What next ? Convoquer la Prevention of Terrorism Act pour faire peur alors que celui qui devrait, en vérité, être assujetti à cette loi d’exception n’est autre que le sergent qui a tiré sur Élodie Thomas et qui l’a grièvement blessée. S’il y a quelqu’un qui a littéralement terrorisé, c’est bien lui, Gawtam Singh Taukoor, et, pour cela, il n’y a qu’à demander au chauffeur du van qui ramenait la jeune maman à son domicile et à l’autre passager témoin ce qu’ils ont ressenti lors de cette macabre nuit du 9 octobre.
Et maintenant ? Trouver une parade facile et désigner des barons de la drogue comme instigateurs des troubles. Si c’était le cas, pourquoi aucune arrestation à ce jour, alors que les mineurs qui sont supposés avoir été payés pour commettre des délits sont sous garde policière et qu’ils peuvent balancer les noms des supposés commanditaires des voies de fait.
La séquence des « barons » a tout l’air d’être un scénario bien ficelé. C’est juste après un passage surprise de Bruneau Laurette et de Vimen Sabapathee, l’ancien garde du corps privé de Navin Ramgoolam au Prime Minister’s Office, que toute la théorie des « barons » a été mise en avant.
Mêmes éléments de langage pour le Premier ministre, Bruneau Laurette, invité de la MBC, et même pour le directeur de la NADC, Kunal Naik, dont l’organisation a réussi à pondre un rapport sans recommandation formelle pour ou contre la dépénalisation du gandia, alors même que sa mission est précisément d’aiguiller les politiques publiques en matière de drogue.
Que faire d’autre en situation de panique, modifier des lois pour ramener l’âge de la responsabilité pénale de 14 ans а 12 ans ? Sur l’âge de la responsabilité pénale, il est vraiment regrettable qu’une ministre de l’Égalité du Genre et du Bien-Être de la Famille ait adhéré à un projet d’examen de l’éventualité de traiter des enfants comme des criminels adultes.
Tout aussi condamnable qu’Arianne Navarre-Marie n’ait pas publiquement condamné la publication et le partage de photos de mineurs, ce qu’a fini par faire l’Ombudsperson for Children, tout en restant étrangement muette sur le projet de changer l’âge de responsabilité pénale, alors que sa responsabilité première est de défendre les enfants.
Et qui serait sous le coup de ce projet fou si ce n’est les enfants des quartiers défavorisés, ceux qui, historiquement, se sont toujours retrouvés devant des portes fermées ? C’est quoi l’objectif ? Enfermer des enfants et les transformer en criminels endurcis et les livrer encore plus aux mains de petits dealers locaux ? Beau projet qui n’augure rien de bon pour la paix sociale. Un Select Committee se chargera désormais d’étudier la possibilité de ramener à 12 ans la responsabilité pénale. Espérons qu’il n’y aura pas de perte de temps et que ce projet annoncé dans l’urgence soit vite rangé dans un tiroir.
Ce n’est pas avec ce genre de mesures circonstancielles que l’on réglera durablement un malaise qui s’exprime de manière radicale à la première étincelle. Cela a encore flambé parce que, pour un bon nombre de nos compatriotes, les séquelles de l’esclavage sont encore une plaie bien béante. Les quelques moments de reconnaissance et de répit n’auront été qu’une partie infime d’un récit douloureux qui n’a jamais eu de conclusion heureuse.
Pourquoi c’est presque toujours les Joseph Réginald Topize, Berger Agathe ou Élodie Thomas qui sont visées par les agents publics ? C’est une question que se posent bien des Mauriciens qui s’intéressent à l’histoire du pays et à son peuplement, et qui n’ont pas de visières sectaires.
Et lorsqu’il s’agit d’interpeller ceux qui s’enchaînent aux arbres pour protester légitimement contre le massacre de banians, pourquoi pick and choose pour la convocation au poste de police et appliquer les menottes pendant que les grands voleurs en col blanc déambulent partout mains ballantes et qu’ils sont mêmes autorisés à faire le tour du monde ?
Si la violence et le pillage ne sauraient, en aucun cas, être cautionnés, il ne serait pas non plus admissible que l’on repousse une nouvelle fois les vrais problèmes et leurs racines anciennes sous le tapis. Le malaise est là depuis longtemps sans être pris en compte de manière holistique et systématique. Et l’on s’étonne encore que la moindre rafale se transforme rapidement en ouragan dévastateur.
Il y a eu, en 2007, la Truth and Justice Commission, une étude qui a coûté Rs 57 millions. Pour rien. Un début de suivi et de mise en œuvre avait été initié avant de retrouver le tiroir. Le Land Restitution Committee institué sous le Prime Ministership de Paul Bérenger avait vite été enterré en 2005 et il faut qu’il y ait des grèves de la faim à la veille des échéances électorales pour que le dossier de la spoliation soit rouvert. Là aussi pour être vite refermé.
Le recrutement dans les services publics, çа c’est une véritable bombe à retardement. Il y a quelques mois, des listes circulaient sur les noms et adresses de ceux qui avaient été recrutés dans les collectivités locales. Un scandale, dans la mesure où la liste arrêtée au niveau de la Local Government Service Commission a été bidouillée pour accommoder activistes et agents de certains élus. Lorsque l’affaire a été portée au Parlement, le ministre Shakeel Mohamed a défendu le secret de cette liste infamante au motif que ce serait contrevenir aux dispositions de la Data Protection Act.
Pourquoi l’Equal Opportunities Commission ne s’intéresse-t-elle pas à cette liste ? Parce qu’elle perd trop de temps à accueillir des membres comme Somduth Soburrun, condamné pour abus aux États-Unis au lieu de veiller que, ne serait-ce que pour des emplois sans exigence de doctorat ou de grande qualification, l’égalité des chances est scrupuleusement respectée partout. Ce serait un premier pas vers la fin de ce qui existe depuis trop longtemps : une forme de racisme administratif, incarné par la police et les services de l’État vis-à-vis d’un certain type de personnes.
Et au risque d’apparaître un peu rabat-joie, il n’y a franchement pas de quoi s’extasier devant le traitement médical accordé à Élodie Thomas ou le travail, somme toute basique, de la police durant ces derniers jours.
Si les autorités avaient pu, avec raison, mobiliser les services publics pour tenter de sauver la jambe de Fateemah Dilmohamed blessée en novembre 2024 sur l’escalier roulant d’un centre commercial du nord, d’une entité privée donc, il n’y avait aucune raison de ne pas tout entreprendre pour ramener à la vie Élodie Thomas, une innocente victime de l’État, la balle lui ayant perforé la nuque ayant été tirée par un agent de l’État…
Josie Lebrasse

