Le chiffre est 57. Il n’est d’aucune rondeur qui impose une célébration faste. Ce n’est ni 60 ans ni 65 ans mais, pour ce qui reste du MMM, il fallait marquer le coup, question de montrer que ce grand parti, incontournable et, devenu au fil des années une référence en matière de bonne conduite publique, existe encore.
Il fallait d’autant plus se manifester que, depuis le départ du leader historique de ce parti, ce MMM-là ne semble pas beaucoup peser dans les décisions d’un gouvernement dominé par les rouges et qui devient de plus en plus cet État travailliste que l’on a connu dans les années 2005-2014 avec les conséquences dévastatrices que l’on sait et le coup de balai électoral qu’il a provoqué.
C’est donc jour de célébration aujourd’hui. Mais célébrer quoi ? Un statut de béni-oui-oui qui accepte des nominations scandaleuses comme celle de Somduth Soborun, obligé de prendre la porte de sortie après que son sombre passé, connu de certaines chancelleries et, évoqué en 2013 à l’Assemblée nationale, sous un gouvernement travailliste d’ailleurs, ait refait surface. Parce que, dans ce gouvernement composé du MMM, on nomme d’abord sans vérifier le passif des candidats !
Célébrer quoi ? Sa nouvelle vocation d’hématologue qui consiste à déterminer qui sont ceux qui ont « disan kolon » parce qu’un de ses dirigeants, qui semble avoir complètement perdu sa boussole, se trouve bien embarrassé depuis qu’une Bangladaise s’est enfuie de chez des parents de Reza Uteem sans donner signe de vie malgré les promesses de récompense, alors même qu’il est le ministre qui gère le dossier des travailleurs étrangers.
Par contre, il y a vraiment de quoi célébrer lorsque son chef agent Jenito Seedoo s’est transformé en consultant/agent recruteur et que sa famille s’est embarquée dans le business corollaire de gestion de « dormitory », le seul secteur qui connaît en ce moment un véritable développement dans le pays.
Célébrer quoi ? Le fait de répéter que l’on reste au gouvernement pour que « nou bann militan gagn zot bout ». Ce qui relève d’un réflexe pouvoiriste et d’une imposture morale. Parce que la vraie raison de la décision de rester au gouvernement tient d’un intérêt strictement personnel qui consiste à jouir des privilèges du pouvoir, savourer son accession inespérée à un maroquin, s’y accrocher désespérément et faire profiter ses proches. Pour les « militants » ou ceux qui s’en réclament alors qu’ils n’en ont aucun attribut, il n’y a, en fait, que des miettes.
Et là, comment ne pas remercier Aadil Ameer Meea d’avoir révélé que Joanna Bérenger avait affirmé, lors d’une réunion du bureau politique du MMM, que « nou pa dan gouvernma pou donn militan travay ». Ça, c’est une vraie parole de militant, parce que ceux qui se réclament du militantisme ne sont jamais des roder bout.
Ceux-là ne réclament ce qui leur est dû et selon leur mérite. Ils militent depuis 57 ans d’ailleurs pour que, quelque soit son appartenance politique, sociale ou religieuse, chaque Mauricien obtienne ce à quoi il a droit et selon ses compétences. On appelle çà la méritocratie et c’est un des principes fondateurs du MMM. En tout cas, ce n’est pas celui qui prétend fêter ses 57 ans aujourd’hui.
Célébrer quoi ? Ne rien dire des actes de corruption dénoncées chaque jour dans les médias et garder un silence complice devant les dérives de cette galaxie quasi-mafieuse qui a parasité le Prime Minister’s Office en espérant que l’on puisse en faire autant comme Ajay Gunness avec ses choix controversés à la Road Development Authority notamment, avec, à la présidence, son poulain Vinay Koonjul qui continue à participer ouvertement à des activités partisanes.
Et dire que, pas plus tard qu’hier, ces mêmes pseudo-militants pestaient contre la présence de Brenda Thanacoody-Soburrun, directrice du MES, sur une estrade du MSM ou celle de Rajanah Dhaliah, directeur de la STC, à une réunion du comité du MSM de Piton/Rivière du Rempart !
Célébrer quoi ? L’hypocrisie qui consiste, de manière très petite et mesquine, à partager les « gato Marie » — une pratique inacceptable au demeurant — entre conseillers municipaux, sauf à ceux qui ont choisi le FMP ? Ceux qui se sont rendus coupables de cette vile manœuvre ont, en plus, été les premiers à verser des larmes de crocodile suite au décès inattendu d’Ambal Mootoosamy, conseillère de la capitale qui a rejoint le FMP.
Et comme ces « militants » là ont développé une vraie mentalité de vautour, ils n’ont pas attendu que la famille de la défunte ait fait son deuil pour réclamer qu’elle soit remplacée par un des leurs. Avant de réaliser que, faute d’avoir désigné un leader ou dans l’incapacité de le faire, Paul Bérenger n’étant évidemment pas facile à remplacer, quoi qu’ils en disent, ils n’ont pu ni faire remplacer Ambal Mootoosamy ni faire révoquer ceux qui ne les ont pas suivis dans leur compromission.
Puisque l’on est sur le chapitre des administrations régionales, le MMM célèbre peut-être le statu quo qui paralyse les villes et les villages ! Ce parti qui avait révolutionné la gestion urbaine à partir des années 1970 trouve parfaitement normal que les prochaines villageoises se déroulent selon un système révolu, sans autonomie véritable et sans mobilisation de ressources propres par le biais de la taxe immobilière.
Ils ont pourtant été témoins et, pour certains, acteurs mêmes de cette autre révolution opérée en quelques mois seulement qui a permis que Rodrigues obtienne son autonomie administrative après l’arrivée du gouvernement MSM-MMM en 2000. Cela fera un quart de siècle l’année prochaine que notre île sœur et de cœur célébrera son statut autonome.
Célébrer quoi ? Le fait de n’avoir eu qu’un seul propos ou un seul nom à balancer en public dans leur campagne en vue du rassemblement de ce matin : Paul Bérenger. Ils ont choisi leur voie, qu’ils l’assument et qu’ils arrêtent leur baratin creux qui ne fait que susciter un déluge de récriminations sur leurs personnes.
Ce n’est pas les 57 ans du MMM qui sont célébrés aujourd’hui, ce sont, en fait, les fonts baptismaux d’une nouvelle formation qui se nomme Mouvement Momies Mauricien !
Josie Lebrasse

