« Anti » patriotique ?

Le Comité olympique mauricien (COM) a appliqué la « guillotine » en brisant, de manière unilatérale, la carrière d’un sportif de haut niveau ! En effet, le meilleur nageur que Maurice ait connu, Bradley Vincent, a été suspendu pour trois ans de toutes les activités tombant sous l’égide du COM. Dans ce contexte, il lui est inutile d’envisager une participation aux prochains Jeux olympiques de 2024 à Paris ! Cela, en raison du “seriousness of the said charges” qui lui est reproché par un comité disciplinaire mis en place par ce même COM !
D’abord, pour ne s’être pas présenté à la cérémonie symbolique de lever du drapeau du 27 juillet aux Jeux du Commonwealth à Birmingham et pour laquelle Grégory Anodin, Tessa Ip Hen Cheung et Alicia Kok Shun ont, eux, écopé d’un “severe warning”. Il est aussi reproché à Bradley Vincent son « comportement » vis-à-vis d’un membre du COM, nommément Aline Li, qui plus est, représentante de la Fédération mauricienne de natation (FMN) à ces mêmes Jeux !
Déjà, l’ampleur de la sanction est fortement à déplorer et ne fait d’ailleurs guère l’unanimité. La suspension étant même exagérée compte tenu du fait qu’un athlète trouvé coupable de dopage est, lui, suspendu pour deux ans seulement ! Dans ce contexte, la démarche du COM ne devient-elle pas hautement questionnable pour ne pas dire contestable ?
Si insulte il y a eu, comme veulent le faire accroire certains, vaut-elle une sanction aussi sévère que cela ? Au point même d’appliquer des clauses du code de conduite. Alors que ce même COM avait pourtant, lui, outrepassé indignement et de façon très peu sportive certaines clauses de la Charte olympique dans le passé.
La faute qu’on reproche à Bradley Vincent est-elle aussi grave que celle de marcher sur ce qui est considéré, dans le milieu sportif, comme la bible même de l’olympisme ? Qu’a-t-il bien pu dire à Aline Li dans le bus menant les athlètes à la cérémonie de clôture des Jeux du Commonwealth au point d’être devenu à ce point indésirable ? Alors même que le nageur se défend, lui, de l’avoir insulté tout en précisant que ceux présents au moment des faits peuvent confirmer ses propos.
Ce qui est aussi sûr, en analysant la situation de plus près, c’est que Bradley Vincent ne semble pas avoir bénéficié d’un “fair trial” dans cette affaire. On pourrait même dire qu’il a été, dès le départ, cloué au pilori. Cela, comme en témoignent les termes utilisés par le COM notamment “both charges” ou encore “seriousness of the said charges” !
Est-ce ainsi à dire que son absence à la cérémonie de lever du drapeau a été traité différemment contrairement à celle des trois autres nageurs ? N’est-ce pas là un cas flagrant et révoltant d’une politique deux poids, deux mesures ? Pire, le retour de Bradley Vincent ne se fera pas sans condition dans trois ans ! En effet, il aura à faire une demande en écrit et qui sera ensuite considérée à la discrétion du COM !
N’est-ce pas là porter le coup de grâce après avoir pourtant malmené un multiple médaillé d’or de la République de Maurice ? Qu’en pense le ministre des Sports, Stephan Toussaint de cette suspension ? Au même titre que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, lui qui avait encensé les médaillés des Jeux des Iles de 2019, dont Bradley Vincent, lors d’une cérémonie offerte en leur honneur à la Clarisse House ?
Aussi, venir évoquer « l’attitude antipatriotique de l’équipe de natation » dans son bilan post-Commonwealth et somme toute déplacée de la part du COM à l’égard de Bradley Vincent. Lui qui, rappelons-le, a été jusqu’ici exemplaire en natation et qui a, de plus, sué pour porter dignement les couleurs mauriciennes à diverses compétitions de haut niveau en remportant des médailles aux Jeux des Iles de l’océan Indien, aux Championnats d’Afrique de 2015 et en disputant deux finales à la Coupe du monde de 2018 !
La question qu’il faut désormais se poser est de savoir pourquoi autant d’acharnement à son égard ? Si ce n’est d’avoir raté une cérémonie symbolique tout en ayant pris la peine de s’expliquer et de s’excuser surtout dans une correspondance au COM pendant les Jeux ! Et qui maintient avoir uniquement interpellé Aline Li sur les 100 livres sterling qui revenaient de droit aux nageurs !
Ce qui est certain, c’est que la façon dont le COM a traité cette affaire est troublant. Lui qui refuse d’abord de donner les 500 livres destinés aux quatre nageurs et à l’entraîneur Steve Haupt en dépit du fait que le gouvernement y a contribué à hauteur de 40% ! Ce même COM qui devient ensuite, comme nous l’avions déjà déploré, juge et partie, en nommant un comité disciplinaire pour statuer sur un échange impliquant un athlète et…un de ses propres membres !
Certes, on tentera d’évoquer l’indépendance de ce comité, mais toujours est-il que c’est à la FMN que revenait légitimement la responsabilité de régler ce problème. Un peu comme l’avait fait l’Association mauricienne d’athlétisme au retour des Jeux du Commonwealth de 2018 où un entraîneur avait été du reste suspendu pour cause de mauvaise conduite.
Malheureusement, en décidant d’agir à la place de la FMN, le COM est venu confirmer, si besoin est, sa mainmise sur certaines fédérations. Au cas contraire, la FMN aurait dû logiquement revendiquer ce dossier et, du coup, affirmer sa légitimité et son indépendance. Ce qui n’a pas été fait compte tenu du silence qui continue à y prévaloir !
Dans l’attente de ce que décidera Bradley Vincent, il est désormais important de savoir comment réagira la Commission des athlètes, 20 mois après son élection. Cette même commission restée depuis inactive, sans direction
depuis la récente démission de la judokate Christiane Legentil, mais surtout loin d’être autonome et ce, pour des raisons pourtant évidentes !

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