Pour le deuxième budget de l’Alliance du Changement Revisited, un double suspense est toujours de mise en ce début du mois de juin. D’abord, aucune indication officielle au sujet de ce rendez-vous incontournable du Grand Argentier avec la nation. Ensuite, au fur et à mesure que le countdown se rapproche de l’échéance, les spéculations autour des éventuelles mesures devant être annoncées lors du Budget Speech, alimentées par ceux soi-disant inside the House, ajouteront à la pression, déjà intenable, sur la population.
Dans la conjoncture actuelle, ceux qui se disent les plus futés affirmeront que cette ambiance fait partie du décor menant à cette étape cruciale du calendrier parlementaire annuel. D’autres, plus résignés au poids de plus en plus insupportable du quotidien, se rangeront dans le camp estimant que la formule magique pour sortir de l’impasse, aggravée par l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, fait toujours défaut. Probablement, aujourd’hui n’est pas le temps des promesses.
Déjà depuis quelque temps, les chiffres, avec en prime les milliards, sont déversés en série de part et d’autre comme pour justifier des prises de position sur le front économique. Et le comble sera atteint par l’énumération en cascade des données avec des sigles les uns plus fantasmagoriques, mes excuses à l’érudition de feu James Burty David, que les autres. Mais en quoi cet exercice relativement comptable pourra-t-il épargner les ménages mauriciens de la mainmise du Fonds monétaire international, qui vient de forcer le Sri Lanka à revoir à la hausse les prix des carburants, avec pour objectif de récupérer les coûts de l’énergie et de supprimer progressivement les subventions afin de stabiliser l’économie ? En kreol morisien, ser sintir ankor.
En marge des préparatifs du budget, chacun ira de son petit couplet quant à la meilleure formule pour assurer au pays un développement durable. Sécurité alimentaire, faute d’ambition de pouvoir croire en la souveraineté alimentaire. Sources d’énergie renouvelables pour se mettre à l’air du temps. Économie bleue, en se vantant de pouvoir disposer d’une des plus vastes zones économiques exclusives (ZEE) au monde, pour faire passer au second plan cette sensation de the sky is the limit.
Toutefois, le budget de la nation ne doit en aucune façon reléguer au second plan les passifs, qui ne cessent de s’accumuler au titre du budget de la République. L’item, si crucial, du Law and Order se conjugue encore davantage au rouge sang au sein de la République, avec pour conséquence que le taux d’insécurité, non seulement sur la voie publique mais aussi au plus profond de ce qu’il y a de privé, soit son domicile, ne peut laisser insensible. La chronique n’est nullement épargnée par les drames les plus atroces.
La campagne de lutte contre la prolifération de la drogue, notamment du Simik, semble se heurter au mur d’acier de l’argent facile. Sinon, comment expliquer que les cartels disposent à tour de bras des fonds nécessaires pour financer en devises étrangères leurs cargaisons de drogue provenant de l’étranger ? En contrepartie, les fournisseurs au-delà des frontières ne se contentent nullement de boutey kase.
Les roupies destinées à l’approvisionnement en drogue des addicts doivent se frayer un passage dans le circuit. Ces coupures de banque ne sont pas éternellement gardées sous des matelas, aussi confortables soient-ils, ou encore doivent être converties en devises étrangères pour d’autres opérations. Le trafic de drogue ne se résume pas à une opération de touch and go.
À confirmer de manière formelle si les Law Enforcement Agencies, opérant sous l’armada juridique mise en place, ont été mises en présence de Suspicious Transaction Reports, émis par des Compliance Officers dûment habilités, et ayant abouti à l’avortement de commandes de drogue. La majeure partie des grosses saisies est la conséquence d’intelligence gathering en amont sur le terrain. Mais également sans suite pénale en aval quant à l’identité des commanditaires.
À qui profite l’aridité d’informations au sujet de ces gros mouvements de fonds ? Pire encore, qui sont les victimes de cette situation relevant d’un laxisme plus que criminel ?
Tous ceux engagés sur le terrain pour lutter contre la drogue dressent un même constat : le rajeunissement du monde des toxicomanes, qu’il s’agisse des consommateurs ou de ceux intégrant le circuit de distribution. L’évêque de Port-Louis, Mgr Jean Michaël Durhône, en fait de ces statistiques son mantra sur les plateformes publiques.
Mais ce phénomène de rajeunissement ne devrait-il pas nous amener, un instant, à nous poser la question d’un potentiel échec du système éducatif, faisant l’impasse avec nonchalance sur l’inclusion pour glorifier outre mesure l’élitisme ? Car, à la sortie du cycle scolaire complet, le jeune devrait être, en principe, armé des outils nécessaires pour assurer son plein épanouissement dans la société, qui a investi sans compter en lui.
L’une des priorités de l’heure demeure que le budget de la République devrait fournir les moyens, et non des paroles, à l’éducation pour que chaque jeune se reconnaisse fièrement dans ces strophes du Motherland :
« As one People
As One Nation
In peace, justice and liberty. »
Le germe de Sustainable Growth de la République de Maurice s’y trouve.
