Billet — Un mirage, un échec patent

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Le constat est implacable. L’accès sans restriction au précieux liquide reste un mirage, un échec patent, pour dire les choses crûment. Les politiques qui se sont succédé au cours des 25 dernières années auront beau se ranger derrière l’excuse du changement climatique ou des sécheresses pour apporter une part d’explication à ce marasme, mais personne n’est dupe. Il y a certes eu l’inauguration du barrage de Midlands, d’une superficie de 25 millions de m3, au coût de Rs 1,3 milliard, en mars 2003, ou celle du Bagatelle Dam, en 2017, et la mise en service de sa station de traitement en 2019, avec une capacité de traitement de 60 000 m³ par jour, mais ce dernier quart de siècle a surtout révélé au grand jour de graves erreurs stratégiques majeures illustrant une insondable faillite politique.

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La maintenance des infrastructures vétustes a été négligée, entraînant des pertes d’eau considérables. Le manque d’investissements dans de nouvelles sources d’approvisionnement, la mauvaise gestion des bassins versants et l’absence de culture de conservation ont aggravé la situation. La liste est longue comme un bras. Sous le poids du bétonnage à outrance, les régions situées dans des zones de fortes pluies sont aussi concernées puisque ces précipitations ne parviennent pas à suffisamment infiltrer le sol pour nourrir les nappes souterraines. Enfermés dans leur tour d’ivoire, ils n’ont eu de cesse d’entretenir l’illusion et mentir de manière éhontée, à l’instar de ceux qui sont prêts à toutes les indécences pour faire oublier leur bilan catastrophique dans la gestion de ce secteur durant leurs 10 années au pouvoir et qui ont quand même eu le culot de distribuer les mauvais points, cette semaine, en conférence de presse, s’exposant à un retour de manivelle sur la toile.

On pourrait citer les exemples à l’envie, entre les fausses promesses électorales du fameux « 24/7 », les soupçons de malversation entourant le projet In-House Pipe Replacement — sur fond de graves failles stratégiques, structurelles et de faits relevant de la corruption et de la dilapidation de fonds autour d’un chantier évalué à Rs 700 millions —, en passant par  le Rivière-des-Anguilles Dam, rangé dans le grand tiroir des projets fantôme, ou les Rs 74 millions (jetées par les fenêtres) qui ont été investies dans la construction défaillante du réservoir de Cluny, destiné à renforcer l’approvisionnement en eau de milliers de foyers.

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Les membres de l’Alliance du Changement se sont bien gardés, lors de la campagne électorale, de faire miroiter à la population la perspective d’un approvisionnement 24/7 en eau potable, histoire de ne pas se retrouver dans une situation d’extrême délicatesse, comme leurs prédécesseurs, face à un objectif qui relève de l’utopie, mais la démonstration de force, inédite par son envergure, signée cette semaine, dans certains quartiers des Plaines-Wilhems, a fini par servir de piqûres de rappel au ministre de tutelle, Patrick Assirvaden, qui sait pertinemment que les critiques virulentes émises à son endroit a sonné le glas du tout relatif état de grâce dont il bénéficiait encore, malgré le talent qui est le sien en termes de communication ainsi que sa capacité à mobiliser rapidement l’aide internationale.

Oui, le problème de l’approvisionnement en eau ne se réglera pas d’un coup de baguette magique, mais il lui sera désormais difficile de faire avaler la couleuvre aux citoyens qui ont pris l’habitude d’implorer la CWA d’ouvrir (un peu plus) les vannes et qui voient, parallèlement, d’un très mauvais œil le fait que des dizaines de milliards de roupies ont été injectées, ou le seront, dans des projets routiers. Pour répondre à ces défis, Patrick Assirvaden avait donné le ton durant les six premiers mois de son mandat en dévoilant un « Plan Marshall de l’eau » national — qu’il a ressorti de son chapeau, cette semaine, dans une tentative de désamorcer la polémique sur son « inaction » — structuré autour de six axes stratégiques : le développement des eaux souterraines, l’expansion des ressources en eau de surface, la réutilisation des eaux usées, le dessalement, l’utilisation de l’eau pour l’hydroélectricité et la construction de mini barrages.

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La maîtrise des fuites d’eau à travers le réseau de distribution est aussi un enjeu crucial pour le gouvernement. Le taux de non revenue water sur le réseau de distribution d’eau potable s’élève à plus de 60%. Un record d’Afrique dont on se serait bien passé quand on sait que pour garantir des résultats à grande échelle, Maurice n’a pas d’autres choix que de solliciter l’aide financière d’autres pays, d’institutions financières publiques et privés ou auprès d’agences de développements internationales, car c’est de la résolution financière que dépendra l’issue de la bataille de l’eau au cours des prochaines années.

Le ministre s’est, certes, félicité que Maurice ait obtenu une ligne de crédit d’environ Rs 2,9 milliards auprès du gouvernement de l’Inde pour remplacer 114 kilomètres de canalisations d’eau défectueuses dans 13 localités, de multiples zones d’ombre entourent les procédures liées à l’octroi de ce contrat. À cela s’ajoute l’énième retard dans la mise en œuvre du Rivière-des-Anguilles Dam dont il devient de plus compliqué de prendre pour argent comptant les sempiternelles promesses liées à ce projet. Patrick Assirvaden devra se livrer à un exercice d’équilibriste en cette fin d’année, avec d’un côté la colère de ceux vivant au rythme des coupures d’électricité et des délestages, et de l’autre, la crise de l’eau qui risque de tourner au vinaigre si le pays n’est pas arrosé à profusion durant les prochains jours. On saura très vite si l’homme sera à la hauteur des attentes concernant l’application de ses politiques.

ANDY SERVIABLE

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