• Une machine qui accélère contre l’argent du crime
Derrière les discours officiels, ce sont les chiffres qui parlent. Et ceux de la Financial Crimes Commission (FCC), entre décembre 2025 et fin mars 2026, rendu public vendredi, racontent une montée en puissance sans ambiguïté : celle d’un appareil répressif désormais focalisé sur un objectif clair — frapper les réseaux criminels là où cela fait le plus mal, au portefeuille.
En moins de quatre mois, 70 opérations ont été menées à travers le pays. Une cadence soutenue, traduite concrètement par 26 arrestations et surtout par un levier stratégique devenu central : la saisie des avoirs. Au total, près de Rs 160 millions d’actifs ont été identifiés, gelés ou récupérés. Derrière ces montants, une réalité : la lutte contre la criminalité financière ne se limite plus aux interpellations, elle s’attaque désormais directement aux flux d’argent.
108 affaires devant la justice : la pression judiciaire monte
L’autre indicateur clé de cette intensification est judiciaire. La FCC suit actuellement 108 dossiers devant les tribunaux, dont 18 directement liés au trafic de drogue, confirmant que ce secteur reste l’un des principaux générateurs de revenus criminels à Maurice.
Cette pression se traduit aussi par des résultats. Devant la Cour suprême, 14 jugements sur 15 ont été remportés, tandis que devant la Financial Crimes Division, 8 affaires sur 9 ont abouti à une victoire judiciaire. Un taux de réussite qui témoigne d’un travail en amont plus structuré, avec des dossiers mieux construits et juridiquement solides.
Rs 160 millions : la stratégie du “follow the money”
C’est sans doute sur le terrain des actifs que la transformation est la plus visible. La FCC ne se contente plus de poursuivre les suspects : elle remonte les circuits financiers.
Sur les Rs 68,6 millions d’actifs déjà sécurisés, la majorité provient de biens matériels — véhicules, embarcations — représentant près de Rs 59,6 millions. À cela s’ajoutent Rs 6,6 millions en cash et Rs 2,4 millions en bijoux, autant de signes visibles d’une richesse souvent sans justification.
Mais l’essentiel est ailleurs : Rs 91,3 millions supplémentaires ont été identifiés via des ordonnances d’attachement. Et surtout, 25 demandes de confiscation portant sur Rs 102 millions sont actuellement en attente devant la Cour suprême, tandis que 5 dossiers d’enrichissement inexpliqué totalisant Rs 296 millions sont en cours.
Autrement dit, la FCC ne traque plus seulement les délits passés. Elle s’attaque à l’accumulation même de richesse suspecte.
824 plaintes : une pression constante sur le système
Cette montée en puissance s’appuie aussi sur un flux continu d’informations. En quatre mois, 824 plaintes ont été examinées, dont 101 liées à la drogue. Un volume qui traduit à la fois une vigilance accrue du public et une pression importante sur les capacités d’analyse de l’institution.
En parallèle, la FCC renforce son rôle de contrôle avec 688 déclarations d’actifs enregistrées, portant le total des déclarants à 5 606. Les manquements ne sont pas sans conséquence : Rs 3,89 millions de pénalités administratives ont déjà été infligées.
94 500 personnes sensibilisées : la bataille de l’opinion
La stratégie ne se limite pas à la répression. Elle passe aussi par la prévention. La FCC a ainsi touché plus de 94 500 personnes à travers ses campagnes de sensibilisation, frôlant son objectif des 100 000.
Sur le plan digital, l’institution affiche également une présence accrue : 1,5 million de vues, plus de 28 000 abonnés et 31 585 visiteurs sur son site web. Une volonté assumée de rendre visible la lutte contre la criminalité financière — et d’impliquer davantage la population.
LES CHIFFRES QUI PARLENT
• 70 opérations menées
• 26 arrestations
• Rs 160 millions d’actifs saisis ou gelés
• 108 affaires devant les tribunaux
• 824 plaintes examinées
• 94 500 personnes sensibilisées
• 14/15 jugements gagnés en Cour suprême
• Rs 296 millions visés par des enquêtes pour enrichissement inexpliqué
FCC : DEUX BULLETINS, DEUX STRATÉGIES
De la démonstration de force à la frappe ciblée
BULLETIN 1 (2024–2025)
• 1 595 enquêtes initiées
• 90 arrestations
• 119 perquisitions
• Rs 32 milliards impliqués
• Rs 9,9 milliards d’avoirs attachés
• 5 243 personnes sensibilisées
BULLETIN 2 (Déc. 2025 – Mars 2026)
• 824 plaintes examinées
• 26 arrestations
• 70 opérations
• Rs 160 millions d’avoirs saisis
• 108 dossiers en Cour
• 94 500 personnes sensibilisées
Une bascule stratégique assumée
Au final, ces chiffres traduisent une mutation profonde. La FCC évolue d’un modèle classique d’enquête vers une logique intégrée: investigation, judiciaire, récupération d’actifs et prévention.
Mais derrière ces performances, une question demeure : cette intensification suffira-t-elle à désorganiser durablement les réseaux criminels, ou ne fait-elle qu’augmenter la pression sans en changer les fondements ?
Une chose est sûre : aujourd’hui, à Maurice, la lutte contre la criminalité financière se joue désormais autant dans les comptes bancaires que dans les salles d’audience.

