Santé – Link to Life : « Oser la vie » face à tous les types de cancers

La célébration des 20 ans de Link to Life a été axée sur son nouveau logo, un mélange de rose et de lavande. À travers ce Rebranding tous azimuts, Link to Life veut démontrer qu’elle s’associe à tous types de cancers, et non uniquement au cancer du sein. Hommes, femmes et enfants étant tous concernés par la maladie, l’ONG veut en effet être la référence dans l’accompagnement des personnes atteintes de cancer à Maurice et Rodrigues, tout en contribuant à augmenter significativement le nombre de dépistés.

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Le cancer, cette maladie sournoise et silencieuse qui se greffe au corps et qui nous happe. Et les mieux placés pour en parler sont évidemment les victimes de ce mal du siècle. Un long parcours du combattant dans l’espoir d’une guérison qui passe souvent par des procédés chocs, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie. Avec, au final, un permanent état d’âme de tristesse en attendant des jours meilleurs.
Dans cette voie inespérée de la guérison, des patientes s’accrochent encore. Anne Marie Bhurtun, vice-présidente de Link to Life, a été diagnostiquée d’un cancer du côlon en 2006, tandis que Pascale Soopen, 50 ans, a, elle, appris qu’elle souffrait d’un cancer du sein il y a 1 an et 11 mois, et a dû subir une mastectomie. Une force de vie émane de Pascale qui, dans un large sourire convivial, accepte de témoigner de sa maladie, qui l’a prise au dépourvu.

Malgré une boule suspecte dans le sein et une chimiothérapie de sept semaines, le tout couplé à des médicaments, dont le Tamoxifen, Pascale ne rate pas les activités de Link to Life, comme les massages, la sophrologie et, bientôt, l’art-thérapie. Pascale rayonne.

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En 2021, lorsque cette mère de trois fils découvre une boule suspecte, sous forme d’adénocarcinome, Maurice est alors en plein Covid-19. Elle s’arme néanmoins de courage et opte pour un dépistage à l’hôpital Jeetoo. Elle se souviendra toujours de cette date. « C’était le 23 décembre 2021, presque à la veille de Noël. Le médecin m’a rassurée et m’a dit que si, d’ici dix jours, on ne me téléphonait pas, le diagnostic pouvait être négatif. Je n’ai pas compté les jours fériés et la nouvelle est tombée en janvier 2022, où j’apprendrais, suite à une biopsie, que je suis atteinte d’un cancer agressif du sein. Au bout de quatre jours, j’ai accepté de subir une mastectomie et un curage axillaire », confie-t-elle.

Pascale évoque le regard chaleureux de ses fils, de son mari et de son entourage à son égard, tout en reconnaissant que l’association Link to Life a été un élément catalyseur dans la prise en charge de sa maladie. « Avec les massages et les conseils de la naturopathe au niveau de l’alimentation et des exercices, j’ai retrouvé le courage d’affronter la maladie. »

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Seule ombre au tableau : Pascale, qui exerçait autrefois comme esthéticienne, a dû démissionner de son poste. « Le corps ne suivait plus. J’ai préféré me concentrer sur ma guérison. Mon message aux autres femmes est que le cancer est un mal silencieux qui attaque au moment où l’on s’y attend le moins. Personne n’est à l’abri. Il faut un diagnostic précoce pour éviter de mauvaises surprises. »

« Kanser pa get figir ! »

Anne Marie Bhurtun ne fait pas son âge. Cette sexagénaire, anciennement couturière, révèle qu’à 55 ans, sa vie a amorcé un autre tournant. « Cela a commencé par des constipations, suivi de saignements et d’une impossibilité de m’asseoir. Un médecin m’a demandé de faire une biopsie et lors des prélèvements, j’ao constaté l’étendue du mal. On m’a révélé en 2006 que j’avais un cancer du côlon », se souvient-elle.

« Auparavant il n’y avait pas de côlonoscopie. Le médecin a tenté de me rassurer d’avoir recours à une poche de stomie pour stocker les effluents d’urine et de selles. Je me souviens encore avoir demandé à mon mari s’il m’aimerait ainsi ou s’il me quitterait. Il a pleuré et m’a serrée dans ses bras en me disant : On traverse tout ensemble. Cela fait trois ans que mon mari est décédé, et je me souviens qu’il se privait de massala et de piment car il savait que je devais me résoudre à un régime strict » , poursuit-elle.

Anne Marie Bhurtun aura subi une intervention chirurgicale de six heures, ayant nécessité la présence de quatre médecins. Aujourd’hui, elle se souvient encore de ce pénible moment, qu’elle repasse en boucle dans sa tête. Sa devise alors : rester forte face à l’adversité.

Anne Marie a du mal à comprendre d’où sort ce cancer du côlon, alors qu’elle n’avait que 55 ans. « À Link to Life, une patiente m’a dit que sa nièce était tombée sur son postérieur et qu’on lui avait diagnostiqué cinq ans après un cancer. Moi, j’ai réalisé qu’il y a une dizaine d’années, j’avais pris un coup au même endroit en glissant. Et des années après, le cancer du côlon a été diagnostiqué. Mais comment expliquer que cela soit dix ans après ma chute ? » essaie-t-elle de comprendre.

Anne Marie évoque également le retour du cancer colorectal en 2012, qui a nécessité une radiothérapie pendant six mois. « Je n’ai pas perdu mes cheveux, mais on a diagnostiqué une grosseur à l’intestin, qui m’a valu encore une opération. Fort heureusement, ce n’était pas cancéreux », rajoute-t-elle.

Anne Marie insiste aujourd’hui sur la méconnaissance du cancer du côlon, l’accent étant plutôt mis sur le cancer du sein et celui de l’ovaire. « Je ne me suis pas laissée abattre par ce cancer silencieux; je suis restée positive en suivant les directives du médecin », soutient-elle.

Depuis ce jour, Anne Marie Bhurtun est devenue membre active de Link to Life, dont elle assure la vice-présidence. Elle a trouvé un nouvel équilibre de vie alimentaire, une nouvelle hygiène de vie adaptée aux transformations que son corps a subies. Passer par des chemins tortueux lui aura permis de se découvrir en tant que femme et que mentor, car Anne Marie accompagne aujourd’hui d’autres malades. « J’étais la seule doyenne à avoir le cancer dans le comité de Link to Life. Pour moi, la force de vivre avec le cancer est d’aller de l’avant. Looking backward, everything is black, whereas moving forward, there is a light of a new direction », se console-t-elle.

Son message : « Kanser pa get figir ! » Elle ajoute : « Parfois, nous avons tendance à oublier qu’il y a aussi le cancer infantile, et que beaucoup d’enfants peuvent être concernés. » Idée partagée par Selvina Moonesawmy Programme Coordinator de Link to Life, qui raconte qu’une fillette de huit ans avait été diagnostiquée du cancer de… l’ovaire.

Se reconstruire à travers Link to Life

Un hommage a aussi été rendu à Monique Rey et Rosemay Oxenham, fondatrice et co-fondatrice de Link to Life. La démarche de l’ONG, en 20 ans, est de sensibiliser les hommes, les femmes et les enfants sur tous les types de cancer. Mais aussi d’assurer un dépistage précoce et de fournir un soutien pratique et psychologique aux patients atteints de cancer et à leur famille.

Depuis la création de Link to Life, en 2002, par un petit groupe de volontaires – incluant des rescapés du cancer –, l’organisme a parcouru un long chemin. L’ONG a démarré modestement ses activités au Centre des femmes de Floréal et, depuis lors, elle a tout mis en œuvre pour acquérir son bureau principal actuel. Ce qui est devenu réalité en 2006, soit à Vacoas, à proximité du terrain de jeu Gymkhana et d’une succursale à Pamplemousses – à l’arrière de l’hôpital SSRN depuis 2016.

Marie Anne Bhurtun explique que Link to Life est devenue un symbole pour les patients atteints de cancer et les survivants de cette maladie (non seulement pour les adultes, mais aussi pour les enfants), que ce soit à Maurice ou dans les îles voisines. « Nous sommes fiers d’annoncer qu’en tant que première ONG dans le domaine du cancer à Maurice, nous avons réussi non seulement à sensibiliser les gens sur les différents types de cancer, mais aussi à motiver la population à se tourner vers le dépistage précoce et à fournir du soutien aux patients atteints de cancer grâce à nos différents services », dit-elle.

Link to Life est une association à but non lucratif dont l’objectif principal est de fournir des conseils et un soutien psychologique aux personnes atteintes de cancer et à leurs familles. Enregistrée au Registrar of Associations depuis novembre 2003, Link to Life est aussi membre du MACOSS et de l’Union internationale contre le cancer. La vision de l’ONG est de s’assurer que chaque personne atteinte de cancer puisse être accompagnée et soutenue en complément de ses soins médicaux.

Selvina Moonesawmy, Programme Coordinator de Link to Life, parle de 500 patients concernés par le cancer au sein de l’organisme. « C’est surtout l’annonce de la maladie qui est le plus difficile pour le patient. Les traitements les plus connus sont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie », reconnaît-elle.

Aujourd’hui, avec son nouveau logo, pour ses 20 ans d’existence, Link to Life veut changer le regard des gens, car, dit-elle, beaucoup de personnes croient que les centres de Link to Life sont destinés aux seules femmes atteintes de cancer du sein. « La couleur rose prêtait à confusion. Le logo est aujourd’hui international et arbore un mélange de rose et de lavande pour toucher à tous les types de cancer: prostate, sein, ovaire, côlon… Sans omettre la leucémie, le cancer du sang, qui touche beaucoup les enfants », rassure-t-elle.

C’est dire que dans ses deux centres, à Vacoas et à Pamplemousses, Link to Life a tout le matériel nécessaire pour sensibiliser tout un chacun sur le cancer. Avec pour objectif d’aider les Mauriciens et Mauriciennes à connaître leur corps et les bons gestes, lesquels peuvent permettre de détecter la maladie. Avec pour mot d’encouragement qu’un combat ensemble, c’est comme oser dire « oui » à cette vie qui nous anime et la force de continuer de vivre comme avant.

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