Une opération maritime d’envergure menée dans l’océan Indien a récemment mis au jour un circuit sophistiqué de trafic de stupéfiants reliant l’Asie du Sud à Maurice. Baptisée opération Baldor, cette intervention coordonnée entre plusieurs pays de la région a permis de cibler un réseau bien structuré, tout en aboutissant à l’arrestation de deux ressortissants mauriciens soupçonnés d’être chargés de la récupération d’une partie de la cargaison.
Tout commence le 15 avril, au large de l’île de Tromelin, dans une zone stratégique souvent utilisée pour des transbordements discrets. Tôt dans la matinée, un navire suspect est intercepté par une frégate française engagée dans l’opération. À son bord, les autorités découvrent une importante quantité de drogues dures et de cannabis. La valeur totale de la cargaison dépasse les Rs 3,5 milliards, ce qui en fait l’une des saisies les plus importantes enregistrées dans la région.
L’équipage, composé de plusieurs nationalités dont des Pakistanais et Tanzaniens, aurait servi d’intermédiaire dans ce trafic maritime à grande échelle.
Mais c’est à Maurice que l’enquête prend un tournant décisif. Le lendemain de l’interception, deux hommes quittent la côte Nord à bord d’un hors-bord, vraisemblablement pour rejoindre le point de livraison en mer. Les autorités mauriciennes, déjà en alerte, surveillent leurs déplacements. Dans la nuit du 17 avril, leur embarcation est interceptée en mer avant qu’ils ne puissent atteindre leur destination.
Les deux suspects, Jeff Désiré Cliff Joséphine et Jean Hansley Gentille, connu sous le surnom de Bolo, sont immédiatement arrêtés. Les enquêteurs estiment qu’ils jouaient un rôle clé dans la phase finale de l’opération, celle consistant à acheminer une partie de la drogue vers le territoire mauricien. La présence de grandes quantités de carburant à bord laisse penser à une mission préparée pour une navigation prolongée en haute mer.
Le profil de Jeff Joséphine attire particulièrement l’attention des autorités. Déjà impliqué dans une affaire similaire par le passé, il était connu des services antidrogue. L’Anti Drug and Smuggling Unit l’avait intercepté en mer à Pointe-aux-Sables en août 2024. Il avait avoué s’être rendu à La-Réunion pour prendre livraison de 50 kilos de drogue. Il avait lancé la marchandise en mer lorsque la police l’avait pris en chasse.
Cette récidive soulève des questions au sujet de la surveillance des individus liés aux réseaux de trafic et sur leur capacité à reprendre des activités illicites.
Au-delà de ces arrestations, l’opération Baldor met en évidence l’existence de nouvelles routes maritimes utilisées par les trafiquants. Le trajet reliant les zones de production en Afghanistan à des points de transit isolés comme Tromelin, avant d’atteindre Maurice, semble désormais confirmé. Ce schéma complexe montre à quel point les réseaux criminels s’adaptent pour contourner les dispositifs de contrôle.
Si cette intervention constitue un succès important pour les forces de l’ordre, elle ne représente qu’une étape dans une lutte plus large. Les cerveaux de ces trafics, souvent basés à l’étranger ou opérant dans l’ombre, restent à être identifiés et arrêtés. L’enquête se poursuit afin de remonter toute la chaîne et démanteler durablement ce réseau.

