sera façonné par la qualité de ce que ses peuples produisent et l’efficacité avec laquelle ils le font », a-t-il déclaré.
Le directeur exécutif du NPCC, le Dr Vinaye Ancharaz, a, pour sa part, dressé un état des lieux de la productivité en Afrique, mettant en lumière plusieurs défis auxquels le continent reste confronté. Il a notamment relevé le ralentissement de la croissance de la productivité du travail depuis la pandémie, ainsi que le recul de la productivité du capital, qui appelle, selon lui, une intervention urgente des pouvoirs publics.
Face à cette situation, il a plaidé pour l’adoption d’un Kaizen durable, capable de rendre les entreprises « plus agiles, plus vertes et plus intelligentes ». Il a toutefois relevé l’importance de placer l’humain au cœur de cette démarche. La technologie doit venir en complément des compétences humaines, tandis que les travailleurs doivent également bénéficier des gains de productivité auxquels ils contribuent.
L’intervenant a également annoncé le lancement officiel d’un nouveau projet de coopération technique de la Japan International Cooperation Agency (JICA), d’une durée de trois ans, destiné à soutenir la mise en œuvre du Plan directeur national de la productivité. Il a réaffirmé l’ambition de Maurice de consolider son statut de Centre d’excellence en Kaizen, non seulement sur le papier, mais également dans la pratique, en partageant activement son expertise avec les autres pays africains et en contribuant à la mise en place d’un réseau régional d’échange de connaissances.
De son côté, le secrétaire permanent du ministère de l’Industrie, des PME et des Coopératives s’est appesanti sur l’urgence d’instaurer une véritable culture de l’amélioration continue à tous les niveaux de l’économie mauricienne. Il a souligné que la productivité constitue un enjeu fondamental pour Maurice, petite économie insulaire disposant d’une main-d’œuvre limitée et de ressources naturelles restreintes. La croissance du pays repose ainsi largement sur sa capacité à mobiliser efficacement son capital humain, ses compétences et ses technologies. Transformer ce potentiel en prospérité durable nécessite non seulement des investissements et des infrastructures, mais aussi une amélioration constante de la productivité, de la qualité et de l’utilisation des ressources disponibles.
Il a mis en avant la simplicité du Kaizen, dont la force réside dans l’accumulation de petites améliorations régulières, initiées par ceux qui accomplissent le travail au quotidien. Une démarche qui, selon lui, peut contribuer à transformer les unités de production, favoriser le développement des PME et rendre les institutions publiques plus réactives.
L’intelligence artificielle au service du Kaizen
L’intégration des nouvelles technologies dans les démarches d’amélioration continue a également occupé une place importante dans les échanges. Ainsi, Veemal Gungadin a présenté le thème Human-Led, AI-Powered: Reimagining Kaizen for the AI Age. S’appuyant notamment sur l’expérience de Mauritius Telecom, distinguée lors de l’Africa Kaizen Award, il a évoqué les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour renforcer les démarches Kaizen, tout en rappelant que l’humain doit rester au cœur de cette transformation. L’IA apparaît ainsi comme un outil complémentaire, capable d’appuyer les équipes dans l’identification des améliorations et l’optimisation des processus.
Les deux journées de conférence ont été ponctuées par cinq panels réunissant experts, praticiens et décideurs de plusieurs pays. Les discussions ont porté, dans un premier temps, sur le Kaizen durable comme levier de compétitivité pour l’Afrique, puis sur les moyens de faire de l’amélioration continue une véritable culture au sein des organisations africaines. La troisième session a exploré les liens entre Kaizen, transformation numérique et innovation, notamment à travers les perspectives offertes par les nouvelles technologies.
Les échanges ont également permis de dresser le bilan des dix années d’existence de l’Africa Kaizen Initiative (AKI) et de réfléchir à ses orientations futures. Enfin, le dernier panel a pris la forme d’une consultation des parties prenantes sur la structure proposée pour l’initiative à partir d’avril 2027, alors que sa phase actuelle doit prendre fin.
Visites sur le terrain
Au-delà des discussions, la conférence a donné l’occasion aux participants étrangers de découvrir des exemples concrets d’application du Kaizen dans le milieu professionnel mauricien. Des visites ont ainsi été organisées au sein de trois entreprises.
Chez Mauritius Telecom Optima, les participants ont pu découvrir comment l’intelligence artificielle et les démarches d’amélioration continue sont mises à profit dans les opérations liées au service à la clientèle. Chez Phoenix Beverages Group, l’accent a été mis sur les pratiques en matière de qualité et de durabilité de la production. Enfin, chez Tex Avenue Ltd, les visiteurs ont pu observer l’utilisation de l’Internet des objets (IoT) pour assurer le suivi en temps réel des activités de production dans le secteur textile et de l’habillement. Ces visites ont permis d’illustrer la manière dont les principes du Kaizen peuvent être adaptés à différents secteurs d’activité, en tenant compte de leurs réalités opérationnelles.
Le programme a pris fin avec la quatrième édition du Capacity Enhancement Programme (CEP IV). Organisée sur deux jours, cette formation pratique et immersive aux méthodes Kaizen a réuni près d’une centaine de praticiens de la productivité venus de plusieurs pays. Les participants ont ainsi pu renforcer leurs compétences et repartir avec des outils concrets pour promouvoir l’amélioration continue au sein de leurs organisations respectives.
L’accueil de l’AKAC 2026 marque une nouvelle étape dans l’engagement de Maurice en faveur de la productivité et de l’amélioration continue sur le continent. Depuis l’adoption du Kaizen en 2001, le pays a développé une expertise qu’il entend désormais partager davantage avec ses partenaires africains.
En tant que Centre d’excellence de l’AKI, le NPCC joue un double rôle : bénéficier des échanges et des expériences des autres pays, mais aussi contribuer à la diffusion des pratiques et des connaissances acquises à Maurice. À travers cette conférence, le pays entend ainsi renforcer la coopération régionale, multiplier les échanges d’expertise et prendre une place plus active dans la définition des orientations de la productivité en Afrique.

