Le leader de l’opposition, Chetan Baboolall, soutient le principe d’un renforcement des pouvoirs de la police pour garantir la sécurité publique, mais estime que toute extension de ces prérogatives doit être assortie de garde-fous. Intervenant sur le Police Amendment Bill, il a réclamé une durée maximale pour tout couvre-feu sur le plan national, un contrôle parlementaire et des garanties d’indépendance pour le commissaire de police.
Chetan Baboolall a condamné sans réserve les actes de violence et les pillages qu’a connus le pays ces derniers jours. Il a évoqué les familles contraintes de vivre dans la peur, les commerçants dont les activités ont été détruites et les policiers blessés dans l’exercice de leurs fonctions. « Violence and looting are not protests », a-t-il déclaré, rappelant que les premières victimes de ces actes sont souvent les plus démunies.
« We want a country that is safe. We will support any measure that makes it safe », dit-il. Toutefois, il souligne qu’une loi ne doit pas être évaluée uniquement à la lumière de l’urgence ayant motivé son adoption, mais aussi en fonction des pouvoirs qu’elle conférera aux autorités dans les années à venir. À ses yeux, toute nouvelle prérogative doit répondre à trois exigences : un objectif clair, des limites précises et une obligation de rendre des comptes.
Pour Chetan Baboolall, les lacunes du texte proposé sont préoccupantes. Aucune durée maximale n’est prévue pour un couvre-feu national. Le projet de loi n’impose pas non plus la publication des motifs justifiant une telle décision, un compte rendu devant l’Assemblée nationale ou un mécanisme de révision. « This is not a permanent curfew. And I will not say it is. But it is a permanent power with no clock, no reporting and no review », trouve-t-il, estimant que l’absence de garde-fous constitue en elle-même un risque. « A power with no limits does not need to be abused to be dangerous. It only needs to exist », fait-il valoir.
Question d’indépendance
Le leader de l’opposition a également soulevé la question de l’indépendance du commissaire de police, en s’appuyant sur la section 71 de la Constitution, qui définit ses responsabilités en matière de commandement et de contrôle des opérations policières. Évoquant la situation contractuelle du titulaire du poste et le renouvellement de son mandat, il a mis en garde contre une éventuelle dépendance envers le pouvoir exécutif. « If the Commissioner’s future depends on the goodwill of the Prime Minister, then Section 71 is a sentence on paper », laisse-t-il comprendre.
Chetan Baboolall s’est ensuite interrogé sur le recours au certificat d’urgence pour faire adopter le projet de loi en une seule séance parlementaire. Il a établi un parallèle avec les neuf projets de loi relatifs à la National Crime Agency, également certifiés urgents. Rappelant que le Premier ministre avait défendu le principe selon lequel l’interception des communications devait être autorisée par un juge, il a demandé pourquoi une logique similaire ne s’appliquerait pas aux mesures affectant les libertés de la population. « Why is this principle good for the telephone and not good for a home, for a nationwide curfew ? » s’interroge-t-il. Il a aussi reproché au gouvernement de privilégier les mesures sécuritaires au détriment des difficultés quotidiennes des Mauriciens. « Urgent, urgent, urgent for the curfew, for the agency, for the warrant, never urgent for the water that is not coming out of the taps, for the pay of the officers, for the price of bread », a-t-il lancé.
Le leader de l’opposition a également évoqué les conséquences des actes de violence : arrestations, dont celles de mineurs, véhicules et postes de police endommagés, dégradations affectant les caméras Safe City et incendies de plantations de canne à sucre.
Mieux rémunérer les policiers
Chetan Baboolall a par ailleurs attiré l’attention sur les conditions de travail des forces de l’ordre. S’appuyant sur les préoccupations de la Police Officers’ Union, il a fait état du manque d’effectifs et critiqué la décision du Cabinet concernant la rémunération du travail dominical des policiers travaillant par équipes, ramenée, selon lui, à une journée de salaire au lieu du double auparavant versé. Il a aussi cité la hausse du coût de formation des constables temporaires, passé de Rs 260 000 à environ Rs 360 000. « A government who wants safe streets must first pay, equip and respect the police », a-t-il affirmé, estimant qu’un couvre-feu peut ramener le calme pendant une nuit, mais ne saurait répondre aux problèmes structurels qui alimentent le mécontentement.
Il souhaite que le certificat d’urgence soit retiré et que le projet de loi soit renvoyé à la Law Reform Commission afin de permettre aux parties concernées de soumettre leurs propositions.
Enfin, il a exhorté le Premier ministre à s’engager en faveur d’une nomination du commissaire de police pour une durée fixe, assortie d’une garantie de maintien en fonction. « If the government gives these safeguards, we will help to pass a good law. If it refuses, it will have shown that it wants the power without the limits », a-t-il averti.
Concluant son intervention, il a plaidé pour une réponse qui associe sécurité publique, justice sociale et responsabilité institutionnelle. « A country is not governed by fear. It is governed by trust », a-t-il déclaré, avant de résumer sa position : « Peace with justice. Order with fairness. And power with limits. »

