Tour d’horizon- Produits pétroliers : électrochoc sur le pays

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La hausse du prix de l’essence, passé à Rs 77,70, et du diesel, désormais vendu à Rs 78,35 le litre, agit comme un électrochoc sur le pays. Si l’augmentation de 10 % décidée par le Petroleum Pricing Committee (PPC) s’inscrit dans une logique budgétaire stricte, elle suscite une vive exaspération populaire. Les critiques n’ont pas manqué cette semaine dans les médias.

Dans ce climat de tension, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, est monté au créneau pour défendre la mesure tout en prenant une décision radicale : la révocation avec effet immédiat du conseil d’administration de la State Trading Corporation (STC), à l’exception de son président. La révocation brutale de la quasi-totalité du conseil d’administration de la STC — organisme bras armé de l’État pour l’importation des produits pétroliers et responsable du mécanisme de fixation des prix — marque une étape politique importante. S’agit-il d’une réelle exigence de redevabilité ou d’une manœuvre de diversion ?

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Pour les observateurs politiques, ce limogeage collectif traduit la volonté du ministre de marquer les esprits et d’imposer une rigueur accrue dans la gouvernance de la STC. Cependant, les voix critiques et syndicales y voient plutôt un moyen de détourner l’attention de l’opinion publique face à l’impopularité croissante de la hausse. Le ministre reste toutefois campé sur sa position de rigueur comptable, au détriment du pouvoir d’achat.

Pour lui, l’équation tarifaire était devenue intenable. Avec un Price Stabilization Account (PSA) affichant un déficit abyssal d’environ Rs 3,63 milliards — alors qu’il était repassé de Rs 3,5 milliards sous l’ancien gouvernement à Rs 1,5 milliard en février dernier —, le statu quo aurait été fatal pour la STC. Le ministre Sik Yuen a d’ailleurs fait comprendre que sans le plafonnement légal de 10 %, l’augmentation réelle aurait dépassé les 18 %. Une mise au point qui ne suffit pas à rassurer les consommateurs ni à leur permettre de dormir sur leurs deux oreilles. De leur côté, les autorités font la sourde oreille aux demandes de baisse des taxes et des prélèvements sur le carburant. Pour le ministre Sik Yuen, la structure actuelle des prélèvements constitue un pilier indispensable de l’État-providence : supprimer ces contributions reviendrait à condamner le transport gratuit pour les étudiants et séniors ou à laisser s’envoler les prix du gaz ménager, de la farine et du riz ration.

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La réaction des consommateurs, des syndicats et de l’opposition est plutôt logique. Ce qui les bouleverse, c’est l’effet cumulatif de la fiscalité pétrolière, et particulièrement l’application d’une TVA de 15 % sur un prix de base déjà gonflé par les droits d’accise et diverses cotisations — un mécanisme de « taxe sur la taxe » perçu comme profondément injuste. À cela s’ajoute le fossé psychologique entre les promesses électorales d’une baisse des prix à la pompe et la réalité brutale du quotidien.

Il faut toutefois reconnaître que Maurice subit de plein fouet une conjoncture internationale dégradée. Le monde entier pâtit de la persistance de la guerre et des tensions entre les États-Unis et l’Iran.  Sur le plan local, ce choc extérieur est amplifié par la dépréciation continue de la roupie face à un dollar fort. Il montre aussi à quel point la géopolitique mondiale s’invite à nos portes : la valeur stratégique accrue de Diego Garcia dans ce conflit avec l’Iran n’est d’ailleurs pas étrangère aux réticences réitérées du président Trump sur le dossier des Chagos.

Dans ce paysage d’incertitude, la récente signature d’un accord gouvernement à gouvernement (G2G) avec l’Inde, scellé en présence du ministre indien du Pétrole, apporte une réponse cruciale. Cet accord offre une assurance-vie logistique en prémunissant Maurice contre tout risque de rupture de stock ou de pénurie sèche. En revanche, cet arrangement diplomatique ne constitue en rien un bouclier tarifaire : il garantit la présence physique du produit dans le pays, mais pas la modération de la facture à la pompe, avec toutes les conséquences inflationnistes que cela implique.

Faute de lisibilité sur l’évolution des conflits géopolitiques mondiaux, la seule marge de manœuvre durable de Maurice réside dans la réduction de sa dépendance aux énergies fossiles importées. Le recours accéléré au solaire et l’efficacité énergétique restent notre véritable planche de salut.

Alors que le gouvernement tente de préserver l’équilibre de ses finances publiques et la pérennité des aides sociales, la population subit de plein fouet la réalité de la vie chère. À court terme, l’État devra faire preuve d’agilité pour éviter une surchauffe sociale. À long terme, cette crise démontre que notre meilleure assurance contre la volatilité du pétrole reste l’accélération franche de notre transition énergétique.

Jean Marc Poché

 

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