Léon XIV, une voix morale dans un monde en proie à une crise de conscience

« Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. » Léon XIV
Cette exclamation du pape Léon XIV contre les hyperpuissances sans bornes, exprimée lors d’une Veillée de prière à la Basilique Saint-Pierre à Rome, le samedi 11 avril 2026, a suscité la colère de Donald Trump en des termes d’une rare violence, dont la perle est certainement : « Je ne veux pas d’un pape qui se permette de critiquer le président des États-Unis ». Sauf que Trump n’a aucun pouvoir sur le pape et que ce dernier a répondu dans l’avion qui l’amenait à Alger par des paroles qui ont fait mouche dans le monde entier : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Évangile (…) C’est ce que je crois être appelé à faire et ce que l’Église est appelée à faire » (13avril 2026). Par contraste, est pointé du doigt le silence des dirigeants du monde qui ont ‘peur’ de Trump, mais qui n’osent pas le dire.

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Construire la paix est possible

En ouvrant cette Veillée de prière, Léon XIV, dans une parole improvisée, a déclaré sans détour : « Nous voulons dire au monde entier qu’il est possible de construire la paix, une paix nouvelle : qu’il est possible de vivre ensemble avec tous les peuples de toutes les religions, de toutes les ‘races’ ; que nous voulons être disciples de Jésus-Christ unis comme frères et sœurs, tous unis dans un monde de paix ».

Dans une réflexion plus profonde, il a ensuite affirmé : « La guerre divise, l’espérance unit. La tyrannie piétine, l’amour élève. L’idolâtrie aveugle, le Dieu vivant éclaire. Il suffit d’un peu de foi, d’une miette de foi, très chers amis, pour affronter ensemble, comme humanité et avec humanité, cette heure dramatique de l’histoire ». La prière, poursuit le pape, plus particulièrement dans ce contexte, loin d’être un refuge pour nous soustraire à nos responsabilités ou un anesthésiant pour éviter la douleur que tant d’injustice déclenche, nous éduque à agir. Nous avons là, dit le pape « un rempart contre ce délire de toute-puissance qui, autour de nous, devient de plus en plus imprévisible et agressif. Les équilibres au sein de la famille humaine sont gravement déstabilisés. Même le Nom Saint de Dieu, le Dieu de la vie, est entraîné dans les discours de mort. Disparaît alors un monde de frères et de sœurs ayant un seul Père dans les cieux et, comme dans un cauchemar nocturne, la réalité se peuple d’ennemis ».

Que faire ?  Léon XIV s’adresse d’abord aux dirigeants de ce monde, qui, souligne-t-il, ont des responsabilités inaliénables, en leur disant : « Arrêtez-vous ! C’est le temps de la paix ! Asseyez -vous aux tables du dialogue et de la médiation, pas aux tables où l’on planifie le réarmement et où l’on délibère des actes de mort ! ». À toutes et à tous, le pape nous prie d’agir : « Convertissons-nous à un Royaume de paix qui se construit chaque jour, dans les maisons, dans les écoles, dans les quartiers, dans les communautés civiles et religieuses » et construisons ensemble la paix, patiemment « mot après mot, geste après geste » à l’image d’un tissage minutieux. Il conclut en reprenant le souhait qu’il exprimait le 1er janvier 2026 à l’occasion de la 59e Journée mondiale de la Paix : « Partout dans le monde, il est à souhaiter que ‘chaque communauté’ devienne une ‘maison de paix’ où l’on apprend à désamorcer l’hostilité par le dialogue, où l’on pratique la justice et cultive le pardon »

Pour une nouvelle culture de justice
et du partage 

Depuis le début de son pontificat, Léon XIV a placé la paix au cœur de ses priorités. Lors de sa première bénédiction Urbi et Orbi, il évoquait déjà une paix « désarmée et désarmante », appelant à remplacer les logiques de confrontation par des chemins de réconciliation et de fraternité entre les peuples. Cette paix désarmée et désarmante « se fonde sur la justice », affirme le pape Léon XIV. 

C’est ce message de paix s’arc-boutant sur la justice que Léon XIV a proclamé tout au long de son voyage de onze jours en Afrique qui l’a conduit en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril 2026 ; un Continent où plus de 400 millions de personnes vivent dans la pauvreté, où pas moins de 25 conflits ouverts font rage et où la parole publique est souvent verrouillée. Le message proclamé lors de ce voyage est très clair : « Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie » (Yaoundé, le mercredi 15 avril 2026).

En Algérie, le lundi 13 avril, devant le monument des martyrs à Alger, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962), le pape Léon XIV prône le pardon et la réconciliation : La « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », a-t-il déclaré en anglais, appelant à « multiplier les oasis de paix » et « développer de nouvelles visions de la réalité où celui qui est différent peut devenir « un compagnon de route, et non une menace ». 

Au Cameroun, la deuxième étape de sa tournée, Léon XIV, à son arrivée dans le pays, le mercredi 15 avril, a appelé les dirigeants camerounais à faire leur “examen de conscience” et à s’attaquer à la corruption et aux violations des droits, dans un discours sans détour prononcé au palais présidentiel en présence du président Paul Biya.  Au Cameroun anglophone, à Bamenda, la capitale de la région du Nord-Ouest en proie à la guerre depuis 2016, Léon XIV a délivré un message de paix en condamnant les entreprises guerrières et les dirigeants qui dépensent des milliards dans la guerre. « Le monde est ravagé par une poignée de tyrans, mais il est soudé par une multitude de frères et de sœurs qui le soutiennent », a-t-il également averti dans le même discours solennel prononcé à la cathédrale Saint-Joseph de Bamenda.

En quittant la cathédrale, le souverain pontife a lâché des colombes blanches, symbole de paix. « Ceux qui dépouillent votre terre de ses ressources investissent généralement une grande partie des bénéfices dans les armes, perpétuant ainsi un cycle sans fin de déstabilisation et de mort », a-t-il déclaré. En Angola, dans l’ancienne colonie portugaise, dans ce pays encore fragilisé par les séquelles de la guerre civile et miné par les inégalités, mais où l’Église reste un pilier de la société, le pape Léon XIV a lancé un appel à la réconciliation et à la paix. « C’est l’amour qui doit triompher et non la guerre », a-t-il déclaré au Sanctuaire marial ‘Mama Muxima’. À la messe sur l’esplanade de Kilamba, toujours en Angola, il a lancé à la foule un : « N’ayez pas peur, soyez les acteurs d’une nouvelle humanité ». Il a également enjoint les autorités du pays de faire confiance à la jeunesse, dont les moins de 24 ans composent les deux-tiers de la population : « N’ayez pas peur de la dissidence, n’étouffez pas les visions des jeunes et les rêves des anciens ».

En Guinée équatoriale, la quatrième et dernière étape de son voyage apostolique, le pape Léon XIV, dans ce pays très autoritaire d’Afrique centrale, a appelé – en présence du président Teodoro Obiang Nguema, 83 ans, qui dirige le pays depuis 1979 – à ce que « les espaces de liberté s’accroissent, que la dignité de la personne humaine soit toujours préservée ». Au Stade de Malabo, pour terminer sa tournée pastorale africaine, Léon XIV a lancé un appel vibrant à la dignité humaine et au respect des droits de chaque citoyen. Et ce, tout en soulignant le rôle déterminant du continent africain pour l’avenir de l’Église universelle.

Au cours de ces 11 jours passés en Afrique, Léon XIV a multiplié les rencontres et les paroles fortes contre la corruption, pour la promotion de la justice et une culture de la paix, face à des régimes autoritaires. Quel impact aura son message sur les dirigeants et les catholiques africains ? Quoi qu’il en soit, Léon XIV laisse derrière lui une leçon de puissance désarmée, exhortant les dirigeants à écouter le cri de leur peuple. C’est désormais une voix morale qui compte sur la scène internationale.

« Lorsque l’injustice corrompt les cœurs, le pain de tous devient la possession de quelques-uns » (Léon XIV en Angola, le lundi 20 avril 2026).

Reynolds MICHEL
De La Réunion

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