Le Speedcubing

Aditya Ramessur

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Beaucoup d’entre nous se sont cassé les dents au moins une fois à essayer de résoudre un Rubik’s cube. Et après bien des frustrations et des coups de poing sur la table, nous nous sommes résolus à accepter que la chose était impossible à faire avant de ranger le cube dans un tiroir pour n’être jamais revu ou touché à nouveau. Toutefois, quasiment personne ne connaît le phénomène global que le Rubik’s cube a créé.

Le Rubik’s cube fêtera dans deux ans le jubilé d’or de sa création en 1974 par le professeur d’architecture hongrois Ernő Rubik. Peu de personnes le savent, mais à l’origine, M. Rubik avait conçu le cube pour l’assister à faire comprendre à ses élèves le concept des dimensions spatiales. Il lui prit des mois pour pouvoir résoudre sa création et en comprenant la complexité de celle-ci, il décida de le vendre comme un jouet. Le succès qu’il reçut fut au-delà de ses attentes. Le cube devint officiellement le jouet le plus vendu de tous les temps, attirant petits et grands voulant essayer de prouver qu’ils peuvent le résoudre, la plupart du temps sans succès. Toutefois, il y eut quelques-uns qui réussirent là où la majorité échoua. Certains d’entre eux se mirent à écrire des livres expliquant la méthode pour le faire. Mais parmi la horde de joueurs potentiels, peu eurent la patience et la détermination nécessaire pour les lire et maîtriser ainsi la méthode.

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De nos jours, la chose est bien plus facile. Des vidéos gratuites et simples d’une dizaine de minutes sont accessibles à tous sur des plateformes comme YouTube. Au fil des ans, de nouvelles méthodes ont été conçues, certaines incroyablement simples pour les débutants voulant se lancer dans le cube et d’autres avec des dizaines, voire des centaines d’algorithmes pour ceux qui se perfectionnent et veulent résoudre le cube de plus en plus vite. En réalité, il y a deux types de joueurs. La première catégorie comporte ceux qui une fois après avoir appris comment faire, s’en

lassent et le ressortent très rarement soit pour meubler leur temps ou pour frimer. La deuxième catégorie est composée de ceux que l’on appelle les ‘speedcubers’. Ce sont ceux qui veulent à tout prix devenir plus rapides, s’entraînent régulièrement et participent à des compétitions officielles. Alors qu’environ 6% de la population mondiale sait résoudre un Rubik’s cube, moins d’un pour cent de ces joueurs sont des speedcubers. Certains d’entre vous sont sûrement perplexes d’entendre qu’il existe des compétitions de Rubik’s cube et à vrai dire j’aurais probablement ressenti la même chose si je n’avais pas été initié au sujet. Aussi, vous vous demandez probablement comment certaines personnes peuvent passer des heures à résoudre le cube répétant encore et encore la même chose sans s’ennuyer. Mais ce qu’il y a de fascinant avec le Rubik’s cube, c’est que vous n’aurez jamais la même combinaison deux fois en le mélangeant au hasard. Car le cube possède 43,252,003,274,489,856,000 combinaisons possibles. Le cerveau humain ne peut même pas comprendre à quel point ceci est énorme. Il y a plus de différentes façons de mélanger un Rubik’s cube que de cellules dans le corps d’un adulte ! En somme, chaque tentative de résoudre le cube est unique, et même si l’on suit une méthodologie plus ou moins identique, la planification du comment économiser le temps est toujours différente. Dans une compétition officielle, les concurrents doivent résoudre le cube cinq fois afin de calculer une moyenne de temps pour le classement, car la chance y joue aussi un rôle important.

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Même si la plupart du temps les compétitions sont petites et régionales, il existe aussi des compétitions internationales. Par exemple l’année dernière, l’Afrique du Sud a organisé le championnat continental de Rubik’s cube pour l’Afrique, auquel j’ai eu le privilège de participer. Par ailleurs, cette année se tiendra le championnat mondial en Corée du Sud. Ces compétitions peuvent accueillir des centaines de participants et sont parfois connues comme les Olympiques du Speedcubing.

Le plus important pour devenir bon en speedcubing est de pratiquer. Les meilleurs dans le domaine ont souvent au moins une dizaine d’années d’expérience. Toutefois, comme toute chose, il s’agit surtout de pratiquer avec la bonne approche.

Seulement résoudre le cube encore et encore n’aidera pas nécessairement à s’améliorer. Comme l’avait dit Einstein, « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». C’est en se remettant en question et en trouvant des façons de plus en plus efficientes d’exécuter certains algorithmes (qui sont des séquences de tours des faces du cube qu’on doit mémoriser) et réussir à identifier en une fraction de seconde le bon algorithme à utiliser pour un résultat optimal. Et même si les algorithmes jouent un grand rôle, ils ne sont pas suffisants pour compléter un cube totalement. Les premières étapes sont totalement intuitives et sans un brin de perspicacité et de raisonnement, il devient impossible de le résoudre.

Toutefois, il ne faut pas nier que pour être performant, la technologie du cube est aussi un élément essentiel. De nos jours, les cubes sont tellement avancés qu’il devient difficile de croire qu’il ne s’agit que de jouets. La plupart des meilleurs cubes sur le marché sont magnétisés. Ils contiennent des aimants qui aident les joueurs à faire tourner et aligner toutes les faces du cube en gagnant des centièmes de secondes par tour. Cela peut sembler ridicule mais pour des professionnels qui peuvent tourner les faces plus de 10 fois par seconde, cela est essentiel. Il y a aussi un système de compression dans le cube grâce à des ressorts ou tout récemment grâce à un système de lévitation magnétique qui permet au cube d’avoir moins de friction lorsqu’on le fait tourner. Tout ceci est souvent aussi personnalisable permettant d’ajuster finement le cube sur les bases des préférences de l’utilisateur un peu comme des voitures de Formule 1.

Aussi en compétition, il n’y a pas que le Rubik’s cube classique. On trouve aussi les cubes 2×2 jusqu’aux 7×7 ainsi que le Pyraminx, le Skewb, et le Megaminx. Entre autres épreuves : le 3×3 avec une seule main ou les yeux bandés !

Le speedcubing n’est pas une activité pratiquée par beaucoup mais une fois qu’on décide de s’y lancer, on ne peut plus vraiment s’arrêter !

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