Pris sur le vif : Conséquences

Ajouter en tant que source préférée sur Google

— Vous n’avez rien eu pendant les désordres, j’espère ?

- Publicité -

— Non. De toutes les manières, là où on est, il n’y a rien à casser, à brûler ou à voler. Et toi ?

— Nous aussi, on n’a rien eu, mais on a entendu de loin des motocyclettes, des gens courir, crier, c’est tout. Mais franchement, pour te dire, on n’était pas rassurés.

- Publicité -

— Au départ, j’étais full d’accord, à deux cents pour cent avec eux. Et il n’y avait pas que moi.

— Avec qui tu étais d’accord comme ça ?

- Advertisement -

— Avec ceux qui ont commencé le mouvement, les manifestants de l’eau. Ces personnes qui sont descendues dans la rue avec leurs cuvettes et leurs seaux vides depuis plusieurs jours pour manifester leur colère.

— Tu veux dire les manifestants qui habitent la circonscription du ministre délo.

— Oui, toi, ils ont dit tout haut ce que beaucoup de Mauriciens n’arrêtent pas de demander : larg dilo !

— Mais toi, il faut faire la part des choses : les réservoirs sont en train de se vider et la pluie n’est pas tombée depuis des semaines.

— Mais en même temps, tu apprends que dans certains endroits, l’eau coule, tandis que dans d’autres, les robinets sont à sec !

— C’est vrai que tu as l’impression que dans certains endroits, les robinets coulent plus que dans d’autres.

— C’est à cause de ça même que les habitants du numéro 15 sont descendus dans la rue. Et ils ont eu raison.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Parce qu’ils ont eu beau téléphoner à la CWA, faire des complaintes, sans résultat. Kuma dir dilo lor brez song. Mais dès qu’ils sont descendus dans la rue, que la presse et les réseaux sociaux ont parlé de ça, tout a changé.

— Qu’est-ce qui a changé comme ça ?

— Comme par miracle, la CWA a envoyé des camions-citernes dans ces quartiers pour calmer les manifestants. Ça veut dire que pour avoir de l’eau dans ton robinet, il faut descendre dans la rue.

— Si tout le monde fait ça, le pays sera en bas là-haut, toi.

— Mais le pays est déjà en bas là-haut avec ton gouvernement, qui fait le contraire de ce qu’il avait promis. Il avait dit qu’il allait faire baisser les prix, qui ne font qu’augmenter…

— … Tu sais très bien que la situation économique internationale et la guerre dans le Golfe…

— … La guerre du Golfe a commencé cette année, mais les prix à Maurice ont augmenté depuis l’année dernière. Et je ne te parle même pas de la pension de vieillesse ! Et tu veux que les Mauriciens ne soient pas en colère et ne descendent pas dans la rue ?

— Mais tu as vu où ça mène, les manifestations dans la rue : à l’émeute et au couvre-feu !

— Tu sais pourquoi on est arrivé à cette situation ?

— Dis-moi un coup.

— Parce que ton gouvernement a joué au sourd et à l’aveugle. Depuis longtemps, il sait que les Mauriciens sont en colère, mais il n’a rien fait, en se disant que la colère allait passer, et il a continué à faire comme avant.

— Mais qu’est-ce qu’il pouvait faire, toi ?

— Au niveau de l’eau, il aurait pu prendre, depuis des mois, les mesures qu’il a été obligé de prendre après les manifestations du numéro 15. Comme on disait autrefois : après la mort, la tisane. Le programme de deux tanks d’eau, qu’on ne sait pas comment remplir, n’a pas éteint la colère, au contraire.

— Tu vois le résultat des manifestations : le désordre, la violence.

— Parce que les manifestations ont été récupérées par des voyous, des vandales et des casseurs qui ont profité de l’occasion. C’est à cause de ça même que je te dis que je ne suis plus d’accord avec les émeutes. Comme ma maman, d’ailleurs.

— Qu’est-ce que ta maman vient faire dans cette affaire de manifestations ?

— Elle est dans cette affaire comme tous les Mauriciens qui ne sont pas d’accord avec le gouvernement et sa manière de faire. C’est pourquoi, comme moi, au départ, elle soutenait les manifestants. Mais quand ça a dégénéré, quand c’est devenu des émeutes, elle a dit non. Surtout avec l’affaire du métro.

— Le métro ? Pourquoi le métro ?

— Parce que le métro occupe aujourd’hui une part importante dans la vie des Mauriciens.

— Sûrement pas ceux qui ont à changer deux fois de bus pour arriver à la station de métro !

— Tu as raison : tous les Mauriciens ne peuvent pas prendre le métro, mais il y en a des milliers qui l’utilisent tous les jours. Ils sont contre ceux qui ont saboté les lignes en les privant du métro.

— Mais comment ta maman a été affectée par la fermeture du métro ?

— Tu sais ce qu’elle m’a dit : « Je déteste ces gens qui m’ont fait retourner en arrière. »

— Qu’est-ce qu’elle veut dire par ça ?

— Avant, elle se déplaçait en bus pour aller à son église, à son club, faire ses commissions, son bazar. Maintenant, elle fait tout ça en métro. Alors, après le sabotage, elle a dû reprendre le bus pour faire ses affaires. C’est ce qu’elle appelle retourner en arrière, et ça, elle ne le pardonne pas à ceux qui ont endommagé « son métro ».

— Comme ça, elle est en colère contre eux ?

— Rien que pour cette histoire de métro, elle qui est contre l’Alliance du Changement est capable de virer mam et d’aller voter pour Ramgoolam aux prochaines élections ! C’est une des conséquences des émeutes.

JCA

EN CONTINU ↻