JOSHILA DHABY : Alerte à la bombe !

Dans quelques semaines, Joshila Dhaby se rendra à Copenhague avec ses bombes dans le cadre du Meeting of Styles. Cette manifestation est un des plus grands festivals de graffitis du monde. Street artist dont la création habille la capsule temporelle de Moris Dime, Joshila Dhaby est une autodidacte de 36 ans qui brille de mille couleurs.
Onze heures, l’heure convenue pour rencontrer la jeune femme au café avant que les clients habituels déboulent pour déjeuner. “À l’approche de la célébration de l’indépendance des États-Unis, le 4 juillet, je suis débordée”, dit l’assistante du protocole à l’ambassade US de Maurice. Elle nous raconte avec enthousiasme son penchant pour l’art, en saupoudrant sa conversation de mots d’anglais. “J’ai commencé par l’aquarelle. J’ai voulu par la suite expérimenter autre chose, comme laquer des surfaces plus grandes.” Elle voulait que ses œuvres soient accessibles au public et s’est ainsi tournée vers le street art.

Choix personnel.
Elle a peint des murs et des feuilles métalliques. “C’est un moyen d’exprimer mes idées. Tout le monde n’est pas obligé d’aimer l’art. C’est un choix personnel. J’ai beaucoup d’idées en tête. Je veux juste créer des choses”, confie celle qui a tout appris en regardant les autres peindre.
Le street art est un art contemporain qui fait appel à plusieurs techniques, telles que le graffiti et le pochoir. Elle se sert d’une bande et grâce à un processus de masquage, avec des pochoirs et des couches, elle crée des peintures riches mettant en relief des champs de couleurs audacieux. Le thème itératif de ses œuvres est le développement durable. “Il y a toujours un message derrière mes dessins.”
“Depuis que j’ai commencé à peindre, je ne me suis jamais arrêtée. Au collège, je faisais du dessin et j’étais toujours la première de la classe. J’ai pris l’art comme matière principale pour le HSC, mais je n’ai pas poursuivi d’études tertiaires dans le domaine”, confie l’ancienne élève du collège Maurice Curé. Mais elle n’a jamais vraiment laissé mourir son don pour la peinture. “Mon travail me permet de pratiquer mon art en parallèle.”

Meeting of Styles.
Joshila Dhaby a été nominée à l’Atelier Art Contest par Barclays et sa peinture Zanfan Nu Cite a été sélectionnée pour le concours Art needs you à Johannesburg. Elle a également participé à l’exposition de la Journée mondiale de l’art en 2016, organisée par Action pour la Créativité Artistique et la National Art Gallery. Elle a reçu le deuxième prix pour le concours d’art 2016 de la CCIFM (Chambre de Commerce et d’Industrie France-Maurice). Pour couronner le tout, sa création The close loop a été choisie pour être réalisée sur la capsule temporelle du Moris Dime.
L’artiste mettra le cap bientôt à Copenhague pour participer au Meeting of Styles, un des plus grands festivals de graffitis. “On cherchait des artistes pour le Meeting of Styles et je me suis inscrite. Je suis infiniment contente d’avoir été choisie car la sélection est rigoureuse. Ce sera un pur moment de partage.”
Remuant son jus d’ananas avec une paille comme un artiste manie un pinceau, elle confie qu’elle aurait aimé vivre uniquement de l’art. “C’est mon rêve le plus cher de passer mes journées à créer”, affirme celle qui puise ses idées de ses expériences vécues.


Absence de soutien
À Maurice, la réalité des artistes est loin d’être rose. “Nous manquons cruellement de matériel de qualité. Il n’y a que deux ou trois boutiques de fourniture d’art et le matériel coûte cher”, dit cette fan de Natalia Rack, une street artist dont elle partage l’univers graphique.
Pour son déplacement à Copenhague, elle se plaint de ne pas avoir reçu suffisamment de soutien des institutions. “Je me suis adressée au ministère et on m’a dit d’attendre fin juillet pour avoir une somme d’argent pour le billet d’avion, alors que je pars au début de mois.”
Autre anecdote : dans le quartier où elle habite, elle a eu la permission de l’État pour peindre le mur de l’école du gouvernement. “J’ai envoyé une lettre pour présenter mon projet. L’État a accepté mais ne donne aucun soutien financier.”