Humeur — Le gouvernement continue à « bat baté » !

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Le gouvernement Ramgoolam a une caractéristique : il prend du temps et ne consulte pas avant de prendre une décision qu’il essaye d’imposer. Quand l’opinion commence à manifester son opposition, il est obligé de faire machine arrière et fait ce qu’il fallait faire au préalable : consulter, trouver un consensus, avant de chercher à imposer. C’est exactement ce qui s’est passé avec la pension préparée par les experts et son mean test annulé quelques jours après avoir été présenté.

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C’est ce qui est arrivé, à quelques différences près, cette semaine encore. Depuis l’année dernière, on sait qu’avec le changement climatique, les pluies se font rares et que les réservoirs se vident. Au lieu de travailler sur un plan pour faire face à la situation, le ministre de l’Énergie et des Utilités publiques a fait ce que fait le gouvernement depuis qu’il est en place : accuser son prédécesseur d’être responsable de la situation. Les mois ont passé et, comme prévu, les pluies ne sont pas tombées, les réservoirs ont continué à se vider, et les coupures ont commencé.

Il a fallu que des Mauriciens, privés d’eau courante pendant plusieurs jours, descendent dans la rue avec seaux et cuvettes pour que, comme d’habitude, le gouvernement annonce des mesures qui auraient dû avoir été prises depuis des mois. Il a fallu que ses mandants commencent à manifester pour que le ministre de L’Énergie présente un plan que le gouvernement s’est empressé de ratifier. Toutes les familles mauriciennes qui n’ont pas de réservoir d’eau chez eux auront droit à deux réservoirs avec une pompe en supplément.

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Le ministre a annoncé comme un exploit la mesure qui aurait dû avoir été prise depuis des mois, ce qui aurait évité les dommages collatéraux à venir. En effet, à quoi sert d’offrir des réservoirs avec pompes, si la CWA n’est pas capable de fournir l’eau nécessaire pour les remplir ? Est-ce qu’avant d’annoncer sa mesure phare, le ministre de l’Énergie s’est inquiété de savoir si on avait les moyens à Maurice de trouver des réservoirs avec pompes électriques aux 175,000 familles qui y ont droit ? Qui vérifiera si tous ceux qui réclameront les réservoirs sont habilités à le faire ? Est-ce que la CWA – dont le directeur général semble plus habitué à comprendre les hidden agendas de certains élus – dispose du personnel requis pour faire les inspections techniques des maisons où seront installés les nouveaux réservoirs offerts par le gouvernement ?

Est-ce que la Banque de Développement dispose du personnel requis pour s’occuper de 175,000 demandeurs potentiels « à partir de lundi prochain », comme l’a annoncé fièrement le ministre ? Tout cela sent l’improvisation, la décision prise et annoncée sous la pression de la rue, parce que le dossier n’a pas l’objet d’une réflexion à la hauteur de la situation. Joanna Bérenger a raison : tout cela donne le sentiment que le gouvernement fonctionne « by trail and error », qu’il ne fait que « bat baté ! »

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Arrivons-en maintenant à la deuxième affaire de la semaine qui illustre la manière du gouvernement de vouloir imposer, avant d’être obligé, sous la pression, de faire marche arrière. Mercredi, à Rivière Noire, des ouvriers commencent à abattre des banians plus que centenaires pour les besoins d’un projet immobilier dont le nom est… Banyan Square ! Des habitants protestent, des militants écologiques alertent l’opinion, le propriétaire du terrain joue aux abonnés absents, et les ouvriers continuent leur travail. Le lendemain, Percy Yip Tong et trois autres militants écologistes s’échaînent à un banian pour empêcher les ouvriers de l’abattre. La police intervient et arrête seulement Percy Yip Tong sous l’accusation passe-partout de « rogue and vagabond ».

L’arrestation du militant ecologiste, connu pour ses actions en faveur de la préservation de l’environnement, notamment sur la plage de Tamarin, fait grand bruit à Maurice et sur les réseaux sociaux. Suffisamment pour réveiller le ministre de l’Environnement qui déclare que « chaque arbre abattu est un crime contre la nature », et fait sortir un stop order qui met fin à l’abattage de ce qui reste des banians. Dans son communiqué, le ministre de l’Environnement prend la peine de préciser que « ce dossier relève légalement du département des Bois et Forêts du ministère de l’Agro-Industrie, et non directement de mon ministère » et dit souhaiter désormais « une meilleure coordination entre les autorités lorsqu’un arbre doit être abattu, notamment dans le cadre de projets d’infrastructure. »

Voilà comment fonctionne le gouvernement dont visiblement, en ce qui concerne la coordination entre ministères, non seulement « la main gauche ignore ce que fait la main droite », mais parfois certains piétinent le terrains des autres. De toutes les manières, il semble bien qu’en ce qui concerne les arbres, le ministère de l’Agro-Industrie est plus enclin à octroyer des permis d’abattage qu’à autoriser une campagne de reboisement. Babita Thanoo, la deputée Rezistans ek Alternativ, peut en témoigner.

Jean-Claude Antoine

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