- Roland Fromet de Rosnay
L’auteur du recueil consacré à la famille Fromet, réalisé dans le cadre de la réunion familiale de 2026
Né à l’aube des années 1840, Louis Édouard Fromet de Rosnay voit le jour dans un monde rythmé par la brise marine et les champs de canne à sucre. Son histoire s’ancre profondément dans les paysages de l’île Maurice du XIXe siècle.
Voici la chronique de sa famille, tissée à travers les générations.
Les racines à Rivière-du-Rempart
L’histoire commence plus tôt au XIXe siècle, dans le district de Rivière-du-Rempart. C’est là qu’un jeune homme nommé Louis Félix Fromet de Rosnay, (né en France au Château de Gâtines dans l’Yonne) épouse Anne Lise Chenaux le 24 août 1837. Ensemble, le couple décide de se rapprocher de la capitale pour y fonder son foyer.
Une enfance à Port-Louis
Le 10 janvier 1841, la famille célèbre la naissance de Louis Édouard dans la ville portuaire de Port-Louis.
La maison d’enfance de Louis Édouard est animée et pleine de vie. Il grandit entouré d’une fratrie de cinq frères et sœurs avec qui il partage sa jeunesse : Louis Anacharsis, Louis Edgar, Louis Anselme, Louise Pauline Hermance, Louis Ambroise.
Une nouvelle lignée s’écrit
Les décennies passent, Louis Édouard devient un homme et croise le chemin de Joséphine Capdeville. Ils s’épousent en Ariège en France plus tard au cours du XIXe siècle, prêts à endosser à leur tour le rôle de père et mère.
Ensemble, Louis Édouard et Joséphine bâtissent un immense héritage familial en mettant au monde huit enfants. La maison résonne bientôt des prénoms de cette nouvelle génération de Mauriciens : Louis Émile, Louise Amélie Élise, Louis Joseph Raoul, Louise Adèle Augusta, Louis Clément Charles, Louise Joséphine Marthe, Louis Gustave Édouard, Louis Adrien Henri.
Louis Édouard Fromet de Rosnay est né le 10 janvier 1841 à l’île Maurice et décède à Mahatsara-Andévorante, Madagascar, en 1899. Il sera enterré au cimetière de l’Ouest à Port-Louis.
Dans le cadre de ses études, il a voyagé à l’étranger pour étudier le droit, se spécialisant dans les contrats, les successions et les lettres de change.
Louis Édouard était un avocat et auteur mauricien. Il est principalement connu pour sa thèse juridique intitulée : De Contrahenda Emptione, Des Successions, De la Lettre de Change.
Ses travaux juridiques
Sa thèse de licence est toujours conservée et disponible sous forme de reproduction historique via les archives de la littérature française comme Hachette BNF. Elle couvre trois domaines principaux du droit du XIXe siècle :
- De Contrahenda Emptione (La formation des contrats de vente en droit romain)
- Des Successions (Le droit des successions et des héritages)
- De la Lettre de Change (Le droit régissant les lettres de change dans le commerce)
Travaux littéraires
- « Anthologie Mauricienne » – Galerie Poétique de L’Ile de France 1803 – 1897, est un recueil choisi de poésie rédigé et compilé par notre arrière-arrière-grand-père Louis Édouard dans le but de préserver une part importante de la mémoire culturelle de l’île.
Publié en 1897 à Port-Louis par l’imprimerie de The Planters Gazette, ce recueil historique de 522 pages regroupe une sélection précieuse de la poésie créole et coloniale du XIXe siècle à l’île Maurice. Il constitue l’un des piliers fondateurs de la conservation du patrimoine littéraire mauricien d’expression française.
Dans cette œuvre, Louis Édouard nous fait revivre quelques grands moments du cercle littéraire La Table Ovale, qui réunissait les poètes créoles dont les œuvres ont été compilées dans l’anthologie.
- La Table Ovale – Poètes Créoles était une société épicurienne, littéraire et politique fondée au début du 19e siècle. À l’arrivée de M. de Caen à l’île Maurice, il existait déjà une société littéraire connue sous le nom des Kangourous, qui se réunissait à la Ménagerie (campagne André, à Grande-Rivière, un peu avant le Corps de Garde).
Composée de jeunes libertins, cette société ne tarda pas à disparaître. C’est alors que naquit La Table Ovale, cercle dont les membres affectaient de mépriser les choses sérieuses pour ne s’occuper exclusivement que de sujets spirituels et divertissants. Ses séances se tenaient habituellement le jeudi, à la résidence du docteur François Toussaint Josse (1762–1846), rue La Bourdonnais. Elles se terminaient le plus souvent par un long et copieux dîner, au cours duquel étaient chantées les poésies et les compositions des principaux membres de la société.
Voir plus loin quelques-uns des poèmes de Louis Édouard Fromet de Rosnay.
Les informations présentées dans cet article ont été recueillies à partir d’archives familiales, documents et témoignages disponibles au sein de la famille ainsi que de diverses sources consultées à ce jour. Toute information complémentaire sur Louis Édouard Fromet de Rosnay est la bienvenue.
LA TOMBE
La premier que je vis mourir
(J’étais trop jeune pour souffrir)
— On souffre à l’âge où l’on espère —
Je le pleurai… c’était mon père.
Le deuxième (je le revois)
C’était mon frère, cette fois ;
Je l’embrassai, calme et farouche,
Doute au cœur, blasphème à la bouche.
Mais le jour où Dieu me la prit
(La troisième fois, c’était elle…)
Elle, ma mère ! j’ai souri
Et j’ai dit : l’âme est immortelle !
Depuis elle, depuis ce temps,
Je n’ai plus ni pleurs, ni colère,
Et je ne souffre plus ; j’espère,
Et je ne doute plus : j’attends.
(Ed. Fromet de Rosnay,
Professeur-Licencié,
50 Rue de la Petite Montagne)
Planters Gazette du 17 mai 1897
…………..
À MADAME P. D’A.
Seigneur, puisqu’il est vrai qu’il existe un ciel,
Pourquoi n’as-tu rien fait qui n’ait pour nous de fiel ?
Quand ta prodigue main fit resplendir la rose,
Sur sa tige, pourquoi l’épine est-elle éclose ?
Pourquoi quand tu lâchas de timides agneaux
Dans la vallée en fleurs, créas-tu ces troupeaux
De loups, mourant de faim ? Près de l’oiseau
qui chante
Pourquoi le vautour rôde et sème l’épouvante ?…
Dans le berceau chéri l’enfant rêve et s’endort !
Pourquoi donc plaças-tu, si près de lui, la Mort ?
Votre enfant est parti, vous pleurez, pauvre dame
Oh ! je comprends votre douleur !
Si jeune et si charmant, le trésor de votre âme !…
C’est un terrible coup qui vous perce le cœur.
Il vaut mieux qu’il n’ait rien connu de cette vie
Qui pût souiller un jour, son cœur si doux, si pur ;
Qu’il soit heureux, Madame, en une autre patrie
Dans ce beau ciel d’azur !
Je ne vous dirai pas, moi, soyez consolée ;
Votre mal est si grand qu’on ne peut l’effacer ;
Mais de votre douleur soyez moins accablée,
Il vous reste quelqu’un que vous pouvez aimer.
D’autres enfants chéris, vous entourent Madame.
Puisez dans leur amour la force qu’il vous faut,
Et prions tous d’ici pour cet enfant d’en haut;
Prions tous pour son âme.
3 Février 1897 Ed. F. de R.
Planters Gazette, du 6 février 1897)…….
Une nécrologie d’Edouard Fromet de Rosnay
Une bien triste nouvelle s’est répandue en ville ce matin : celle de la mort de notre regretté ami, M. Édouard Fromet de Rosnay, qui a succombé à une double pneumonie après quelques jours de maladie.
- de Rosnay était un professeur remarquable et la plus grande partie de son existence a été consacrée à l’enseignement. Il a fait d’excellents sujets qui occupent, pour la plupart, une place distinguée au sein de la communauté. Ses anciens élèves lui étaient très attachés et sont restés ses amis.
Ecrivain correct, il a collaboré à plusieurs journaux de la colonie et quelques-unes de ses poésies ont été remarquées.
- de Rosnay était l’un des hommes les plus érudits de cette colonie, et sa conversation spirituelle et enjouée était recherchée de ses nombreux amis.
C’était un brave cœur, une nature aimante, un caractère sûr et droit.
Ceux qui ont su l’apprécier déplorent vivement ce fatal événement qui l’enlève à l’affection des siens.
L’Anthologie Mauricienne, compilée avec goût et intelligence par lui, est une œuvre qui restera et marquera dans les annales littéraires de la colonie.
À sa famille si cruellement éprouvée, nous offrons l’hommage de nos sincères et vives sympathies.
Source : coupure de journal
Rubrique Nécrologique -Avril 1899
(Pas d’information sur le journal de parution…)
Les parents, amis et connaissances des
Familles FROMET de ROSNAY, CAPDEVILLE,
LIONNET et SEIGNETTE sont priés d’assister
Au convoi et à l’enterrement de
- Édouard Fromet de ROSNAY
(Professeur)
Qui auront lieu aujourd’hui Vendredi,
7 Avril (1899)
Le convoi partira de la maison mortuaire,*
4, Rue de la Poudrière, pour se rendre à la
Cathédrale de Port Louis, où aura lieu la
cérémonie religieuse à dix heures et demie,
et de là au cimetière de l’Ouest.
De la part de sa veuve, de ses enfants, de
son gendre, M. Charles Lionnet, de sa soeur,
de son frère, de ses belles sœurs et beaux-
frères, neveux et nièces, et de toute sa
famille.
* La maison mortuaire étant la maison Ganachaud.

