By Anjani Murdan
Le Clown d’Amarnath Hosany, co‑lauréat du Prix Jean Fanchette 2025 aux côtés de feu Nicolas Couronne pour Le regard de l’ancêtre esclave, vient de paraître aux Éditions de l’Océan Indien. Cette 15ᵉ édition du prix, créé en 1992 par Issa Asgarally, était présidée par Jean‑Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, avec la participation du Dr Sachita Samboo de l’Université de Maurice.
Auteur d’une trentaine de publications, A. Hosany puise ses thèmes dans la réalité mauricienne. Il s’est d’abord illustré par des récits jeunesse primés : Le Facteur (Prix du Livre Insulaire 2015), Les Papillons de Risha (Prix Saint‑Exupéry 2019) et La Ravanne de Daniella, sélectionné en 2021 par les Nations Unies pour le African Sustainable Goal Book Club et adapté au Caudan Arts Centre.
Avec Le Clown, Hosany confirme son éloignement de la littérature jeunesse, amorcé dès Le Jeu de cartes (2015). Ce court roman aborde le racisme qui s’insinue jusque dans les liens familiaux. La narratrice, une grand‑mère institutrice, qui avait épousé un homme blanc, subit le mépris de sa bru à la peau claire. Sa petite‑fille, née brune, est rejetée par sa propre mère et harcelée à l’école : un jour, elle est assaillie par ses camarades qui lui peignent de force le nez et les lèvres en rouge et l’appellent « le Clown ». Incapable de supporter cette violence, la grand‑mère s’enfuit avec l’enfant, laissant une lettre aux parents.
Elles quittent Rose Hill à l’aube pour Chamarel, la terre des sept couleurs. L’enfant y grandit protégée, mais le secret familial reste un fardeau pour la grand’mère. Bien plus tard, la nouvelle génération, par le pardon et l’intelligence, apportera la résolution.
Le récit, ancré dans le quotidien mauricien, garde une dimension philosophique : il montre comment le racisme, alimenté par la médisance, consolide la domination et condamne le mariage mixte, touchant particulièrement les femmes. L’opposition entre ville fermée et campagne ouverte est marquée : Chamarel incarne l’harmonie des couleurs, la solidarité rurale et les saveurs locales, comme le satini de coco grillé.
Roman bref mais percutant, Le Clown traite de sujets graves tout en offrant une issue heureuse : la jeunesse détient la clé pour dépasser les impasses sociétales.
