Le bouillant député rouge de Port-Louis, Eshan Juman, a ouvert le bal. Il réclame que 20% de son salaire de député soient coupés pendant les six prochains mois. Soit Rs 32 000 de la base qu’il touche, Rs 159 000, hors allocations. Surprise agréable : son geste a fait des émules ! Atish Aubeeluck, conseiller municipal rouge de Beau-Bassin/Rose-Hill, souhaite, lui, une réduction de 50% de ses allocations. Un autre rouge, Ishmal Sumbhoo, conseiller municipal de Quatre-Bornes, offre 60% de ses allocations. Dans la même veine et venant lui aussi du sérail rouge, Shakti Dewoo, conseiller municipal à Curepipe, versera, pour sa part, l’intégralité de sa rémunération ! Qui dit mieux ? Mais nous ne sommes pas dans une compétition. Et si certains de nos élus ont compris et entendu la détresse de nombreuses familles, surtout celles au bas de l’échelle, leurs gestes sont salués, appréciés et bienvenus. Des gestes de solidarité plus que sympathiques et qui viennent souligner la sincérité de ces élus qui se sont manifestés, visiblement venus pour servir, et non se servir.
Évidemment, ces élans de soutien envers le peuple sont diversement commentés. Et avec raison. Il y a effectivement plusieurs moyens de soutenir cette population qui a voté pour un flamboyant 60-0 aux dernières législatives. Tout comme ces premiers souhaits d’entraide en cash méritent certainement d’être salués, d’autres avenues peuvent et doivent être explorées. Les citoyens ne sont pas des mendiants, il faut bien le souligner. L’une des promesses de l’Alliance du changement était de soulager le fardeau du petit peuple. Et c’est tant mieux si certains veulent s’y prendre de cette manière !
Le présent gouvernement ne s’attendait pas à ce que le coût de la vie prenne à ce point l’ascenseur. Rien n’empêche personne de donner l’exemple. C’est ce que ces quatre déjà cités ont fait ! Un autre élu qui fait souvent la différence dans ses approches et déclarations, Kushal Lobine, des Nouveaux Démocrates, a émis la proposition d’un fonds souverain de solidarité. L’idée est tout aussi valable. Et toutes les initiatives qui viendront pour soulager les porte-monnaies de nos compatriotes sont les bienvenues ! Car la crise qui nous guette est rude et loin d’être terminée.
La situation mondiale déjà compliquée s’est amplifiée avec ce conflit aux ramifications les plus inquiétantes, déclenché par le tandem Trump-Netanyahou contre l’Iran, touchant le Liban et au milieu duquel le détroit d’Ormuz est devenu l’otage direct. Résultat : c’est toute la planète qui souffre ! Même si nous ne sommes qu’un petit caillou au milieu de l’océan Indien, Maurice n’en est nullement épargnée. La flambée des prix gagne du terrain. Les vivres du quotidien, les denrées de base ne doivent pas devenir des articles de luxe. Surtout pour nos enfants. Vivement que d’autres projets voient rapidement le jour et que les gestes solidaires des élus fassent école ! Pas uniquement au sein de la classe politique, pourquoi pas parmi les gros salaires ?
L’une des avenues pour se protéger contre les répercussions brutales de cette guerre concerne la sécurité alimentaire. Il est triste de noter, encore une fois, qu’aucune volonté n’est à l’agenda en ce sens. Ce ne sont pourtant pas les moyens ni les projets qui manquent. Alors pourquoi ce manque d’intérêt ? Est-ce que nos dirigeants ont à ce point peur de froisser ceux qui détiennent le gros capital du pays ? Est-ce que les propriétaires des terres sous culture de canne à sucre, qui disposent de l’espace et des commodités, capables éventuellement de lancer une entreprise agricole à grande échelle, flanquée d’unités de transformation et de “packaging”, sont hermétiques à ces projets ? De telles entreprises ne sont-elles pas viables, rentables, attirantes ? Il faudrait au moins tenter le coup pour le savoir.
Toujours au chapitre de justice sociale, la démarche du bureau du DPP de réclamer un avis d’appel devant la Financial Crimes Division dans l’affaire de fraude de Rs 80 millions au préjudice de l’ex-Bramer Bank, retient l’attention, et ce, pour les bonnes raisons. Qualifiant la peine infligée de “manifestly inadequate and unduly lenient”, le bureau du DPP répond clairement à l’attente populaire qu’une meilleure justice soit rendue dans cette affaire.
Au moins, ces gestes ne pèchent pas par sincérité !
Husna Ramjanally

