Point et interrogation : Un ESE susceptible de transcender le budget

D’entrée de jeu, une précision de taille s’impose. Le sigle ESE ne relève pas du lexique parlementaire, soit les Estimates of Supplementary Expenditures (ESE), avec des allocations additionnelles de Rs 2 264 416 devant encore être avalisées par l’Assemblée nationale. L’ESE demeure plutôt le raccourci de ce qui semble constituer les priorités du moment, soit l’Éducation, la Santé et l’Énergie, dans un contexte d’extrême volatilité géopolitique au Proche-Orient, qui vit au rythme d’un pas en avant et de trois pas en arrière dans cette quête de cessez-le-feu.
À eux seuls, ces domaines transcendent l’exercice budgétaire du court terme pour projeter la nation vers le long terme. Évidemment, avec la date du vendredi 19 juin retenue pour la lecture du Budget Speech, le focus demeure la politique envisagée par le gouvernement de l’Alliance du Changement en matière de lutte contre l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, sur fond de flambée des prix.
Indéniable ! Et cela sans compter les retombées de la dernière décision adoptée par le Monetary Policy Committee, avec un relèvement du Key Rate et, par conséquent, une hausse du Prime Lending Rate dans une fourchette comprise entre 6,9 % et 8,08 %. Cette situation se traduira plus lourdement au Bottom Line des ménages endettés par des prélèvements supplémentaires destinés au service de leurs engagements financiers, sans compter les effets sur les coûts de production des opérateurs économiques.
Les plus avisés mettront en parallèle cette décision de la Banque de Maurice avec celle entérinée à la fin de la semaine dernière par la Reserve Bank of India, soit le maintien du statu quo concernant son taux directeur. De l’eau au moulin de ceux qui remettent en question la démarche des autorités monétaires à Port-Louis.
L’autre préoccupation de la conjoncture concerne la politique de solidarité nationale et de sécurité sociale. Quel emballage sera privilégié pour la présentation de la poursuite de la réforme des pensions, soit les contours du National Pensions Fund New Look, habillé selon les recommandations du comité d’experts Prayag ? Serait-il exagéré de croire qu’il s’agira là des deux mamelles du deuxième budget de l’Alliance du Changement ?
Toutefois, dans cette mouvance réformatrice, une déclaration de politique générale accompagnée d’un plan d’action solidement articulé dans le cadre du budget, que ce soit dans les domaines de l’Éducation, de la Santé ou de l’Énergie, dispose du potentiel de générer des dividendes durables grâce à des investissements à long terme au niveau national.
Cette réforme de l’éducation, annoncée dès le lendemain du 60-0 du 10 novembre 2024, sous forme de Blueprint, ne parvient aujourd’hui plus à convaincre, alors même que quatre parlementaires de la majorité manquent désormais à l’appel. Et ce, sans même évoquer certaines réserves perceptibles jusque dans les rangs du gouvernement au sein de l’hémicycle, voire au sein même du Conseil des ministres, sans pour autant violer le sceau de confidentialité qui entoure les délibérations de cette instance constitutionnelle.
Entre-temps, plus de dix-huit mois se sont écoulés et la cohorte d’étudiants qui avait pris part aux examens du School Certificate à la fin de 2024 occupera bientôt les salles d’examen pour la fin du cycle secondaire. Ceux disposant d’un bagage académique plus limité demeurent, quant à eux, ballottés dans l’incertitude entre le Foundation Programme et le National Certificate of Education, avec des relents de Rat Race.
Et dire que la certitude de l’éducation d’aujourd’hui reste, pour la jeunesse, la clé de demain.
Le secteur de la santé publique bénéficie d’investissements conséquents dans les infrastructures, tant sur le plan physique qu’en matière d’équipements technologiques. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau des effets de retombée (trickle-down effects) au bénéfice des patients. La courroie de transmission, soit le relais humain, présente des ratés qui pénalisent ceux n’ayant d’autre choix que de faire la queue dans les établissements de santé publique.
À qui profite cette situation, pour éviter d’utiliser le terme de crime ? Tout simplement, un boulevard de profitabilité, récemment mis à nu dans l’opinion publique, est exploité par le secteur privé de la santé. Tous les Mauriciens ne disposent pas d’une police d’assurance santé sans limites leur permettant de franchir les portes de ces cliniques aux allures — et aux factures — d’hôtels cinq étoiles dans leur quête de guérison.
Les investissements publics dans la santé sont là. Le ministère de la Santé, qui bénéficie de partenariats étrangers de pointe sur le plan strictement médical, se doit d’apporter des remèdes durables à son talon d’Achille : la gestion du bien-être au travail de son personnel, à tous les échelons. La bonne santé de la population constitue un facteur incontournable dans le budget de la République.
Puis, sans énergie, c’est le noir absolu. Sinon, l’expression Fiat Lux devient désuète. Depuis plusieurs mois déjà, le quotidien au QG du Central Electricity Board se conjugue sous haute tension face aux risques de délestage sur le National Grid. Au-delà du simple exercice budgétaire, cette filière, qui a probablement le plus besoin d’une réforme dans le cadre de la transition énergétique tant sollicitée, représente un enjeu majeur pour le développement du pays.
Tout un chacun en est conscient.
Mais les urgences budgétaires du jour dégageront-elles l’espace vital nécessaire pour permettre à l’ESE de respirer pleinement ?
Rendez-vous le vendredi 19 juin!

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Patrick Michel

 

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