Humeur — La question qui s’impose

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Est-ce que le ministre du Commerce aurait essayé d’utiliser, cette semaine, une des grandes règles de la communication politique : pour faire oublier une affaire qui dérange, en créer une autre ? C’est ce que l’on pourrait croire avec son coup médiatique consistant à révoquer les membres du conseil d’administration de la State Trading Corporation (STC) en direct, sur le plateau d’une radio privée, alors qu’on lui demandait des explications sur la pénurie de riz ration et des justifications sur la récente augmentation des prix des produits pétroliers. En général, les nominations (nombreuses) et les révocations (beaucoup plus rares) sont annoncées par un communiqué ministériel, voire présidentiel.

- Publicité -

Dans le cas qui nous occupe, l’annonce a été faite viva voce avant même que la lettre de révocation n’ait été écrite. Comme quoi le ministre du Commerce révoque plus vite que son ombre. Encore qu’il lui soit arrivé d’annuler la révocation de l’ex-président de la Tourism Authority, décidée par le ministre du Tourisme, qu’il remplaçait. Est-ce que le ministre du Commerce a annoncé la révocation du board de la STC pour essayer de détourner l’attention des vidéos gênantes que les internautes prennent un malin plaisir à ressortir, cette semaine ? Des vidéos montrant ceux qui étaient alors candidats de l’Alliance du Changement promettre qu’ils allaient, dès qu’ils auraient pris le pouvoir, faire baisser les prix – notamment ceux des produits pétroliers – pour permettre à la population victime des augmentations de prix injustifiés du gouvernement MSM et alliés, de respirer. De pouvoir enfin déserrer sa ceinture qui le faisait mal respirer.

Sur ce sujet, pratiquement tous les candidats de l’Alliance du Changement ont fait de la surenchère dans leurs promesses, en particulier Eshan Joomun et Patrick Assirvaden. Or, non seulement les promesses n’ont pas été tenues mais depuis l’arrivée au pouvoir de l’Alliance du Changement, les prix ne font qu’augmenter, tandis que le pouvoir d’achat continuer de baisser et que la ceinture des Mauriciens continue à se serrer au point d’avoir besoin de faire de nouveaux crans pour la faire tenir.

- Publicité -

En annonçant la révocation du board de la STC en direct live parce que ses instructions données depuis le début de l’année pour faire baisser les prix n’ont pas été suivies, le ministre du Commerce vient de s’offrir un joli certificat d’incompétence. Parce que la STC est un organisme gouvernement qui « operates under the aegis of the Ministry of Industry, Commerce and Consumer Protection ». Donc, en accusant le board de ne pas avoir fait son travail, c’est le ministre du Commerce qui reconnaît implicitement ne pas avoir fait le sien.

Son numéro de « pas moi sa, zot sa » et de ministre qui prend des mesures en révoquant à tour de bras, se heurte à une énorme contradiction avec le maintien en place du Directeur General de la STC, M. Suren Dayal. Comment le ministre du Commerce, qui ne rate pas une occasion de dire aux journalistes « zot napa konpran bizness » peut justifier le maintien en poste de celui qui est supposé traduire dans les faits les décisions du conseil d’administration ? Si le board a fauté, le DG ne peut pas être innocent. À moins que le maintien de M. Suren Dayal à son poste de DG ne soit justifié par des considérations de politique partisane qui n’ont rien a voir avec la Bonne Gouvernance. Celle pratiquée dans les pays démocratiques, pas celle en cours dans les républiques bananières.

- Advertisement -

En parlant de bonne gouvernance, les ténors du gouvernement, dont le ministre du Commerce, n’ont cessé de dire et de répéter, à longueur de conférence de presse et de réponses aux questions parlementaires, que la caisse de l’État a été complètement vidée par le gouvernement sortant. La situation économique déjà dans le rouge, disent-ils, est amplifiée par les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz et la conjoncture économique internationale, et le gouvernement fait de son mieux pour contenir la situation.

Le tout résumé par une phrase : « sitiasion ékonomik danbez, bonhom ! » Mais dans le même temps, cette semaine, alors que le porte-monnaie du Mauricien ne cesse de se vider, les grandes entreprises du privé – banques, hôtels et autres conglomérats – affichent de milliards de roupies de profits. Souvent, avant impôts. Des profits que l’on pourrait qualifier d’indécents par rapport à la situation économique du pays, décrite par le gouvernement. D’où cette question qui s’impose et qu’on est de plus en plus nombreux à se poser : est-ce que le secteur privé gère mieux ses affaires, en ces temps de crise, que ne le fait le gouvernement avec celles de l’État ?

Jean-Claude Antoine

EN CONTINU ↻