Dans le sillage de la Journée du Livre, qui a été célébrée le 23 avril dernier, nous avons voulu sonder l’opinion d’un auteur mauricien sur la relation entre nos compatriotes et les livres. Auteur de romans, de recueils de poésie et d’aphorismes, Umar Timol, qui exerce par ailleurs comme enseignant de français, est d’avis qu’« à Maurice, la lecture est surtout académique et utilitaire ». Il constate en outre « chez les jeunes, une certaine indifférence à l’égard des livres ». Pour les y inciter davantage, « il faut une volonté de l’État. Il faut des structures, des espaces pour les livres », estime-t-il. Pour l’auteur de La Parole Testament (l’Harmattan), pour qui la lecture est « une explosion d’émotions tant esthétiques qu’intellectuelles », « si les jeunes ne lisent pas, peut-être ne savent-ils pas que la lecture est essentiellement amusante. Il faut leur donner l’occasion de trouver leur  “livre-âme” ».
« En tant qu’enseignant, je réalise que les élèves n’ont pas les outils voulus pour comprendre les textes. Prenez par exemple l’éditorial d’un journal, combien de Mauriciens peuvent le lire ? Nous avons des écrivains emblématiques comme Ananda Devi qui écrivent des textes assez denses. Mais, quel est le pourcentage de Mauriciens qui peuvent lire et comprendre ces textes ? » dit d’emblée Umar Timol. Le constat qu’il brosse est plutôt pessimiste. « Il y a une certaine indifférence chez les jeunes à l’égard de la lecture et qui s’explique, je pense, par le fait que nous soyons dans une société qui ne valorise pas le livre. Il y a toujours ce stéréotype à Maurice selon lequel “kan to lir enn gro liv, to vinn fou”. C’est d’autant plus vrai quand la lecture n’est pas utilitaire. Elle est alors considérée comme quelque chose de vain ».
L’impression que le poète mauricien dit avoir, c’est que « la lecture, à Maurice, est surtout académique et utilitaire. Nombreux sont ceux qui lisent des textes ayant essentiellement un rapport avec leur travail. La lecture est donc ici perçue comme un moyen de réussir alors qu’il me semble que la lecture doit avant tout être un plaisir et un enrichissement intellectuel ». Notre interlocuteur parle de « malentendu » sur la fonction de la lecture qu’il attribue au lien qu’entretiennent les Mauriciens avec la culture. « Sans caricaturer, je pense quand même que nous sommes une société de l’utilitaire. J’écris depuis dix ans et j’ai l’impression que cet acte est toujours perçu comme un passe-temps et pas tout à fait quelque chose de sérieux contrairement à un travail ». Le problème, pour Umar Timol, a aussi trait au sens que les Mauriciens donnent à leur existence. « Il y a, à Maurice, une sorte de modernité axée sur la compétition et l’argent, sur le gain matériel, le désir de paraître… D’autre part, on a une pseudo-religiosité, qui est extrêmement ritualisée mais souvent dénuée de spiritualité. Il me semble que ce sont deux axes omniprésents dans la société mauricienne. Et, que l’espace artistique est un espace différent, soit un lieu d’interrogation, de la quête, de la recherche où l’on ne nous donne pas des réponses simplistes. Au fond, c’est l’espace de la subversion si on veut. Donc, l’espace artistique émerge d’un autre lieu. Je pense que les Mauriciens ont peu de considération pour les artistes parce que ces derniers ne sont pas dans une logique commerciale, matérialiste ni dans une logique d’obéissance sans réflexion… »