La difficulté de rester droit, pour l’homme libre, dans un monde qui penche en permanence ne se situe pas tant dans l’exercice d’un funambule mais plutôt de se confronter aux turpitudes de ses congénères.
À une époque où l’on est en présence d’une culture de l’ostentation sans nom, que les apôtres d’un m’as-tu vuisme délétère s’empressent de justifier en permanence, choisir entre l’horizontalité de l’éloignement et la verticalité d’une indifférence (ou la conciliation des deux) devient quasiment un acte de survie identitaire pour ceux qui sont à contre-courant. Il ne se passe pas un jour sans qu’on soit happé par un phénomène de buzz, que le plus lambda des citoyens se hâtera de relayer en ayant le clic facile.
Quitte à propager des fake news ou travestir son opinion pour une poignée de likes et être socialement intéressant. Il est sans doute de bon ton et plus facile aux yeux de la société de se vêtir d’un uniforme commun – celle de la pensée de masse – que de se couvrir sous le manteau de la singularité. Tout le monde semble partager les mêmes opinions, s’identifier aux mêmes standards ou vouloir posséder les mêmes accessoires matériels. Sommes-nous à ce point inféodé à une monoculture d’un prêt-à-penser qui se dessine à l’encre des réclames ?
Face à cela, sans verser dans une misanthropie équivoque, la solitude – pas imposée mais celle voulue – peut apporter à ceux qui aiment se mettre à l’écart un certain plaisir. Il existe différents types de solitude mais celle souhaitée ici s’apparente à une solitude transitoire consistante en la nécessité de se mettre en retrait ou pour fuir une certaine laideur urbaine lorsqu’on se retrouve englué dans un environnement trop artificiel. Ceci non pas par lâcheté/snobisme mais par pur besoin de ne pas en faire partie. Tout en écartant l’idée d’un individualisme primaire ou toute forme d’ascétisme voire d’agoraphobie, la solitude lorsqu’elle est recherchée pour une retraite ou une introspection est souvent bénéfique pour se remettre en question et savoir la place qui est la sienne dans un monde en perpétuel mouvement. Lorsque celle-ci se caractérise comme une sorte d’otium, que certains philosophes de la Rome antique encensaient, le bénéfice peut être encore plus intéressant.
La solitude a ses détracteurs comme ses fervents défenseurs. Bien entendu, il n’est point ici l’apanage d’une solitude d’exclusion où la personne se retrouve recluse et insociable. Beaucoup n’aiment pas la solitude et trouvent en elle des caractéristiques ennuyantes. Nonobstant cela, plusieurs personnes (elles ne sont certes pas légion) apprécient la solitude. Les plus connues en ont même célébré au travers des œuvres telles Baudelaire (La Solitude), Sylvain Tesson (Dans les Forêts de Sibérie) ou encore Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de Solitude).
Se retrouver seul, le temps d’une escapade, à faire une lecture, écouter une musique transcendante, arpenter les sentiers d’un sous-bois, en montagne ou être en apesanteur dans l’eau, offre sans doute une ivresse contemplative que préfèrent les adeptes de cette solitude aux goûts prononcés d’un consumérisme populaire.

