Quel bazar ! Pourquoi cela devient de plus en plus foireux ? Ils avaient promis l’indépendance des conseils d’administration et des institutions. Ils avaient ensuite travesti cet engagement en nommant des proches dans la plupart d’entre eux, dont la State Trading Corporation. Ce gouvernement, qui est parti pour pulvériser tous les records, a déjà à son actif une vague inédite de nominations express, de révocations expéditives, de démissions forcées et de remplacements à la va-vite. Du jamais vu !
Le board de la STC a été débarqué, mais son président Takesh Lukoo est toujours conseiller aux Finances. Il est réputé incompétent à la STC et consacré performant au ministère stratégique que pilote le Premier ministre. Le conseil a été révoqué, mais le directeur, Suren Dayal, celui qui est censé veiller à l’exécution de ses directives, est maintenu en poste.
Il dispose évidemment d’une qualité supplémentaire, celle d’être un apparatchik de longue date qui, faute d’avoir bénéficié d’une investiture aux dernières élections générales, devait à tout prix être casé. Et quoi de mieux que la STC, même si sa formation professorale ne le destinait pas au… commerce de gros.
Selon ce qui se raconte dans les couloirs de la STC, certains des membres du board auraient jugé trop élevée l’augmentation des prix de l’essence et du diesel. Et, peu oublieux des thèmes de la dernière campagne électorale, certains auraient même suggéré des options qui soient moins lourdes pour le consommateur.
Le ministre explique, lui, que ses nominés ou les autres parachutés auraient ignoré ses injonctions visant à explorer les avenues d’importations de produits de consommation courante en vue de faire baisser leur prix sur le marché. Toujours est-il que, vu la séquence des événements, ce limogeage intervenant au moment du nouveau coup de massue pour les consommateurs, peu de Mauriciens penchent pour la version ministérielle.
Même si celle, tardive d’un membre dit « indépendant » de la STC Sattyudeo Tengur, est venue accréditer l’explication de Michael Sik Yuen. Son cas lui-même est intéressant, dans la mesure où, apparemment insatisfait, il n’a pas osé la plus petite dénonciation publique, alors qu’il se fendait de nombreux communiqués pour parler de tout et de rien. Le plus honorable aurait été de claquer la porte au moment où ses attentes n’étaient pas considérées. Mais comme c’est une pratique assez répandue d’être wise after the event, pourquoi faire exception à la règle ?
Avec un litre à Rs 77.70, le prix de l’essence bat un record absolu. Le diesel, carburant des entrepreneurs indépendants, atteint lui Rs 78.35. Ces prix sont, certes, tributaires des turbulences qu’enregistre le marché mondial, lui-même soumis aux turpitudes prolongées dans la région du Moyen et Proche Orient. Mais fallait-il tout passer au consommateur ?
On a depuis très longtemps parlé des taxes trop nombreuses qui alourdissent la facture que les usagers sont contraints de payer. Les membres de l’actuel gouvernement en avaient fait leur cheval de bataille lorsqu’ils étaient dans l’opposition. N’y avait-il pas à ce niveau un geste à faire pour alléger temporairement la facture des ménages ? Pain, gaz, électricité, essence, tout ce qui est lié à l’utilisation d’un véhicule, les prix flambent et cela fait définitivement beaucoup en deux ans.
On répètera que Moody’s nous a à l’oeil et que nous n’avons qu’à bien nous tenir pour ne pas tomber dans la catégorie des Junk States mais, en temps de guerre dans plusieurs régions de la planète, les injonctions des agences de notation, pour importantes qu’elles peuvent être, gardent-elles encore toute leur pertinence ? Ce sont là des questions à sérieusement se poser, même si cela ne veut pas dire renoncer à la discipline budgétaire et à l’équilibre des comptes publics.
Cette augmentation tombe au plus mauvais moment, celui où le contribuable est appelé à remplir sa fiche d’impôt. Elle intervient également à la période où les conglomérats et les grosses compagnies font le bilan de l’année financière 2025-26 et qu’ils alignent leurs milliards, toujours plus ronflants, avec une insolence qui est presque insultante pour le Mauricien lambda, obligé de jongler pour boucler sa fin de mois. Il est, par ailleurs, à parier qu’ils seront les premiers à passer la dernière hausse du carburant à leurs clients !
Et le plus inacceptable, c’est que les milliards engrangés par ces compagnies sont rarement ou très peu partagés avec ceux qui ont contribué depuis des années à assurer la prospérité de leurs entreprises. Un petit geste de reconnaissance en ces temps troublés pour tous, du plus petit employé au cadre, en passant par les retraités, n’aurait pas été de trop.
Certains y ont pensé, d’autres y songent, tandis que les plus indifférents préfèrent publier fièrement leurs bilans, les centaines de milliards de chiffres d’affaires et les dizaines de milliards de profits qu’ils réalisent, avec une déconcertante froideur. On espère juste que les directeurs, supposément indépendants, qui siègent sur les conseils d’administration de ces grosses compagnies se feront un devoir de rappeler leurs pairs à leur responsabilité sociale et même morale.
C’est aussi un peu le bazar dans la politique des voyages du régime. Le Premier ministre a zappé l’escale onusienne au motif que cela aurait coûté trop à la trésorerie publique. Mais il y avait un moyen de réduire les dépenses liées à ce déplacement en réduisant, par exemple, la taille de la délégation au strict minimum. L’ONU, ce n’est pas que le discours devant l’assemblée générale annuelle, c’est aussi les contacts précieux en marge de ce rendez-vous international, souvent très utiles pour faire avancer les dossiers, le face-à-face créant ce lien qui peut ouvrir des portes infranchissables.
Mais Navin Ramgoolam a, lui, choisi un déplacement personnel pour son bilan de santé annuel à Londres, ce qui est parfaitement son droit, surtout si c’est entièrement à ses frais. Il devra se contenter d’une rencontre avec le conseiller à la Sécurité du Premier ministre, Jonathan Powell, celui qui suit le dossier des Chagos. Un genre d’homologue à Ali Ismael du PMO. Vous trouvez ça réducteur ? Pour qu’il ait été nommé, faut croire que c’est un crack, non ?!

