Les femmes, les jeunes, les pêcheurs, les agriculteurs et les communautés côtières consultés pour définir les priorités de la délégation mauricienne
Après près de deux mois de consultations, Maurice finalise sa position nationale en vue de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie. Pour la première fois, le processus préparatoire a accordé une place importante aux voix du terrain, avec des consultations menées auprès des femmes, des jeunes, des pêcheurs, des communautés côtières et des agriculteurs. Le document final doit être soumis à l’approbation du Conseil des ministres vendredi prochain.
La voix des Mauriciens devrait résonner à Antalya. C’est en tout cas l’objectif affiché par le ministère de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, qui a placé la consultation au cœur de la préparation de la COP31. La délégation mauricienne sera conduite par le ministre Rajesh Bhagwan, qui défendra les priorités nationales lors des séances plénières et des négociations techniques. Elle réunira des représentants de plusieurs secteurs, dont le chef commissaire de Rodrigues, Franceau Grandcourt, de hauts cadres du ministère de l’Environnement, des représentants des ministères des Finances et des Affaires étrangères, ainsi qu’un représentant du ministère de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche. La jeunesse mauricienne sera également représentée.
La préparation de la COP31 a débuté le 13 août à Ébène avec le lancement officiel du processus de consultation avec les secteurs public et privé, le Comité sur le changement climatique, Rodrigues, Business Mauritius, les banques et la société civile. Mais le ministère a également voulu aller au-delà des consultations institutionnelles. Aussi, en septembre, ses équipes sont allées à la rencontre de plusieurs catégories directement exposées aux conséquences du changement climatique, soit les femmes à Flacq, les jeunes à Helvetia, les pêcheurs à Case-Noyale, les communautés côtières à Grand-Gaube, et les agriculteurs à Saint-Pierre.
« C’est la première fois que Maurice mène une consultation climatique de cette ampleur », affirme Rajesh Bhagwan. Et ce, avant de poursuivre : « Nous avons voulu entendre ceux directement impactés par le changement climatique et nous sommes allés à leur rencontre. La science nous dit ce qui arrive. Ces personnes nous ont dit ce que cela coûte humainement aux familles, c’est-à-dire des pertes et des préjudices bien réels. Et c’est leur voix que je porterai à la COP31. »
De ces consultations, il ressort ainsi que les femmes souhaitent davantage d’incitations pour l’installation de panneaux solaires et de réservoirs d’eau domestiques. Elles réclament également une meilleure promotion de la production alimentaire locale et davantage de campagnes de sensibilisation sur la prévention des risques de catastrophe.
Les jeunes, eux, mettent l’accent sur les solutions fondées sur la nature et sur la nécessité d’améliorer leur accès aux financements climatiques, notamment au Fonds vert pour le climat. Pour les pêcheurs, les priorités sont également précises : installation de dispositifs de concentration de poissons, création de davantage de cales pour sécuriser l’amarrage des embarcations et protection des habitations contre les marées de tempête. Ils se disent par ailleurs disposés à participer à la restauration des récifs coralliens.
Dans les communautés côtières, les préoccupations portent principalement sur la montée du niveau de la mer et la disponibilité de l’eau. La création de zones tampons et des mesures pour faire face à la pénurie d’eau figurent parmi les propositions formulées. Enfin, les agriculteurs demandent, eux, davantage de financements pour l’agroécologie, un accès au Fonds pour les pertes et préjudices, ainsi qu’un meilleur accès au marché du carbone.
Un appel lancé depuis le 23 août invitait le grand public à soumettre ses propositions avant le 16 septembre. Une dizaine de contributions écrites provenant du secteur privé, d’ONG et de particuliers ont été reçues. Elles portent notamment sur la sécurité alimentaire, la gestion des déchets, la transition énergétique, la sécurité hydrique, l’agriculture intelligente, la restauration des écosystèmes, la résilience et le financement climatique.
Parmi les principales demandes figurent un meilleur accès des petits États insulaires aux financements d’adaptation, la simplification des mécanismes de financement climatique, la protection de l’océan et le renforcement de la préparation aux catastrophes. Les contributeurs relèvent également la nécessité d’une « transition juste » qui associe les femmes, les jeunes, les agriculteurs et les pêcheurs. L’éducation climatique dès le primaire, l’approche « zéro déchet » et la reconnaissance de Rodrigues comme territoire pilote en matière de résilience figurent aussi parmi les propositions.
Une Conférence locale de la jeunesse, organisée les 5 et 6 septembre au Rajiv Gandhi Science Centre en présence de la ministre déléguée à l’Environnement, Karen Foo-Kune Bacha, a permis d’élaborer une déclaration nationale destinée à YOUNGO, la constituante officielle des enfants et des jeunes de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Maurice a parallèlement poursuivi sa préparation sur le plan international. La directrice du département du changement climatique du ministère de l’Environnement, Sarita Meeheelaul, et un ministre conseiller du ministère des Affaires étrangères ont participé à la réunion technique intersessions de Bonn, en Allemagne, du 8 au 18 juin. Le pays a également pris part aux Climate Weeks organisées en avril en Corée du Sud et en septembre en Azerbaïdjan.
La préparation de Maurice se poursuit cette semaine avec la participation du président de la République, Dharam Gokhool, à la pré-COP31 organisée aux Fidji du 5 au 8 octobre sous l’égide de la coprésidence australienne. À Antalya, Business Mauritius et une vingtaine de représentants du secteur privé devraient par ailleurs intervenir comme orateurs ou panélistes lors d’événements parallèles organisés aux pavillons de l’Océan de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’Organisation internationale de la Francophonie. Ces rencontres permettront notamment de mettre en avant des initiatives mauriciennes dans les domaines de la réhabilitation côtière, de la pêche, de l’agriculture et de la transition juste.
Signataire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques depuis 1992, Maurice participe chaque année aux négociations de la COP par l’intermédiaire de son ministère de l’Environnement, point focal national. Cette année, toutefois, le message que le pays entend porter à Antalya se veut largement nourri par les réalités locales.

