« Pa tous nou drwa ! » tel est le message des syndicalistes descendus dans les rues de la capitale hier pour dire « Stop à la répression syndicale ».
Cette manifestation a été organisée à l’initiative du front commun des syndicats, constitué en soutien à la présidente de l’Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA), Yogita Baboo, limogée par la compagnie d’aviation nationale pour avoir défendu les droits des employés de la compagnie aérienne nationale. Un licenciement décrit comme « la goutte qui a fait déborder le vase ».
Les syndicats appellent à une prise de conscience non seulement du patronat, pour faire respecter les droits des travailleurs, mais aussi des autorités, afin que les lois qui protègent les employés et les syndicalistes soient respectées. Outre la réintégration de l’hôtesse de l’air d’Air Mauritius, un appel particulier a été lancé au ministre du Travail, Soodesh Callichurn, pour un renforcement de la loi en vue de faire respecter les lois du travail et les conventions internationales signées par Maurice.
Ainsi, à la mi-journée hier, quelques centaines de personnes, dont des syndicalistes de différents secteurs et fédérations – allant du service civil aux employés d’Air Mauritius, en passant par la pêche et le transport, entre autres –, des membres de la société civile ainsi que de simples citoyens, sont descendues dans les rues de la capitale pour manifester contre la répression syndicale, avec en toile de fond le limogeage sauvage par Air Mauritius de Yogita Baboo.
« Drwa travayer se drwa imin ! Pa tous nou drwa ! » ont scandé les participants lors de la marche, qui a démarré au Centre social Marie Reine de la Paix, pour prendre fin devant le Jardin de la compagnie. Premier arrêt symbolique : la Victoria House, le quartier général du ministère du Travail.
Les manifestants ont souligné l’importance que les lois soient amendées afin que les syndicalistes soient protégés. « Pa kapav kan sindikalis pe koze lor non travayer, zot sibir represion ek met zot deor, parski minister Travay ki sipoze protez bann travayer pena power pou fer aplik lalwa », déclare le négociateur Radhakrishna Sadien. Outre les lois qui protègent les employés, Maurice est signataire de nombreuses conventions qui protègent les travailleurs, mais aussi qui protègent les droits humains, a-t-il rappelé.
« Pa kapav aksepte »
S’attardant sur le cas de Yogita Baboo, Radhakrishna Sadien s’est appesanti sur le non–sens de l’interdiction au travail à une quinzaine d’employés d’Air Mauritius qui ne sont pas vaccinés contre le Covid-19. « Minister Lasante osi ena so responsabilite », a-t-il fait ressortir. « Pa kapav aksepte se ki’nn ariv Yogita, parski dimin, li pou kapav ariv enn lot parmi nou. Ki nou le ? Ki travayer perdi so drwa ? » demande-t-il en indiquant que l’objectif de la marche de protestation est « d’envoyer des signaux clairs à l’effet que travailleurs et syndicalistes ne resteront pas silencieux face à toute violation de leurs droits fondamentaux. »
Il affirme que « nous allons lutter pour que le patronat ne puisse pas convoquer un employé devant un comité disciplinaire bidon et le limoger pour avoir fait des déclarations en tant que syndicaliste .»
C’est devant le Paille-en-Queue Court, siège d’Air Mauritius, où la marche a fait halte aux alentours de midi, que la présidente de l’AMCCA a pris la parole. Un arrêt symbolique visant à attirer davantage l’attention du management de la compagnie aérienne nationale.
La syndicaliste, qui était accompagnée de sa fille, a rappelé que c’est une lutte qu’elle mène depuis 2020 et qu’il ne s’agit pas d’une lutte personnelle, mais au nom de tous les membres de l’AMCCA. Ces derniers étaient par ailleurs nombreux hier à la marche, brandissant des pancartes demandant : « Payanke, kot mo’nn fote ? »
La présidente de l’AMCCA maintient qu’elle n’a jamais commis de faute en tant qu’employée et qu’en la limogeant, Air Mauritius a arraché le gagne-pain d’une mère de famille élevant seule son enfant. « Aujourd’hui, ce combat est pour le respect des droits de tous les travailleurs. Tout le monde se sent concerné face à l’abus, face à l’injustice. (…) Car si MK vole au-dessus des nuages, il ne faut pas croire que la compagnie est au-dessus des lois », s’insurge-t-elle.
Par ailleurs, s’il est question de sa réintégration, il est « plus important encore que les lois soient amendées pour qu’il n’y ait pas d’autres abus » et que le patronat ne licencie plus à tour de bras. Citant le cas du président de l’AMLEU, Sharvin Sunassee, limogé par Airports of Mauritius Ltd (AML), en dépit de plusieurs ordres de la Cour.
« Il n’est pas question de répéter les erreurs du passé », indique-t-elle, tout en souhaitant que l’enquête initiée par le ministère du Travail « soit bouclée au plus vite » et que le cas soit pris devant l’Employment Relations Tribunal (ERT) dans les plus brefs délais ».
Et si la cour vient avec un verdict, « il est important que les syndicalistes soient totalement protégés ». « Si minister reg mo problem, li bizin resoud osi problem 350 dimounn, car Yogita Baboo, ce n’est pas Yogita Baboo seule. Yogita Baboo, c’est l’AMCCA. C’est la voix de 350 membres de l’AMCCA », poursuit la principale concernée.
Radhakrishna Sadien a fait ressortir qu’avec le cas de Yogita Baboo, « il ne faut pas seulement voir l’arbre, mais la forêt », avant de poursuivre que cette lutte est pour l’ensemble des travailleurs de Maurice.
D’autres intervenants, dont le président d’honneur de l’ONG Dis–Moi, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel et ancien Directeur des Poursuites publiques, ont aussi souligné l’importance de mettre fin à la répression syndicale, et surtout contre les femmes. Des jeunes, qui se sont exprimés, ont mis en exergue les difficultés à faire le travail de syndicaliste aujourd’hui. « Et si les lois ne nous protègent pas, qui s’intéressera à venir défendre les travailleurs ? Qui sont ceux qui prendront le relais ? » s’interrogent-ils.
Étaient également présents à la marche des députés et membres de l’opposition, notamment Karen Foo Kune-Bacha, Joanna Bérenger, Reza Uteem et Arianne Navarre Marie, du MMM, des représentants du PMSD, dont Mamade Khodabaccus, ainsi que d’autres du PTr, à l’instar d’Arvin Boolell, Fabrice David et Mahen Gungaparsad, Stéphanie Anquetil, Farhad Aumeer et Eshan Juman. En plus de représentants de Linion Pep Morisien, de l’organisation Fam Ape Zwenn et de l’association No Vax.

